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IV. Les Martyrs et Confesseurs de la toi

des bontés du supérieur qui l'avait désigné à Tévêque d'Agde, l'abbé de Gohin comprit que de la part de l'abbé Couturier cette présentation était un remerciement délicat pour certains petits services rendus au séminaire. Pendant plus de deux mois^ il avait remplacé le maître de chant et j)endant un temps plus considérable, il s'était plié à faire des conférences de théolosjie.

Soumis et respectueux à l'égard de ses parents. Tabbé de Gohin écrivît à son père pour lui demander son consentement, et le prier d'aller chez M. de Vaugirauld, son évêque diocésain, pour avojr aussi le sien. Le nouveau grand- vicaire ne savait pourtant pas dans quel pays on l'envoyait avec ce titre, ni le nom de son évêque. Dès qu'il en fut instruit, il commença à prendre ses dispositions, et le ii février 1744, il reçut la bénédiction de licence dans l'église métropolitaine de Notre-Dame d'e Paris, au pied de l'autel de la Très Sainte-Vierge et prêta le serment de soutenir l'Immaculée Conception. Cela fait, il écrivit à M. de Charleval pour se mettre à sa disposition. Sur son ordre, il se mit en route pour Agde, où il arriva le 24 avril 1744, et reçut ses lettres de grand- vicaire le 27 ; fonctions qu'il exerça sans interruption jusqu'au 29 septembre 1800. Ayant été nommé par le chapitre après la mort de M. de Charleval et confirmé par M. de Saint-Simon, et, après la mort de celui-ci,, nommé par l'archevêque de Narbonne, métropolitain, à cause de la suppression du chapitre d'Agde.

M. de Charleval lui fit connaître le fort et le faible de son clergé qu'il connaissait parfaitement lui-même, afin que dans les demandes qui pouvaient lui être adressées par des ecclésiastiques il eut à se tenir plus ou moins sur ses gardes. Une fois qu'il l'eût mis au courant, il le prévint qu'il allait le laisser seul pour quelque temps. Dévoré par les fièvres d'accès, il éprouvait le besoin d'aller à Aix-en-Provence respirer l'air natal. Il l'engagea d'aller pendant son absence prendre ses repas au séminaire, qu'il venait de confier aux membres de la Congrégation du Sacré-Cœur, de Marseille : ce que lui conseillait son évêque pour une fois, l'abbé

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L'Ancien Clergé du Divcise de Montpellier.

Gohin le pratiqua toujours dans la suite ; et quand M. de Charleval s'absentait^ le grand-vicaire reprenait son asile du séminaire.

A peine le prélat était-il parti qu'un jeune ecclésiastique « anticonstituant » vint lui demander un visa pour un canonicat de collégiale. Le grand*vicaire lui propose de signer sa soumission au formulaire d'Alexandre VII, que les ordonnances royales enregistrées au parlement exigeaient en pareil cas. Le jeune abbé refusa catégoriquement de signer un autre formulaire de soumission à la constitution, dressé par M. de Brancas, archevêque d'Aix, et adopté par M. de Charleval. ]jç grand-vicaire dit alors au refusant qu'il voulait l'examiner, et en effet, conformément à la méthode qu'employait M. de Charancy, alors évêque de Montpellier envers les Quesnellistes de son clergé, l'abbé de Gohin prit en détail tout le contenu du formulaire d'Aix, pour en faire autant de questions auxquelles l'ecclésiastique fut obligé de répondre et qu'il lui fit signer à chaque page. Il ne put éviter d'avouer que la bulle Unigenitus était un bref du Saint-Siège en matière de doctrine, reçu et accepté par tous les évèques de l'Eglise, même de France et faisant par conséquent règle de foi, etc. L'examen fini, le grand- vicaire fit observer au jeune clerc qu'il venait de signer à 7 ou 8 reprises différentes ce qu'il avait refusé de signer une. A quoi, il répondit qu'il avait été arrêté parce que la Bulle frappait d'excommunication les récalcitrants, et que cependant le concile d'Embrun condamnant M. de Soanen, évêque de Sénez, l'un des évèques appellants, s'était contenté de le réduire à la communion laïque et de rinterdire. (c Si on lui a permis la communion laïque, disait-il, il n'était donc pas excommunié ». L'abbé de Gohin le détrompa, lui faisane observer que le concile ne lui avait pzs permis la communion laïque; mais attendu que s'il l'avait déclaré excommunié, cette excommunication juridique aurait entraîné sa déposition ; et que la déposition d'un évêque est une des grandes causes qui doivent être renvoyées et définitivement jugées à Rome, après beaucoup de formalités, très longues à remplir. Les pères de ce concile, qui voulaient remédier promptement aux maux

