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IV. Les Martyrs et Confesseurs de la Foi

nommé secrétaire du bureau de Siheté (7 septembre) et, au nom de ses quatre collègues (les abbés Cussac, Manen, Crespîn et Sabatier), fit un discours à l'Assemblée municipale, sur ce texte tiré du psaume 126*^ : « Si le Seigneur ne bâtit la maison^ c'est en vain que travaillent ceux qui la bâtissent ».

Nommé président de la Commission municipale (i'^'' novembre 1789), il fit l'éloge de cette assemblée (janvier 1790), dans laquelle il s'opposa à l'achat des biens dits nationaux (14 avril). Effrayé de la tournure que prenaient les événements, il se retira du Conseil municipal (novembre) et refusa le serment schismatique. Sa pension comme chanoine avait été réglée à 2,668 livres, 10 sous, trois deniers; mais nous ne voyons pas qu'il en ait jamais touché un rouge liard.

Obligé de fuir, il se rendit non point dans un riche domaine qu*il possédait aux environs de Montpellier, où il eût été trop en vue, mais dans une maison de campagne, près de Mende, où il vécut en solitaire. La loi de la déportation, rendue le 26 août 1792, ne Jui semblait pas le concerner, cependant la discussion qui s'engagea vers la fin de juillet 1793, à la Convention, contre les prêtres non assermentés qui n'étaient pas sortis de France, le tira de son illusion et le força d'agir. Sans vouloir paraître en personne, il envoya un de ses amis au District de Mende, pour déclarer son âge (qui dépassait 60 ans) et demanda que, conformément à la loi, la seule peine de la réclusion lui fût appliquée. On trouva sa requête légitime ; mais on décida qu'il ne pouvait être mis en réclusion que dans la ville de son domicile et qu'il y serait conduit par les gendarmes. Seulement on négligea de remettre aux agents de la force publique une expédition du jugement du tribunal de Mende, constatant que le chanoine s'était comporté conformément aux prescriptions de la loi. Cet oubli eut pour lui les plus fâcheuses conséquences.

Arrivé à Montpellier le 20 ventôse an II (19 mars 1794), on aurait dû, son identité étant une fois établie, se contenter de le faire écrouer dans la Maison de Détention, conformément aux ordres du District de

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U Ancien Clergé du Diocèse de MonipeJier,

Mende ; mais les patriotes l'avaient reconnu et voulurent lui faire expier son refus obstiné du serment. Ils le livrèrent sur le champ à l'accusateur public, comme ne s'étant pas présenté pour la réclusion, ce qui était de toute fausseté. On le tenait et on le tenait bien. Avant tout jugement, il était déjà condamné à monter sur Téchafaud. Un nombreux détachement de soldats arrive en armes, le bourreau fait ses préparatifs ; un cercueil est déjà sur les lieux pour recevoir le corps de l'innocente victime. Interrogé par l'accusateur public sur le genre d'occupation auxquelles il se livrait dans sa retraite de Mende, il répond : « J'étais occupé à prier Dieu et à me préparer à mon dernier instant ». Prévenu d'avoir pris part aux troubles de Mende et de Jalés, « Je suis incapable, dit-il, de troubler l'Etat et de manier les armes ; j'ignore parfaitement l'art de la guerre, dont j'ai toujours eu la plus grande horreur. Je ne sais faire autre chose que prier et méditer ». A l'instant l'accusateur public se déchaîne contre la religion et contre ses ministres qu'il accuse d'être les auteurs des malheurs de la Vendée, d'y faire couler des flots de sang, d'attirer partout les fureurs de la guerre civile. « Nous lisons dans l'histoire, qu'un pape, interprète et organe de la religion, soumit aux peines canoniques un prêtre qui, contre l'esprit de l'Eglise, avait pris les armes. Les prêtres, continue l'accusateur, sont à la tête de l'armée contre-révolutionnaire et prêchent sans cesse la révolte ».

« S'il y a des prêtres à la guerre de la Vendée, ce que j'ai toujours ignoré, je les désapprouve ; ce n'est point dans notre bréviaire. Pour moi, ministre d'une Religion de paix, j'aime la paix, la désire et je me sacrifierais volontiers pour la procurer à notre malheureuse patrie ».

Le président lui demande pourquoi il avait refusé le serment constitutionnel lorsque, au commencement de la Révolution, il était membre du corps municipal.

« Parce que ce serment était contraire à ma conscience et à la Religion catholique ».

