‹ L'ancien clergé du diocèse de MontpellierChapitre 18 sur 324 · I. Les Constitutionnels · texte numérisé non relu

I. Les Constitutionnels

Mais le temps n'était plus guère propice aux polémiques et même aux études ecclésiastiques. Le professeur-supérieur qui n'avait plus que faire de son enseignement de la théologie, se tourna d'un autre côté. Il se fît nommer à Olonzac, avec le titre de procuré. C'était, nous l'avons dit plus haut, la paroisse où il avait débuté. Les habitants qui ne l'avaient point oublié l'accueillirent avec empressement. Il fit le bien au milieu d'eux par un zèle ardent, digne d'une meilleure cause. Qu'on en juge par les faits suivants.

Une jeune fille vint à mourir dans tout l'éclat de la jeunesse, après quelques heures seulement de maladie. Toute la population en demeura comme frappée de stupeur. C'était un samedi. Le lendemain dimanche, le curé annonce à ses paroissiens qu'un prédicateur de mérite, venu tout exprès pour eux, doit monter en chaire, le jour même, à l'issue des vêpres, et les invite à venir entendre sa parole éloquente. A l'heure dite, les fidèles arrivent et d'autant nombreux que c'était le moment où devait se faire l'inhumation de la jeune fille. La bière est introduite dans l'église, exposée à tous les regards. Rouanet monte en chaire, au milieu de l'émotion générale et des préoccupations curieuses d'une partie de l'assistance. Tous les yeux cherchent le prédicateur étranger. Tout-à-coup le pasteur de la paroisse indique du doigt la froide dépouille de la jeune défunte. « Voilà, dit-il, celle qui va vous prêcher par ma voix », et, sur ce, la mettant en esprit à la place qu'il occupe, il lui fait adresser à ses parents, à ses amis, à la population tout entière une de ces instructions parties du cœur qui arrache des larmes aux plus indifférents .

Les fêtes locales, dans nos contrées, sont célébrées avec une animation toute méridionale. Il y a toujours au moins deux bals dans chaque localité. Organisés à grands frais^ ils devenaient à l'époque critique dont nous parlons comme des champs clos où se vidaient à la force du poignet les vieilles inimitiés politiques, surtout après les excitations de la table. Rouanet avait fait de vains efforts pour mettre fin à ces luttes fratricides. A bout de moyens, il monte en chaire un dimanche, fête du pays, où

dans la journée avaient éclaté de plus grands désordres qu'à Tordinaire. Il exhorte d'une voix émue ses paroissiens à renoncer pour Favenir à des réjouissances si malheureuses et leur dit en termes très exprès que, si les bals continuent, lui, curé d'Olonzac, ne sera plus au milieu d'eux le dimanche suivant.

On aimait beaucoup Rouanet et on avait appris à compter sur sa parole; les parents des jeunes gens tinrent conseil et, le soir venu, se rendirent au presbytère, où, devant le curé, ils prirent l'engagement de faire cesser dès le lendemain cette cause de conflits politiques toujours renaissants. Ce qui avait été promis fut exécuté : preuve indiscutable de l'influence exercée sur la population, en des temps où la soumission au clergé n'était pas la première des vertus.

Nous devons rattacher à ce fait la pensée qu'avait eue le curé d'Olonzac de quitter cette paroisse pour devenir curé, constitutionnel toujours, de la paroisse de La Platée, à Castrés. Le titulaire légitime du diocèse de Castres, Mgr Jean-Marc de Royère, émigré à Alcobaça, en Portugal, informé des intentions du prétendant, lui écrivit. Seulement, comme il fallait alors user de la plus grande prudence, à cause de l'interception des lettres par la police, il mit à profit l'offre obligeante d'une personne de sa connaissance qui se rendait dans l'Hérault et la chargea de remettre au curé d'Olonzac, vicaire épiscopal, avec lequel il n'avait plus eu de relations depuis 1791, un écrit d'une vingtaine de pages. C'est, en somme, une touchante exhortation, par laquelle le prélat catholique engage le prêtre jureur à quitter son église constitutionnelle et schismatique. Le pli, daté du 2 octobre 1796, ne fut remis à son destinataire que vers la fin du carême 1797.

La réponse se fit attendre et il le fallait bien; elle constituait un Mémoire de 126 pages, daté d'Olonzac, 4 juillet 1797. L'auteur s'y défend d'avoir fait ou provoqué aucune démarche pour devenir curé de la paroisse de La Platée, à Castres; puis, il fait le panégyrique de la Constitution civile du Clergé et du serment. « Mettez à l'alambic, dit-il,

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