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IV. Les Martyrs et Confesseurs de la Foi

être confié aux prêtres de St-Sulpice. Dalga fut désigné pour occuper une chaire dans ce nouvel établissement.

Il s'y trouvait heureux lorsque la Révolution éclata. Comme tous les Sulpiciens, et comme tous les prêtres fidèles, Tabbé Dalga refusa le serment schismatique que, du reste, on n'avait pas le droit d'exiger de lui, puisqu'il n'était ni fonctionnaire public, ni salarié. Obligé de fuir, on le crut sorti de France et on le porta sur la liste des émigrés. Il avait pris la résolution de braver la tempête, avec Tintention généreuse de travailler au salut des âmes qui n'auraient point participé au schisme. Il se tint caché chez son frère, à Puimisson, depuis les premiers jours de mai 1792, jusqu'au commencement du mois d'août de la même année. Ce qu'il avait résolu avec courage, il l'exécuta avec persévérance, obligé cependant à quitter la maison de son frère où Ton n'aurait pas manqué de l'arrêter. Il trouva un asile plus sûr à Saint Gervais, chez la veuve Palanquet, et chez Antoine Rougas, et reprit avec plus d'ardeur son œuvre de dévouement. La force de son corps répondait à celle de son âme, aussi ne recula-t-il jamais devant le travail le plus difiicile et quelquefois le plus périlleux. Ni les mauvais chemins qu'il lui fallait parcourir dans un pays de montagnes, le plus souvent pendant la nuit, ni la perspective d'une mort certaine et peut-être cruelle, rien ne l'arrêta jamais et plus d'une fois il se vit exposé aux plus grands dangers.

Un jour, entre autres, étant tombé au milieu d'une colonne mobile, envoyée à la recherche des prêtres réfractaires, loin de se détourner, il marcha droit sur les patriotes avec le plus grand air de sécurité, travesti qu'il était en paysan de ces montagnes et portant sur l'épaule la petite caisse qui contenait le calice, les ornements et tous les autres objets nécessaires au sacrifice. Il les salua, sans qu'aucun d'eux s'avisât de s'enquérir de sa profession, de lui demander son passe-port et de visiter sa caisse. Dans la suite, l'abbé Dalga parlait volontiers des consolations qu'il avait éprouvées dans les montagnes de St-Gervais, de la pureté des mœurs de ses habitants et de la vivacité de leur foi et il en parlait avec

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effusion de cœur. Mgr de Nicolay, évêque de Béziers, chassé de son diocèse et retiré en pays étranger, lui avait conféré tous ses pouvoirs, le priant de veiller sur ses ouailles. Cette confiance fut pour le Sulpicien un excitant de plus pour travailler au salut de tous les fidèles délaissés et les empêcher d'être séduits par les faux pasteurs .

La Convention rendit un décret (ii prairial an III, 30 mai 1793) « pour assurer et faciliter le libre exercice du culte » en faveur des ministres qui voudraient se soumettre aux lois de la République. Dalga crut devoir en profiter et dès le 19 thermidor (6 août) il se présenta devant la Municipalité de St-Gervais et le 19 fructidor (5 septembre) de la même année, il fit la déclaration par laquelle il affirmait son intention d'exercer le culte. Il ne jouit pas à cet égard d'une longue liberté, car le 10 vendémiaire suivant (2 octobre 1795), le Directoire exécutif de Béziers ordonnait qu'il serait provisoirement arrêté, conduit dans la Maison d'Arrêt du district et transféré sous bonne escorte à la Maison de Réclusion de Montpellier, Béziers étant en ce moment en état de siège. Sa présence avait été signalée par la Municipalité du canton de Magalas (7 et 14 vendémiaire an VI, 28 septembre et 6 octobre 1797). On le disait sujet à la déportation. En effet, il n'était âgé que de jo ans. Le prêtre fidèle s'était de nouveau caché et parvint, paraît-il, à ne pas se laisser découvrir. Il ne fut arrêté que plus tard, à une époque où il pensait n'avoir plus rien à craindre. C'était le 24 floréal an Vil (13 mai 1799), à Béziers, sur la place de la Madeleine, à 10 heures du soir. On l'enferma d'abord au violon et puis dans la Maison d'Arrêt de cette ville. Mais, trois jours après, il était remis en liberté, à la charge d'aller résider à Puimisson, son pays natal.