« Ah ! malheureux, s'écrie le président irrité, si tu avais fait ce serment^

que tu aurais ramené de citoyens égarés ! Tu es responsable des malheurs de la cité, que tu aurais pu empêcher par tes grandes connaissances ! »

« J'ai fait, répond avec simplicité le chanoine, pour mes concitoyens, tout ce que ma conscience me permettait de faire ».

Cependant l'accusateur public hésite sur le parti qu'il doit prendre ; il n'ose prononcer que le prévenu, ayant plus de soixante ans, soit néanmoins compris dans la loi relative aux ecclésiastiques qui étaient tenus, sous peine de mort, de se présenter pour subir la déportation. Il demande qu'on lui apporte le texte de la loi, pour en peser la valeur. Le président s'y oppose ; les recherches lui paraissent vaincs et superflues, il demande au chanoine Gigot s'il s'était présenté dans le délai prescrit par la loi.

« J'ai cru, répond celui-ci, qu'il était égal de me présenter en personne ou de le foire par un autre ; j'ai envoyé auprès du District un de mes amis pour faire connaître mon âge qui, d'après la loi, m'exemptait de la déportation, et ces magistrats décidèrent que je n'étais point compris dans la loi dont il s'agit maintenant ».

Il fallait, répliqua le président, se présenter en personne ; c'était l'^j-prit de la loi, (Il interprète :\ son gré le texte du décret, et ensuite il ajoute :) puisque tu n'as pas voulu te présenter, tu mérites de subir la peine voulue par la loi et, au milieu des cris réitérés de Vive la République, il le condamne à être décapité comme prêtre réfractaire.

La sentence est à peine prononcée qu'on entraîne le chanoine pour le livrer au bourreau qui l'attend. Lié aussitôt, on le conduit sans désemparer à la place de la Révolution, où est dressé le terrible échafaud. Il y monte d'un pas ferme et veut parler à la foule ; un F>ulcment de tambour couvre sa voix. Il baise alors la guillotine et présente avec intrépidité sa tête au couperet. Cette tête vénérable tombe, le bourreau la saisit et la montre aux assistants en vomissant de sacrilèges imprécations contre la religion et ses ministres.

Le chanoine Daniel Gigot est entré dans Montpellier il n'y a pas trois

heures et déjà cet homme si populaire, si justement estimé et aimé n'est plus ! victime d'un jugement trop précipité pour être juste. En effet, les papiers envoyés par le District de Mende, établissant la justification du chanoine, arrivaient à Montpellier le soir même de son exécution.

Cf. F. Saurel, Hist, reli^. du Dvp. de VHcrauU pendant la Résolution, III, 97-101 ;

- - SouLiKR, 1. 1, p. 500. — Procès-verbaux de r^4sseMblée (générale des Tifprèsetttants de la Connu, de Montpellier ; passim ; 1789. -- Arch. de THérault, 24c ^g, des Insinuations ecclésiastiques, n" du 20 mars 1775. — Mazières, p. 7. — Anciens Ordos du Dioc. de Montp. — Seguin, t^4ct. des Martyrs, p. 19. — Carrox, II, 172. — Guiixon, III, 195.

— DuvAL-jouvE, I et II, passim.

GINGIBRE {Joseph'Houoré),

né à Murviel, près Montpellier, le ir février 1763.

Après avoir refusé, à Lunel, où il était vicaire, le serment constitutionnel, il se rendit en Italie. Il était à peine rentré en France qu'il se vit dans la dure nécessité de repartir pour l'étranger. Il prit à Lunel un passe-port pour l'Espagne (6 vendémiaire an VI, 27 septembre 1797) et s'embarqua au port d'Aigues-Mortcs.

A la restauration du culte, il devint curé de Marsillargues ,1803', et le (10 juillet 1817) curé de Saint-Denis, a Montpellier. Il avait alors 54 ans et succédait au regrettéM. Manen. Pendant qu'il administrait cette paroisse, la ville racheta le presbytère, la sacristie et l'église (1825-1826). A l'âge de 65 ans, il voulut se décharger du ministère pastoral, pour n'avoir plus à songer qu'à des occupations plus paisibles et moins absorbantes. A la mort de l'abbé de Villiers, il accepta le titre de chanoine titulaire à la cathédrale (28 novembre 1828) et le conserva jusqu'à la fin de ses jours (22 septembre 1843^ Il était vicaire général honoraire.

Cf. L. GuiRAUD, La Patoisse Saint-T>enis ; — Ordo de 1844.

GIRARD (Jacques-Grégoire-Sophrone de),

né vers 1759. Sujet à la déportation. «Homme d'une austérité d'anachorète ï> au dire de l'abbé Coural (p. 11). Chanoine honoraire, supé-

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