‹ L'ancien clergé du diocèse de MontpellierChapitre 13 sur 324 · I. Les Constitutionnels · texte numérisé non relu

I. Les Constitutionnels

leur soit permis de proclamer aussi cet Acte Constitutionnel, monument impérissable de la sagesse et de la régénération de la nation française ; et, pour montrer l'union réciproque et désormais indissoluble, l'accord parfait de la religion et du civisme, qu'une fête religieuse et civique succède à une fête civique et religieuse... Louons, bénissons l'Etre Suprême parce que nous avons une bonne Constitution... Elle n'est autre que le développement social de la morale simple et sublime de l'Evangile... »

L'évêque-intrus termine son Mandement en ordonnant pour le 22 octobre, un Te Deum dans toutes les églises du département. Il y recommandait au clergé d'inviter à la cérémonie, avec tout le sentiment qu'inspire un patriotisme religieux, les Corps constitués et les Sociétés d'tAmis de la Constitution.

Dans la suite, les Amis de la Constitution célébrèrent une cérémonie funèbre sur l'Esplanade, sans autel et sans prêtre. Pourquoi des prêtres et toujours des prêtres ? Cependant cette manière de comprendre les choses de la religion ne pouvait convenir aux Constitutionnels et, lorsque on voulut à propos de Simoneau, maire d'Etampes, tué dans une émeute, procéder à une nouvelle cérémonie funèbre, on choisit, il est vrai, comme lieu de la manifestation w le Temple de l'Univers » (c'est-à-dire TEsplanade); mais on eut la pensée de lui donner une teinte religieuse en y appelant Tévêque du département. Pour accomplir le programme, on se passa de l'Autel de la Patrie et, à l'absoute, donnée par Pouderous, succéda le chant de la Marseillaisey qu'on entendit alors pour la première fois, à Montpellier (17 juin 1792).

Le cours des visites soi-disant pastorales fut repris après les faits dont nous venons de parler. Elles avaient été annoncées par une lettre-circulaire qui en avait tracé l'itinérajre pour le district de Montpellier (9 mai 1792). L'évêque indiquait les prières à réciter devant le Saint- Sacrement. Dans la plupart des localités visitées par lui il fut reçu non comme le Bon Pasteur, mais comme « un loup ravisseur ». Souvent l'accueil était glacial ; d'autres fois^ il devenait malveillant et hostile ; les

U Ancien Clergé du diocèse de Montpellier.

populations catholiques protestant par leurs actes contre le soi-disant évêque du département. Dans quelques autres localités l'accueil était pacifique, bienveillant même. A Cette, on lui offrit un banquet dans la grande salle de l'Hôtel- de- Ville. Les protestants ne manquèrent pas de s'y rendre avec leur ministre. Pondérons se lia d'amitié avec ce dernier et en donna des preuves publiques dans le lieu même du festin , il l'embrassa avec effusion, lui disant que « désormais il n'y aurait plus de division entre les deux Eglises et qu'il n'existait plus de différence entre les uns et les autres. Propos qui scandalisa fort ceux de son parti qui s'imaginaient encore être catholiques. »

« L'année 1792, au mois de mai, dit Pondérons dans son Livre de Raison, je me rendis à Paguignan pour commencer dans le district de Saint-Pons mes visites épiscopales. Je visitai la partie qu'on appelle La Plaine et je me rendis la même année à Saint-Pons pour la visite de ce qu'on appelle La Montagne, de manière que toutes les paroisses du district de Saint-Pons furent visitées sans exception aucune. Comme il y eut un intervalle entre la visite de La Plaine et de La Montagne, je pris tout ce temps pour visiter yn grand nombre d'églises du District de Béziers. Notez que j'avais été la première année à Lodève, de même que dans d'autres visites du District, renvoyant les campagnes à un autre tour, je visitai lesdites campagnes partie en 1791, partie en 1792, partie en 1793. Toutes ces visites ont été suivies d'une Ordonnance qui a été remise aux municipalités de chaque paroisse. »

Tout allait pour le mieux, et Tévêque-intrus, aussi pressé que les directoires de l'Hérault, attendait, désirait le vote définitif de la loi qui devait prohiber le port du costume ecclésiastiqu-e hors l'exercice des fonctions. Il s'en faisait le triste précurseur et le panégyriste odieux. Il publiait en effet une circulaire adressée à son clergé pour la faire connaître et en montrer en même temps la légalité et l'opportunité. Il donna pour épigraphe à son Mandement ces mots du Pape Célestin V"' : « Nous devons être distingués du peuple et des autres par la doctrine et non

Page 1