IV. Les Martyrs et Confesseurs de la Foi
curé de Nébian, dans le canton de Clermont, 1803. Sous Tépiscopat de Mgr Fournier, il devint curé de Saint-Pierre de Lodève (i*^*" octobre 1809) et enfin curé-archiprêtre de Saint-Fulcran, dans la même ville (3 avril 182 1), après la mort de M. Lavit.
Quand il était à la tête delà paroisse Saint-Pierre, il eut la joie d'exercer à son tour l'hospitalité. Lorsque Pie VII était prisonnier en France et que les cardinaux se trouvaient à Paris, ceux d'entre eux qui refusèrent d'assister au mariage de Napoléon avec l'archiduchesse Marie-Louise, furent exilés dans diverses villes de France. Le cardinal Galeffi, interné à Lodève, reçut un affectueux accueil de la part de l'abbé Beaupillier, qui lui procura un logement dont ce prince de l'église se trouva fort satisfait. Tous les jours, il allait le visiter et ne négligeait rien pour lui adoucir, autant qu'il était en lui, la rigueur de son exil.
Vingt ans plus tard, M. Beaupillier recommandait au cardinal un prêtre du diocèse de Montpellier, l'abbé Gabriel, qui se rendait à Rome. Ce prélat lui répondit : (( Je vous remercie infiniment de m'avoir fait connaître ce respectable ecclésiastique. J'ai tait ce qui dépendait de moi pour lui obtenir tout ce qu'il venait demander. Je regarderai toujours comme un véritable plaisir d'avoir ainsi des occasions de vous témoigner ma reconnaissance pour toutes les attentions que vous avez eues pour moi dans le temps que j'ai demeuré à Lodève » (4 avril
M. Beaupillier donna sa démission en 1846. M. Hippolyte Beaupillier, son neveu, lui succéda (14 décembre). En échange, le démissionnaire reçut de Mgr Thibault, le titre -de vicaire général honoraire. Il mourut le 23 août 1852, estimé et vénéré de toute la population, à Tage de 88 ans, après 63 ans de sacerdoce. Sa dépouille mortelle repose dans la chapelle Saint-Michel, près du tombeau des évêques de Lodève.
Cf. Archives de l'Hérault, L. 443. — Lazaire, Eloge de Di/Cgr de Fumel; Appendice. — F. Saurel, Vie de Mgr Fourni ir. Pièces justificatives, N^^» xvi et xvii.
V Ancien Clergé du Diocèse de Montpellier.
BÉDOS (Jean-Baptiste),
de Pézenas, « exerçait le culte ï>'ii Alignan-du-Vent. Il jugea prudent de se cacher et de ne sortir de sa retraite qu'à bon escient. Il écrivit donc la lettre suivante :
« Aux Citoyens Administrateurs composant le département de l'Hérault.
« Citoyens, depuis que j'ai eu connaissance des nouveaux ordres que vous avez transmis aux Administrations municipales, je me suis ravi la liberté que vous aviez prononcée en ma faveur, par votre Arretté ci-joint, comme non fonctionnaire de la République. Cependant, après une mûre réflexion, je ne crois pas être compris dans votre dernier Arretté. Mais dans la crainte que la Municipalité du canton de Roujan ne donnât ordre à l'Agent municipal d'Alignan-du-Vent de me faire arretter, je me suis caché. Ainsi, ayez la bonté, Citoyens, d'élairer cette Municipalité, parce que je ne me croirai parfaitement tranquille qu'après une nouvelle déclaration de votre part; je l'attends avec confiance de votre justice )).
Les vœux de l'abbé Bedos furent accomplis et le président delà Commission du .Pouvoir exécutif près le Département de l'Hérault adressa deux lettres, l'une aux Administrateurs du canton de Roujan et l'autre au pétitionnaire lui-même. Elles portent toutes deux la même date et sont tellement écrites dans le même sens qu'il nous suffira de reproduire l'une d'elles. Nous prenons la dernière.
« Le 24 germinal an IV (13 avril 1796J.
