IV. Lu Martyrs et Cor^esseurs de la Foi
on lui demanda son passe*port, qui était resté aux mains du gendarme. Sur sa déclaration qu'il se rendait à la Maison de Réclusion^ l'officier de service détacha deux de ses hommes pour l'accompagner jusqu'à l'ancien collège des Jésuites et qui ne se retirèrent qu'à l'arrivée tardive du gendarme détenteur du passe-port. C'était le ii mars 1794. Le nouveau venu avait alors 77 ans . Il trouva dans la maison quarante-trois prisonniers, au nombre desquels étaient plusieurs vicaires généraux de Montpellier, de Béziers et de Saint-Pons, des prêtres séculiers et des frères lais. Après lui, trente-deux autres malheureux entrèrent en réclusion, ce qui aurait porté le nombre total des reclus à soixante-dix-sept si, dans l'espace des dix premiers mois de sa détention, il n'en était mort une dizaine.
Le monastère de la Visitation avait d'abord été aÉfecté à la détention des prêtres ou religieux non assermentés et âgés de plus de soixante ans. Ce local dut être évacué pour taire place aux soldats de la garnison atteints de gale. A l'arrivée de l'abbé de Gohin au collège, les reclus étaient parqués, entassés au 3*"^ étage. Dans une chambre jadis occupée par un seul régent, ils étaient jusqu'à dix ou même douze détenus. Dans une autre pièce où se pressaient déjà cinq reclus, on en ajouta un sixième, porté moribond et qui rendit le dernier soupir le surlendemain. De Gohin, privilégié, se trouva n'avoir que deux compagnons dans sa chambre.
Les prisonniers prenaient leurs maigres repas dans un corridor qui était leur seul promenoir. Ils n'avaient absolument aucune relation avec le dehors ; les lettres écrites dans la maison devaient être remises non cachetées aux agents et celles qui leur arrivaient ne leur étaient livrées que décachetées et lues avec méfiance. On leur plaignait en quelque sorte l'air qu'ils respiraient ; car toutes les fenêtres avaient été mises hors d'asl>ect, pour empêcher la vue de la campagne. On porta l'irréligion et la cruauté jusqu'à leur enlever tout ce qui était nécessaire pour la célébration de la sainte messe dans les chambres, et ce fut même le jour de Pâques 1794 qu on vint leur ravir les ornements, les calices et tout le
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U Ancien Clergé du Diocèse de MontpeJîer,
reste. On aggravait de jour en jour le poids dont ils étaient accablés ; il semblait qu'on cherchait surtout à se défaire promptement de leurs personnes. On réduisit à une miche quotidienne la quantité de pain qui devait être partagée entre trois prisonniers. Encore, si ce pain noir eût été du vrai pain ! Fabriqué avec de la farine qui ressemblait « à de la balayure de grenier », il n'était pas suffisamment cuit et se moisissait rapidement. Quelques détenus en furent considérablement incommodés, et ce ne fut qu'au dernier mois de leur incarcération qu'on permit à ces saints vieillards de se procurer du dehors du pain mangeable.
l3ès son arrivée^ l'abbé de Gohin se fit admettre à une table de six reclus, dont quelques-uns lui étaient connus. On leur portait à manger une fois par jour; le papier-monnaie perdant de jour en jour de sa valeur, le traiteur exigea des augmentations successives sur le prix convenu dès le, principe. Mais plusieurs reclus manquaient de ressources pour payer leur nourriture. Ils firent une pétition au Département pour en obtenir de quoi vivre. L'abbé de Gohin se joignit aux pétitionnaires, bien qu'il pût se suffire à lui-même; son intention était de grossir le nombre des réclamants. On leur accorda d'abord soixante livres par mois, en assignats; la valeur des assignats baissant toujours, on fut obligé d'augmenter peu à peu le secours et d'arriver jusqu'à cent livres. Cette dépense faite à contre-cœur contribua beaucoup à accélérer la mise en liberté des reclus.
Avant de leur ouvrir définitivement les portes, on les transféra de nouveau à la Visitation. Cette opération se fit en deux fois, par bandes d'une vingtaine, sous la simple garde du concierge. - - Deux fois vingt, quarante ! La mort avait réduit le nombre !
En les voyant défiler, le public paraissait afi'ecté de compassion, sans cependant oser manifester ses sentiments. Un insulteur eut moins de retenue. — « Vois-tu ces calotins ? dit-il à un de ses camarades, ils nous menaient autrefois, maintenant nous les menons ! ».
Les détenus se trouvèrent plus à leur aise dans la grande et belle maison de la Visitation. La plupart de ceux qui l'avaient déjà habitée, y