I. Les Constitutionnels
ce trop fameux serment, autant de fois que bon vous semblera; il n'en résultera jamais, et il n'en peut résulter qu'une soumission aux lois de l'Etat; soumission qui, loin de ressentir le schisme et l'impiété, est prescrite par Jésus-Christ et ses Apôtres, par les saints Pères et par l'enseignement de l'Eglise ». Puis, vient le sempiternel « Rendex^ à César ce qui appartient à César », suivi des autres textes stéréotypés, Bossuet, les Articles de 1682, Fleury, Boniface VIII, Paul IV, et des pages entières de l'histoire ecclésiastique. Le vicaire épiscopal demande pourquoi les « anciens évêques de France ne céderaient pas leurs sièges aux évêques Constitutionnels, à l'exemple des évêques catholiques d'Afrique qui avaient offert les leurs aux évêques donatistes, afin de les attirer à l'unité.
Quant aux Brefs de Pie VI, il les repousse comme manquant d'authenticité. Fussent-ils authentiques, ils sont le résultat d'une « fausse démarche ». Tout ceci n'empêche pas le signataire du mémoire de confesser que « si la sensibilité du dernier des prêtres pouvait être de quelque prix auprès d'un évêque, j'oserais vous dire, respectable Prélat, que parmi les Evêques de France qui, avant la Révolution, m'ont intéressé par leurs lumières et leurs vertus, et qui, depuis la Révolution, me sont devenus plus intéressants encore par leurs malheurs, vous avez toujours occupé une des premières places ». Ce fut tout ce que Mgr de Royère put obtenir du curé, vicaire épiscopal. Il avait perdu son temps !
Rouanet ne quitta point Olonzac. Deux ans encore il persévéra dans sa piété, dans son zèle et dans son obstination. Pondérons venait de descendre dans la tombe (10 avril 1799). Une réunion -électorale, convoquée dans l'église Saint-Pierre de Montpellier, s'occupa de lui trouver un successeur. On pensa d'abord au citoyen Duny, curé-intrus de cette paroisse. On finit cependant par s'entendre sur le nom de Rouanet, celui de ses vicaires épiscopaux que Pouderous avait désiré avoir comme coadjuteur. L'élu était dans la force de l'âge. Il se fit sacrer et installer le 10 novembre 1799, par J.-B. Aubert, évêque
métropolitain des Côtes de la Méditerranée, assisté de A. Champsaud, évêque des Basses- Alpes, et F. Etienne, évêque du Vaucluse.
Les débuts de l'épiscopat de Rouanet furent troublés par Tinterdiction que le Directoire fit peser sur les ministres du culte tant constitutionnels que catholiques. Il se vit contraint à se réfugier à la Bastide Rouairoux, son pays natal, où sa conduite demeura toujours irréprochable. On le vit même, au péril de ses jours, aller administrer les derniers sacrements aux moribonds de la campagne, portant le saint Viatique dans une boîte cachée sous ses vêtements. Il célébrait la messe en cachette et baptisait les enfants qu'on lui présentait.
Le traité signé à Lunéville le 9 février 1801 qui donnait à la France le Rhin pour limite, fournit à Tévêque constitutionnel l'occasion de publier une lettre pastorale (17 mars), avec ce protocole « Alexandre- Victor Rouanet, par la Providence divine et dans la communion du Saint-Siège Apostolique, Evêque de THérault : à nos vénérables Frères les Archiprêtres, Curés, Vicaires, et à tous les Fidèles dn diocèse, salut et bénédiction en Notre Seigneur Jésus-Christ, le Fort, le Prince de la Paix. » Nous ne reproduirons pas dans toute leur étendue les huit pages de cette lettre ; nous en donnerons cependant les parties les plus saillantes :
« Que de larmes n'a pas fait couler la guerre affreuse qui vient de désoler, non seulement la France, mais la majeure partie de l'Europe, mais de vastes contrées de l'Asie, de l'Afrique, de l'Amérique et de menacer l'univers entier d'un embrasement général ! Que de sang n'at-elle pas fait répandre ?...Dieu a été notre refuge et notre force. C'est lui qui nous a assistés dans les grandes tribulations qui sont venues fondre sur nous... De quels sentiments ne devons-nous pas être pénétrés pour un Dieu qui a rendu nos phalanges triomphantes ; qui daigne couronner tant de victoires par le précieux bienfait d'une paix glorieuse?... Mais, au milieu de l'allégresse publique, rappelons-nous qu'elle est le prix du sang de nos frères. »