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IV. Les Martyrs et CoHjesseurs de la Foi

Que fera le préfet ? Il écrira au ministre de la Police générale, dressant un rapport dont les éléments lui seront fournis parla lettre du clergé de Saint-Gervais et par celles du maire et du sous-préfet. Il lui dira que « dans la crainte que cet exemple ne soit suivi par d'autres, — ce qui pourrait fliife naître des troubles, — il va faire poursuivre et arrêter ces deux individus, les tenant en détention jusqu'à ce que le ministre ait statué sur leur sort. »

Une seconde lettre du préfet est adressée au sous-préfet de Béziers et lui prescrit de s'entendre avec le commandant de la gendarmerie dans l'Arrondissement, pour faire arrêter et traduire à la Maison de Repression, établie au Dépôt de Mendicité de Montpellier, le curé et le vicaire de Saint-Gervais.

Ces deux prêtres ne furent cependant ni arrêtés ni conduits en prison. C'était le moment où Ton pensait à la réorganisation du- culte (28 germinal an X, 18 avril 1802),

Remis officiellement en place par Mgr Rollet (1803), l'abbé Bel reçut à cette occasion des marques bien touchantes de l'affection dont il était Tobjet de la part de ses paroissiens, qui voulurent faire une réception solennelle à leur bien-aimé pasteur. Ils se portèrent, dans cette circonstance, à des excès de joie, et firent des réjouissances sans mesure. Il fut impossible à M. Bel d'empêcher ni même de pouvoir modérer les élans de la multitude. On alla bien loin à sa rencontre, avec drapeaux, tambours, etc., accompagnés de cris tumultueux : «Vive notre curé! Vive notre évêque ! Vive Bonaparte! ». Le tout, bien entendu, sans la permission des autorités constitués.

Ce digne pasteur mourut le 25 avril 1825, en odeur de sainteté. Au dire de son biographe, c'était un prêtre d'une grande vertu et d'un rare mérite. Belle taille, belle tête, belle âme surtout. Son ministère pasto.ral à Saint-Gervais avait duré quarante ans.

Cf. Arch. de l'Hérault, V. Police ifu Culte. — Cavailiiês, Le Culte de Notre-Datue-de- Lorette, â Saiut-Gen'ais-sur-^arey p. 14 et suiv. — Arch. de VEwùché, Tableau du Clergé,

5] L*ANCIBN CLERGÉ DU DIOCBSS OB MOXTPELLIER.

p. 207 et Reg. des Décès. — F. Saurel, Hist, reJiir. du Dc'p, de l'He'rault, IV, 39 et suiv. 162.

BELLE NGER (Jean-Louis),

Prêtre du diocèse de Rouen, docteur en théologie de la Sorbonne, fut attiré de Paris iï Agde par Mgr de Saint-Simon, qui le mit à la tcte de son séminaire, après lui avoir d'abord confié la chaire de théologie de cet établissement diocésain. Bellenger ajoutait à l'enseignement de la science sacrée l'exemple de sa conduite. Il se fiiisait remarquer de ses jeunes élèves par sa tendre piété et la régularité poussée jusqu'au scrupule. Il les soutint et les encouragea sous l'administration sénile du supérieur dont il devait bientôt prendre la place, au point que la discipline et les études ne laissaient rien à désirer lorsque la maison lui fut confiée. Plein de confiance en ses lumières et d'estime pour ses vertus, Tévêque lui donna le titre de théologal- de son chapitre et la chanoinie de Me^ua (28 octobre 1780) et, peu après, celui de vicaire général (21 août 1781). Cinq ans plus tard, la stalle de chanoine-sacristain étant devenue vacante, les chanoines de Saint-Etienne voulaient l'offrir à Antoine Baissie, sujet d'ailleurs fort distingué et bien méritant (voir Vart, Baissie); mais l'abbé T3ellenger présenta ses titres, fut reconnu et installé d'après le cérémonial en usage (5 juillet 1786).

Il refusa le serment constitutionnel. Sa pension avait été arrêtée à la somme de 2,196 livres^ i sou, 8 deniers. Le 8 août 1792 il s'embarqua

sur la tartane du capitaine Jeannin, d'Agde, en compagnie de 65 prêtres ou religieux pour se rendre à Nice. En sa qualité de vicaire général et de chef spirituel du groupe fugitif et sur l'invitation qui lui en fut adressée par quelques ecclésiastiques, il fit, à la tombée de la nuit, la prière du soir à haute voix, comme il en avait l'habitude avec ses séminaristes.

