I. Les Constitutionnels
qui m'a toujours dirigé dans rarrondissement que j'habite, me dirigera dans celui où je vais résider. Heureux, si par mes discours et par mes exemples, je puis contribuer à y calmer les esprits.
f A. V. ROUANET,
Èvêque démissionnaire.
Cependant il est lui-même troublé par un effet du zèle indiscret du Maire de Saint-Pons; une simple maladresse. Le gouvernement veillait sur les prêtres qui refusaient de reconnaître le Concordat et leur transmettait ses observations par la voie hiérarchique des préfets, sous-préfets et maires. Or, vivaient à Saint-Pons quelques prêtres qui n'étaient point en communion avec l'évêque de Montpellier. Le Maire leur adresse la circulaire suivante :
« Le Préfet du département. Monsieur, m'annonce... qu'il est instruit que des prêtres de la commune de Saint-Pons... se permettent d'exercer le ministère du culte sans l'autorisation de M. TEvêque. Je suis chargé de vous notifier de sa part de cesser toute fonction ecclésiastique jusqu'à ce que vous en ayez obtenu l'autorisation... et de vous provenir que M. le Préfet est déterminé à éloigner de la commune de Saint- Pons et, s'il est besoin, du diocèse de Montpellier, tout prêtre qui contreviendrait à cette défense ».
Au lieu de s'adresser seulement à quelques prêtres « insoumis », le Maire transmet une expédition de sa lettre communicatoire à Tévêque démissionnaire, qu'il considère con.me simple prêtre.
Rouanet sort aussitôt de son silence pour se plaindre au maire et au préfet d'abord de ce que l'on a méconnu le caractère épiscopal dont il est honoré et puis de ce que les accusations portées contre lui sont d'odieuses calomnies ; il vit retiré, ne se mêlant de rien, disant la messe dans sa maison, au quartier du Pioch, assistant aux offices de la paroisse, toujours fidèle à son serment de 179 1. Somme toute, vis-à-vis des hommes, l'ancien évêque du département de l'Hérault était innocent des accusa-
tions portées contre lui par un zèle indiscret ; il n'exerçait, au moins à l'extérieur, aucune fonction ecclésiastique et son nom, plus peut-être que ses actes, servait de signe de ralliement aux vieux partisans de la Constitution civile. Son plus grand tort devant Dieu — et capital celui-là ! — était de persévérer toujours dans ses sentiments et ses dispositions schismatiques (2 octobre 1803).
Plusieurs fois, Mgr Fournier essaya de ramener l'ancien évêque de THérault à l'unité catholique. Tous ses efforts demeurèrent sans succès. Il fit les mêmes tentatives auprès d'un de ses frères qui, comme lui, avait participé au schisme. Aussi quand on lui parlait des Rouanet, il disait : « Laissez-les ; ce sont des têtes de bronze ! »
Rouanet était retiré depuis longtemps à Saint-Pons lorque le cardinal Saliizzo y fut interné au moment de la débâcle de Bonaparte. Le vieux constitutionnel essaya de se présenter chez le nouveau venu ; mais il paraît que celui-ci refusa de le recevoir. Cependant une occasion purement fortuite permit à Rouanet de se trouver en face du cardinal et d'entamer une thèse en faveur de la Constitution civile du Clergé. Le prince de l'Eglise ne lui donna pas le temps d'aller bien loin dans sa démonstration et l'interrompit par le fameux : « %pma loctita est ; causa finiia est.y>
Quand on sut dans Saint-Pons que l'ancien évêque du département de l'Hérault se trouvait dangereusement malade des suites d'une attaque d'apoplexie, le R. P. Valeton, ancien supérieur des Récollets de cette ville et provincial du district, qui depuis la restauration du culte remplissait les modestes fonctions de vicaire, lesquelles se réduisaient à peu de chose dans les derniers temps, à cause de la cécité dont il fut atteint. Il se fit conduire chez lui au Pioch, par l'abbé Cullier, jeune vicaire de la paroisse. Il lui demanda s'il croyait tout ce qu'enseigne la sainte Eglise catholique. — « Oui; » répondit-il. — S'il rejetait tout ce qu'elle condamne. — « Oui; » répondit-il encore. — <!c Mais, ajouta le vicaire, vous savez qu'il y a des schismes... »
Le malade ne lui laissa pas la liberté d'en dire davantage et l'arrêta
t. Les ConslituHotinels .
