I. Lts Constitutionttels
qu'à choisir, qu'à présenter le Pasteur que nous croyons le plus digne. Notre choix ne peut porter que sur des prêtres en fonctions publiques, au moins depuis cinq années ; ces prêtres ont déjà le caractère spirituel requis et l'aptitude à recevoir un accroissement de puissance spirituelle; cet accroissement, ce n'est pas nous qui le donnons, c'est l'Eglise : c'est un Evêque qui l'approuvera, qui lui donnera l'institution canonique ; c'est un Evêque qui le consacrera, et ce ne sera que par cette approbation, cette institution, cette consécration que de notre élection sortira son plein effet ; mais, que fais-je, Citoyens ? Ce n'est pas à moi de vous instruire ; mon zèle pourroit m' égarer. C'est à ce digne pasteur, c'est aux coopérateurs de son ministère qu'il appartient de dissiper les préjugés et les erreurs dont nous sommes malheureusement environnés.
» La présence de ce Pasteur vénérable, le respect qu'elle m'inspire me réduisent à ces dernières paroles ; voyez-le, entendez-le et jugez si vos représentants ont trahi la confiance dont vous les avez honorés.
» En exécution de la loi, et au nom de l'Assemblée électorale, je proclame Monsieur Dominique Pouderous, curé de Saint-Pons de Thomières^ Evêque-élu du Département de l'Hérault ».
D'après le procès-verbal officiel, « le Peuple répond à cette proclamation par le cri redoublé de Five rEvêque du ^Département de VHé' ratilt ! La messe est ensuite solennellement célébrée par l'Evêque-élu, avec Prêtre assistant, Diacre et Sous-Diacre assermentés ; exécutée par les chantres et musiciens ordinaires de la paroisse ; suivie du Te Deiim et de la prière Domine^ Salvamfac Gentem, Legem, Regem, etc. L'Evêque constitutionnel est reconduit chez lui par les électeurs dans le même ordre qu'en venant à l'Eglise.
Malgré ses soixante et dix ans, Pouderous ne prit pas de repos et repartit de Montpellier le surlendemain de sa proclamation. C'est lui-même qui nous l'apprend dans son Livre de Raison : « ... J'en partis le 5 mars en poste, je me rendis à Béziers, d'où je partis le lendemam, sixième mars, pour me rendre a Saint-Pons, où je continuai mes fonctions jusqu'à
l'époque de mon départ pour Paris, qui fut indispensable parce que, dans ce moment, je ne pouvais trouver de consé.crateur que dans cette capitale et que d'ailleurs j'étais grandement pressé par le département de faire ce long voyage, d'autant plus que les anciens curés s'étant refusés au serment, les paroisses presque en entier, dans tout le Département, se trouvaient sans pasteurs et sans prêtres ; ce qui exigeait promptement des institutions et des ordinations pour remplacer les vides. En conséquence, je partis en poste pour Paris le 17 mars de Saint-Pons, je dus arriver dans la capitale le 27 du même mois. Je fus obligé d'y séjourner dix jours; ce qui porte jusqu'au 6 avril inclus. Je ne pus donc partir que le 7 de Paris » .
Les administrateurs du département de l'Hérault, du district et de la commune de Montpellier n'avaient point négligé les préparatifs de la réception officielle dont ils voulaient honorer le pontife civil. On prenait les dispositions et on donnait les ordres les plus extraordinaires. Le déploiement des forces militaires fut si considérable qu'il valut au prélat le surnom d'Evêque des Baïonnettes, sous lequel il est encore désigné dans le peuple.
Si les baïonnettes devaient scintiller au soleil pour intimider les masses, toutes les cloches de la ville, grandes et petites, avaient mission de les étourdir en signe de joie. A un signal donné, toutes devaient être mises en branle; ce signal convenu était un coup de canon. Et afin que personne ne pût prétexter ignorance, le procureur de la commune avait adressé une lettre circulaire à tous les curés de la ville, à toutes les communautés religieuses et à toutes les confréries, leur demandant un accusé de réception avec promesse de se conformer aux prescriptions municipales. Bon nombre de cloches se montrèrent revèches et refusèrent leurs joyeux tintements à une fête anti-catholique.
La vraie prise de possession devait être effectuée à l'ancienne cathédrale Saint-Pierre, par une messe célébrée avec grand fracas constitutionnel, par l'évêque du Département, en présence des autorités et des fonc-