Aussitôt après avoir abordé au port de Nice, l'abbé, sui\i de ses nombreux compagnons de route, se transporta chez le gouverneur de la

place, ensuite chez Tévêque du diocèse. Comme c'était un jour de dimanche et que midi sonnait, tous les déportés se précipitèrent vers la cathédrale. Toutes les messes étaient dites. Par bonheur, Tabbé Bellenger avait prévu le cas et avait rigoureusement gardé le jeûne eucharistique; il put monter au saint autel, à la grande satisfaction de tous.

Quelques jours après, arrivèrent à Nice plusieurs prêtres du diocèse de Montpellier et d'Agde, dans un état de dénuement complet; ils avaient été dévalisés en route. L'abbé Bellenger les accueillit comme des frères, les reçut à sa table et pourvut à leur logement. L'occupation de Nice par les armées de la République força bientôt les Français à fuir vers les montagnes.

Le supérieur du séminaire d'Agde se dirigea sur Turin. Obligé de poursuivre sa course, 11 passa par Bologne avec un grand nombre de ses compatriotes. Plus de cent prêtres se trouvaient réunis à l'archevêché, demandant audience. L'abbé Bellenger, payant de hardiesse en sa qualité de vicaire général, perça la foule et se présenta de suite au prélat et en obtint un logement dont il alla, le même jour, prendre possession.

Lorsque les armées alliées attaquèrent celles de la République, bon nombre d^émigrés ou de déportés pensèrent que le résultat de la guerre pourrait bien leur procurer le bonheur de rentrer en France. Le vicaire général d'Agde avait à ce sujet des sentiments dignes d'un noble cœur. Voici, en effet, ce qu'il écrivit de Bologne ;\ l'abbé Gorgon, sous la date du 28 avril 1793 icdl serait bien ;\ désirer que le plus grand nombre d'entre nous se rappelât ce qu'exige de nous le titre de Confesseur et y conformât sa conduite. Cela avancerait nos affaires plus que toutes les armées combinées. Dans ce moment, les papiers publics, les lettres particulières parlent de grands avantages remportés sur les patriotes et semblent présenter la plus parfaite prospérité pour la campagne prochaine. Mais la campagne dernière s'annonçait aussi bien. Notre voyage de Nice ne devait être qu'une partie de plaisir. Ainsi disposait l'homme, mais Dieu a dispose autrement. D'ailleurs, si les affaires ne se rétablissaient

V Ancien Clergé du Diocèse de Montpellier.

que par la force des armes, dans quel état retrouverions-nous notre malheureuse patrie ? Nous ne marcherions que sur des ruines, qu'au milieu, peut-être, des tombeaux de nos parents, de nos amis... En vérité, à un si haut prix, je renoncerais volontiers à ne jamais revoir ma patrie, si d'ailleurs la religion n'y était rétablie. Si nous étions bien animés de l'esprit de notre état, nous ne parlerions jamais des victoires remportées sur nos malheureux compatriotes, sans verser des larmes, au lieu de nous en réjouir; nous prierions Dieu d'employer pour notre délivrance des moyens moins violents. »

L'abbé Bellenger n*eût pas le bonheur de revoir sa France bien-aimée et, à Bologne, où il il avait fixé sa résidence, il s'endormit tout doucement dans le sein' de Dieu, en pleine connaissance, au milieu de nombreux amis.

Cf. Ms. de l'abbé Gourgon; — Ms. de l'abbé de Gohix, Hist. ahrèc^éc des Titulaires ihs Chapitres cath. et coll. du Dioc. d'^4gde, depuis la RèvoJ, jusqu'en iSoi, p,i.

BELLET (Eiiennne),

né vers 1708, à Roujan ; curé de Saint-Nazaire de Béziers. Insermenté, pension de 428 livres 4 sous. — Reclus. — Mis en liberté, se retira dans son pays natal, où à raison de son grand âge (87 ans) et de ses infirmités, il n'exerça pas le saint-ministére. Il demanda à la Municipalité d'être exempt de la réclusion et fut mis en état d'arrestation provisoire dans sa maison (22 brumaire an IV, 13 novembre 1795).

Arch. de l'Hérault, L. 457.

TiELLEVILLE (Jean-Pierre),

prêtre du chapitre Saint-Aphrodise de Béziers, pension 751 1. 15 s. 4 d. — Embarqué pour Nice, le 4 août 1792, âgé de 43 ans. Nommé succursaliste à Baillargues (15 juin 1808) et à Colombiers, canton de Castries, curé de Frontignan, le 25 juillet 181 1, à la mort de Pascal (J. B.) il

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