» Je me suis chargé de répondre à la pétition que vous avez adressée au Département et par laquelle vouslui témoignez la crainte où vous êtes, d'être mis en état d'arrestation par une suite de Texécution de TArretté du 4 du présent mois, concernant les prêtres sujets à la déportation et à la réclusion. Il est reconnu que vous n'avez point pretté les serments
iV. Les Marixj'S et Confesseurs de la Foi.
prescrits aux fonctionnaires et pensionnaires- ecclésiastiques ; mais il a été constaté que vous n'étiez astreint à aucun, en ce que vous n'avez été ni fonctionnaire ni pensionnaire de la République et que la loi du 29 et 30 vendémiaire, sur laquelle il faut se reporter pour l'exécution de la loi du 3 brumaire, ne frappe de déportation et de réclusion que les prêtres qui avaient exercé des fonctions publiques et les ecclésiastiques pensionnés. En conséquence, TArretté du Département du 12 ventôse a déclaré que vous n'étiez dans aucun de ces cas, et cet Arretté conforme aux principes doit vous suffire pour jouir de votre entière liberté. Mais je dois vous faire observer qu'ayant reconnu que l'universalité des citoyens français est le Souverain, et qu'ayant promis soumission et obéissance aux lois de la République, vous vous compromettriez singulièrement si, dans les fonctions que vous exercez, vous vous permettiez le moindre écart, soit en paroles, soit en actions. En garantissant le libre exercice des cultes, la Loi a voulu que les objets d'un culte quelconque fussent respectés dans les lieux destinés à son exercice, ainsi que ses ministres en fonctions; mais elle a interdit hors l'enceinte de ces lieux, les cérémonies religieuses, l'exposition d'aucun signe particulier et toute convocation au son des cloches, tambours, etc. J'aime à penser que ces dispositions seront religieusement observées dans la commune d'Alignan et que dans le cas ou des citoyens se porteraient à vouloir les enfreindre, vous vous hâteriez de les ramener dans le cercle de la Loi. Je protégerai dans tous les temps et de tout mon pouvoir l'exercice de tous les cultes, mais je punirai sans relâche les prêtres et ecclésiastiques atteints par les lois de 1792-1793 et les ministres qui contreviendraient aux Lois de la République. »
BEL (Jacques-François),
né le 14 mai 1754. Nommé pro-curé de Saint-Gervais au mois d*août 1785, il devint titulaire ;\ la fin de la même année. Il signale procès-verbal de la fête de la fédération (14 juillet 1790); mais refusa le serment et prit le chemin de l'exil. Il aurait pu cependant, et sans diflSculté,
demeurer sur le terrritoire de sa paroisse, comme tant d'autres de ses collègues qui vinrent y chercher un asile pendant les plus mauvais jours. '
Réfugié en Italie, le souvenir de sa paroisse ne le quittait pas. Sa poitrine se gonflait, et des larmes amères s'échappaient de ses yeux. Dans une visite qu'il fit au sanctuaire de Notre-Dame-de-Lorette, il eut la consolation de pouvoir y dire la messe. Pendant qu'il était dans cette sainte maison, une pensée traversa son esprit et, dans un élan de patriotisme religieux, s'adressant à Marie, il prononça ses paroles : « O Mère, de Miséricorde et d'amour, rendez-moi mon troupeau, rendez-moi mes enfants et, dès mon retour, j'en fois le vœu, Notre-Dame-du-Buis s'appellera Notre-Dame-de-Lorette. »
Le sanctuaire, objet des pensées et des désirs du pieux exilé s'élevait sur la rive droite de la Mare, au bord d'une riante prairie, précédée par une allée d'arbres majestueux, non loin d'une bruyante cascade. C'était un lieu de pèlerinage très fréquenté, où se rendaient à certains jours de l'année les populations chrétiennes des alentours. Le curé de Saint-Gervais profitant d'un moment de calme relatif qui suivit la chute de Robespierre, repassa la frontière et reparut dans sa paroisse (octobre 1795). Avec le concours de quelques généreux chrétiens et l'autorisation de l'évêché de Castres, dont Saint-Gcrvais dépendait alors, l'église de Notre-Dame-du-Buis fut canoniquement et solennellement dédiée à Notre- Dame-de-Lorette, avec la faculté d'y célébrer les fêtes qui lui sont propres (10 décembre 1796). Dès ce moment, les personnes pieuses des environs accoururent avec un nouvel empressement. Instruite de ces faits, l'Administration Municipale de la Commune de Saint-Gervais envoya son commissaire pour fermer la chapelle et y mettre les scellés (26 nivôse an VI, 15 janvier 1798); mais le changement de vocable était un fiiit accompli.
D'un commun accord avec l'abbé Roque, son vicaire, il crut pouvoir se soumettre à la promesse de fidélité. Ils revinrent cependant bientôt