A la restauration du culte catholique, Mgr Rollet, évêque concordataire de Montpellier, choisit l'abbé Dalga pour supérieur du séminaire qu'ilvoulait fonder. Ils commencèrent même ensemble une quête générale destinée à réunir les fonds nécessaires à la création de cet établissement. Mais « la division se mit entre eux, des reproches immérités, des

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mériances injustes, des tracasseries sans nom, occasionnèrent une brusque rupture entre l'évêque et le supérieur ». Mgr Rollet, « homme de bien, d'ailleurs, avait par rapport à la direction des séminaires, certaines idées auxquelles il tenait beaucoup et toutes en opposition directe avec les règlements et les coutumes de Saint-Sulpice ». L'abbé Dalga conserva cependant le titre de vicaire général ou vice-agent pour l'ancien diocèse de Béziers, et continua d'en remplir les fonctions.

M. Dalga se retira, sur les conseils, sans doute, de l'abbé Emery, supérieur général de Saint-Sulpice, qui venait de reconstituer sa congrégation, et qui lui confia la direction du séminaire d'Aix.

Dans cette nouvelle position, l'abbé Dalga donna des preuves d'une solide vertu et fut pour les séminaristes ce que saint Paul appelle /orma gregisy un modèle irréprochable. Tous admiraient la rectitude de son jugement et la fermeté de son caractère, unis à une piété tendre et à un grand amour de l'étude, vers lesquels il poussait ses élèves. Il était heureux de les voir se livrer aux œuvres du zèle et plus particulièrement à celle des catéchismes. Tout entier à son désir de former des prêtres instruits, dévoués au salut des âmes, édifiants par leur conduite, il avait su s'attirer Taffection générale. En 1811, il fut brusquement arraché de la maison où il faisait le bien. Napoléon s'en était pris à la congrégation de St-Sulpice et avait renvoyé les Sulpiciens des établissements ecclésiastiques, et cela parce que l'abbé Emery n'avait pas favorisé son divorce avec l'impératrice Joséphine. Les élèves du séminaire d'Aix ne voulurent point laisser partir leur vénéré supérieur, sans lui demander son portrait, comme souvenir. La modestie de l'abbé Dalga s'y refusait, et s'il finit par consentir à le leur laisser, ce ne fut que par la crainte de trop affliger leur tendresse.

Il reprit à regret le chemin de son diocèse d'origine, où Mgr Fournier l'accueillit avec le plus vif empressement et avec toute la tendresse de son cœur. Ce prélat connaissait, estimait et affectionnait Tentant de Puimisson et avait beaucoup regretté que Mgr Rollet, son prédécesseur,

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n'eût pas su le conserver à la tête du séminaire de Montpellier. Dès son arrivée dans le diocèse^ pour lui prouver combien il appréciait ses qualités, il lui avait conféré le titre de chanoine honoraire de sa cathédrale. La direction du séminaire de Montpellier était en souffrance par suite des fréquents changements de supérieurs. A M. Rahoux, nommé par Mgr Rollet, avait bientôt succédé M. Carrière, lequel se démit pour prendre une stalle de chanoine à la cathédrale St-Pierre. Mgr Fournier le remplaça par l'abbé Rieusset dont Tadministration dura quelques jours à peine. L'évêque fit alors appel au dévouement bien connu de l'abbé Dalga, qui jouissait d'un loisir forcé. Celui-ci ne se fit pas prier, accepta et remplit à la satisfaction de tous les fonctions de supérieur du 15 novembre 18 12 au i" novembre 181 3.

Cependant le diocèse d'Aix regrettait l'ancien supérieur de son séminaire, se plaignait de son éloignement^ appelait de ses vœux le jour où il viendrait enfin reprendre la direction de son établissement ecclésiastique, suppliait l'abbé Dalga de retourner et priait l'évêque de Montpellier de le lui rendre. Dans de telles conditions, le maintien du Sulpicien au séminaire de Montpellier était devenu bien difficile, et Mgr Fournier se vit dans la nécessité de le rendre à sa congrégation et au séminaire d'Aix, où il reprit sa place à la tête des jeunes clercs, après trois ans d'absence. La force de son tempérament s'était conservée malgré les années et malgré les rudes épreuves par lesquelles il avait passé. En 1826, étant âgé de 79 ans, il fit un voyage à Paris pour assister à une assemblée des anciens de Saint-Sulpice ; mais, l'année suivante, les premières atteintes du mal qui devait l'enlever se firent sentir. « C'était un embarras provenant d'une ossification qui se formait dans les vaisseaux sanguins, près du cœur, d'où résultaient par intervalle, quand les vaisseaux étaient trop engorgés, d'intolérables suffocations qui le mettaient à la mort, et auxquelles il n'y avait de soulagement que par d'abondantes saignées ». Quand le mal lui laissait quelque répit, on aimait à le voir les jours de promenade rassembler autour de lui ses chers élèves, et là, le dos appuyé

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