‹ L'ancien clergé du diocèse de MontpellierChapitre 104 sur 324 · IV. Les Martyrs et Conjesseurs de la Foi · texte numérisé non relu

IV. Les Martyrs et Conjesseurs de la Foi

la loi de la déportation ; mais il ne voulut pas se séparer des prêtres qui, moins âgés que lui, s'expatriaient généreusement. Touché de leur exemple, il limita et quitta son pays, sa famille et tout ce qui lui était cher pour passer à l'étranger. S'abandonnant aux soins de la Providence, il partit d'Agde pour Nice, à la fin du mois d'août 1792. Les troupes de la République ayant peu après envahi cette dernière ville, il en sortit, n'emportant que ce qu'il avait sur le corps. Presque à sa sortie du territoire français, des corsaires l'avaient débarrassé de toute préoccupation extérieure et de tout soucis matériel, en lui enlevant ses effets et son peu d'argent.

Il se rendit à Rome, où on l'admit dans un couvent de son ordre ; mais ce ne fut que pour fort peu de temps, à cause du grand nombre de déportés. Trois jours étaient à peine écoulés qu'il recevait une obédience pour se rendre chez les Cordeliers d'Assise. Son intention était de parcourir à pied le trajet de Rome à sa nouvelle résidence ; il avait compté sans son âge et sans ses infirmités. Une seule journée de marche lui prouva que ses forces n'étaient pas à la hauteur de sa volonté. Avec des secours pécuniaires qu'il reçut d'un de ses neveux, engagé dans l'ordre des Chartreux et fugitif comme lui, son voyage put être continué en voiture. Parvenu au couvent d'Assise, et souffrant de sa première journée de marche et du trajet fait en voiture, il avait les jambes enflées et se vit contraint de se rendre à l'infirmerie.

Il y passa un an ; ses souffrances allaient toujours progressant et ne lui laissant plus, ni la nuit ni le jour, un instant de repos et de calme. Il conserva néanmoins sa présence d'esprit jusqu'à la fin. Il en profita pour demander les derniers sacrements, qu'il reçut avec toute la dévotion et la confiance possibles et surtout avec une vive reconnaissance de ce que Dieu l'avait appelé à rendre le dernier soupir dans le lieu même où saint François avait quitté la terre pour aller au ciel. Il expira le 16 septembre 1794, âgé de 73 ans et deux mois révolus.

Cf. Ms. de l'abbé de Gohik, p. 150.

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BAUDY (Pierre-Louis-Antoine)

dit le Père Chrysostôme, Chartreux, neveu du précédent, né comme lui à Agde vers 1749, avait fait de bonnes études au collège de cette ville. Il se lia d'amitié avec un directeur du Séminaire qui avait un proche parent religieux à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon. Celui-ci lui p.irlait quelquefois des pratiques en usage dans ce monastère. Ces conversations l'intéressaient vivement et lui suggérèrent la pensée d'entrer dans cet ordre. Le sage directeur lui conseilla de ne pas se livrer aux premiers mouvements d'une ferveur irréfléchie et d'essayer ses forces pour s'assurer qu'il pourrait supporter l'abstinence, les veilles et les autres austérités de cet institut. Plus il suivit ce conseil, plus il se crut appelé. Il fit part alors il ses parents, pour la première fols, de son intention bien arrêtée d'embrasser la règle de saint Bruno. Comme il était l'aîné de ses frères, ses parents, parfaits chrétiens d'ailleurs, regrettèrent tout d'abord de le voir quitter le monde, versèrent bien des larmes, et finirent par lui permettre de suivre ce qu'il croyait être sa vocation.

Heureux d'être admis à la Chartreuse, il fit son noviciat avec ferveur et régularité; puis, le temps des épreuves étant terminé, il prononça les vœux ordinaires. Les offices du chœur, l'abstinence perpétuelle, les jeûnes, la solitude, les travaux manuels, tout lui plaisait; les jours et les nuits passaient pour lui avec la rapidité de l'éclair. Quand il eût atteint l'âge de la prêtrise, ses supérieurs l'y firent élever et peu après le chargèrent de l'office delà sacristie qu'il tint toujours dans le meilleur ordre. Envoyé pour raison de santé dans une autre Chartreuse, il espérait y finir paisiblement ses jours.

La Révolution vint mettre obstacle à ses désiis, le forçant à quitter sa retraite. Elle lui promettait en dédommagement une pension annuelle de 900 livres. Les religieux se partagèrent ce qu'ils purent emporter des dépouilles de leur couvent, de concert avec le Père Prieur, auquel dom Chrysostôme continua d'être singulièrement attaché. Il emporta pour sa

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