rv. lus Martyrs et Canjessmrs de la toi,

que causait Tévèque de Senez dans son diocèse, se^ contentèrent de l'interdire; ce qui le dépouillait de sa juridiction qu'ils confièrent à Tabbé de La Motte, depuis évoque d* Amiens. Ils s'abstinrent de prononcer sur l'excommunication encourue à jure^ pour éviter les longueurs qu'aurait entraîné cette sentence, s'il l'avaient déclaré excommunié nommément ab homine; par le simple interdit, ils le dépouillaient de tout droit aux fonctions de son ordre, ce qui le réduisait à la communion laïque, sans cependant la lui permettre, vu la censure d'excommunication encourue à jure.

A ces explications, l'examiné répondit qu'il n'avait pas pensé à tout cela. Le grand-vicaire le renvoya à quelques jours de là, pour rapporter sa décision àTEvêque dont le retour était annoncé. Il arriva en effet, et content de la manière de procéder de son délégué, signa le visa demandé. Mais ayant appris que le nouveau chanoine se vantait sur les lieux d'avoir été si bien reçu à Agde, et sans difficulté, il fit taire en bonne forme une copie de l'examen et l'envoya à un membre du même chapitre qui divulga la vérité, savoir que le récipiendaire n'avait réussi qu'en signant sept fois ce qu'il avait refusé une fois.

L'Evêque, plein d'attention pour l'abbé de Gohin et prévoyant qu'il y aurait dans peu une Assemblée provinciale à l'effet de nommer des députés à l'Assemblée générale du clergé en 1745, disirait que son grand-vicaire y fut envoyé avec lui; mais celui-ci n'était pas éligible, ne possédant aucun bénéfice dans la Province, l'évêque leva la difficulté en lui faisant titre d'une petite chapelle vacante dans son diocèse (26 sep tembre 1744), dont il prit possession le 12 octobre suivant. Ce moyen réussit et depuis lors, Tabbé fut toujours envoyé à l'Assemblée provinciale, ou pour le clergé du diocèse, ou même pour l'Evêque quand il ne pouvait s'y rendre.

Ce prélat, voulait cependant pourvoir son protéger d'un meilleur bénéfice, lorsque l'occasion s'en présenterait, et dans ce but, il lui demanda de faire officiellement la notification de ses grades, ce fut exécuté le 30 septembre suivant et réitéré le 15 avril 1745.

L'Aficieti Clergé du Diocèse de Montpellier.

Toutes les années Mgr de Saint-Simon donnait des retraites aux communautés religieuses de son diocèse, avec le concours de son grandvicaire ; et lorsqu'il était absent, le grand-vicaire était seul pour ce travail.

Un vieux janséniste, chanoine théologal de la cathédrale d'Agde, exilé du diocèse pour cause de son appel de la Constitution, venait de mourir. Sa stalle fut aussitôt donnée à l'abbé de Gohin (9 septembre 1745). Le nouveau théologal prit dès le lendemain possession de son canonicat, en vertu duquel il devait prêcher tous les dimanches et fêtes, sauf pendant TAvent et le Carême, et faire deux fois par semaine des conférences au clergé, après Vêpres. Il se mit tout entier à se préparer à ce ministère; se faisant, dans les commencements surtout, suppléer pour les sermons des principales fêtes, omettant même parfois d'annoncer la parole de Dieu, au grand scandale des fidèles qui murmuraient de cette privation. Le théologal se la reprochait à lui-même ; il finit par se décourager e^par donner sa démission (27 décembre 1750). Débarrassé de ce canonicat laborieux, Tabbé Gohin n'eut plus à s'occuper que de ses fonctions de grand-vicaire et d'official, fiiciles à remplir dans un aussi petit diocèse que celui d'Agde.

Il eut cependant à instruire la cause d'un grand criminel : c'était celle du fameux Causse, curé de Cette, que le malheureux scandalisait, depuis plus de dix ans, par son libertinage et son irréligion et que la peine de l'exil n'avait point converti. Uévêque ayant reçu de nouvelles plaintes à son sujet et ne pouvant plus employer l'autorité du gouvernement pour y remédier, se vit forcé de recourir à la voie de la justice et fit agir son promoteur qui requit l'abbé de Gohin d'aller à Cette pour y informer, en sa qualité d'official. Il y assigna une douzaine de témoins qui n'osèrent comparaître; ce défaut de liberté l'obligea de revenir à Agde pour y entendre les témoins, à plus grands frais à cause du déplacement, et au nombre de 150. L'affaire devenait justiciable du juge royal criminel de Béziers, et lui fut soumise. Celui-ci agit conjointement avec l'ofEcial.

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