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IV. Les Martyrs et Confesseurs de la Foi

sur leur parole, craignant d'avoir manqué à leur devoir et, le 1 5 février 1801, jour de dimanche, ils se rétractèrent publiquement dans leur église paroissiale. Des le lendemain, ils notifièrent au maire leur courageuse démarche par une lettre au bas de laquelle ils apposèrent leur signature.

« Saint-Gervais, 16 février 1801.

» Citoyen Maire,

y> Ministres de Jésus-Christ, nous ne connaissons d'autres armes contre la persécution et la calomnie que la prière et la patience. Nous nous appliquons à pratiquer, à l'exemple de notre divin Maître, les leçons que nous ne cessons de foire de sa part aux fidèles qui nous sont confiés. L'esprit de révolte et de trouble est le partage des enfants du siècle ; l'esprit de douceur et de charité fait le caractère distinctif des disciples de la croix. Si on n'en croit pas à nos paroles, qu'on en croie à notre conduite.. Depuis plus de dix ans, npus sommes sous le glaive de la persécution. Nous avons vu souvent le poignard suspendu sur nos têtes. Nous avons vu les gibets dressés pour nous supplicier; nous défions, nos ennemis les plus acharnés de nous citer un seul fait où nous nous soyons permis, 011 nous ayons conseillé de repousser la force par la force et de se révolter contre le Gouvernement. Nous pourrions, au contraire, citer cent circonstances où nous avons employé tous les moyens de persuasion qui ont été en notre pouvoir pour arrêter le zèle trop ardent des fidèles, indignés de la conduite qu'on tenait envers nous. Nous n'avons cessé de leur dire que les chrétiens ne doivent connaître d'autre vengeance que les bienfaits, d'autre défense que la soumission à la volonté de Dieu dans les maux qui leur arrivent de la part des hommes. Si le Gouvernement voulait bien se pénétrer de cette vérité, il n'exigerait de nous ni serment ni promesse pour s'assurer que nous ne troublerions jamais l'Etat. Le devoir que nous impose la Religion catholique que nous professons sera toujours pour nous un motif plus pressant pour nous rendre dociles et soumis aux lois qui ne blessent point notre conscience, que les exils et

V Ancien Clergé du Diocèse de Montpellier.

les supplices seront toujours trop faibles quand on nous ordonnera des choses qui répugnent à notre conscience. Vous nous avez sommés, citoyen Maire, de la part du Gouvernement, de faire la promesse de fidélité à la Constitution, sous peine d'être déportés. Après avoir mûrement réfléchi, nous avons cru pouvoir la faire, persuadés que nos maîtres en la Foi approuveraient notre conduite. Aujourd'hui, nous savons que nos évêques établis de Dieu pour gouverner son Eglise la condamnent ; nous la condamnons à leur exemple, nous la désavouons, nous la retractons. Nous avons une grâce à vous demander : c'est de faire transcrire cette lettre sur les registres de la Commune, de la rendre aussi publique qu'il vous sera possible, comme un monument perpétuel de notre rétractation .

y> Nous avons l'honneur d'être, avec respect. Citoyen Maire, vos humbles et très obéissants serviteurs.

M BEL, curé : Roque^ vicaire.

Le surlendemain (28 pluviôse an IX, 17 février 1801), le maire transmet la lettre au sous-préfet de Béziers, avec ces observations: « On dirait à les entendre que ce sont des saints et qu'on ne doit la tranquillité qui règne dans ce pays-ci qu'fl leur sagesse, tandis qu'il est de notoriété que Tex-curé, avant même de faire la promesse, usa d'un stratagème singulier pour s'emparer de l'église, et que c'est sans doute pour ne pas l'abandonner qu'il se décida à la faire. Je ne doute point que, malgré sa rétractation, il ne s'obstine à vouloir exercer publiquement le culte dans l'église. Je n'ai pas les moyens de l'en empêcher; la brigade de gendarmerie est absente depuis longtemps et je ne voudrais pas me comprommettre ».

A son tour, le sous-préfet transmet au préfet copie conforme de la Jettre des « récalcitrants »,avec cette note : « Si la gendarmerie se trouvait à Saint-Gervais, j'aurais écrit au maire de les faire arrêter et conduire à Montpellier. »

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