brusquement par ces mots : « Vous êtes mes amis, puisque vous êtes venus me voir ; et, comme les amis de Job, vous êtes des consolateurs désagréables. Je vous prie de vous retirer ». Malgré la fin de cet entretien, les deux visiteurs ne désespéraient pas encore et, peu après, Tabbé CuUier retournait chez le moribond, dans l'espérance de pouvoir lui administrer les derniers sacrements, lorsqu'on vint l'informer que l'ancien évêque-intrus était mort et mort sans s'être rétracté.
Le curé de Saint-Pons se crut obligé de refuser son concours pour la cérémonie des funérailles. Pendant la nuit, deux hommes, au moyen d'un brancard, le portèrent sur les épaules à la Bastide Rouairoux, berceau de sa famille, où il fut inhumé dans le cimetière, (aujourd'hui terrain vague autour de l'église). En l'absence, préméditée sans doute, du curé du village, un certain Bousquet, prêtre constitutionnel, assisté d'un de ses collègues dans le schisme, présida la sépulture.
Cf. Arch. de l'Hérault, L, 443 et 446; V, I, Ctdte catholique, Clergé, an XII; — Arch. mun. de Saint-Pons, ^g. des délïb. (2 vend, an XII, 24 septembre 1804); — F. Saurel, Hist. relig. du dép. de V Hérault et M.-N. Foumier; — Actes du Synode tenu à Béliers en 1801; — Paris, Hist, de Lodève. — 'Héponse d'^Alexandre- Victor lipuanet, prêtre et vicaire épiscopal du diocèse de V Hérault, à la lettre datée d*%Alc6baça en Portugal, à lui adressée et signée Jean-Marc de Royère, évéque de Castres. — Discours prononcé par M. Rouanet, professeur de théologie de la ville de Saint-l^ons.
tÂBBAL (Français-Bernard),
curé de Péret, avait prêté tous les serments qu'on lui avait demandés et avait pu, de la sorte, se maintenir dans cette commune même pendant les plus mauvais jours de la Terreur. Il s'était fait instituteur privé et, dès que la chose lui fut possible, il reprit les fonctions pastorales. Un prêtre catholique, du nom de Sévérac, vint se placer dans Péret à la tête des fidèles. Abbal s'en plaignit. Il lui était dur de se voir ainsi supplanté; mais on ne tint aucun compte de ses récriminations (11 brumaire an IX, 2 novembre 1800).
4] L*ANaSN CLSRGÉ DU DIOCÂSE DB KOHTPBLLISR.
Six mois après l'arrivée deMgr Rollet dans le diocèse, Abbal écrivit au préfet une longue lettre qu'on peut bien qualifier de Mémoire, dans lequel il énumérait toutes les insultes, toutes les humiliations et tous les mauvais traitements qui lui venaient de la part de quelques membres de la Confrérie des Pénitents. Ces tracasseries lui étaient dures, à lui qui avait vécu en paix, dans la commune de Péret pendant la Révolution et jusqu'à l'an X. Dans une autre lettre adressée au même magistrat et transmise par celui-ci au Gouvernement, il se plaignait d'être malmené et fort injustement par l'évêque concordataire. La lettre ayant été donnée en communication à Mgr Rollet, le prélat mit aussitôt la main à la plume pour reprocher à Abbal sa conduite, qui s'opposait à la paix, au bon ordre et au bien que pouvait faire le prêtre envoyé à la paroisse de Péret. Il lui demanda avec quelle autorisation il continuait à exercer les fonctions du ministère pastoral dans cette paroisse. Une pareille conduite ne peut qu'entraver l'action du pasteur légitime et fomenter un parti qui ne doit plus exister, parce que tous doivent se réunir au prêtre désigné . « Est-ce là vérifier votre adhésion au Concordat ? Est-ce là me reconnaître pour votre évêque ? J'espère que vous ne me forcerez pas à prendre des mesures qui me coûteraient autant qu'elles vous seraient désagréables. » La lettre épiscopale qui porte la date du i6 août 1804, fut remise à son destinataire, le 28 du même mois, par la voie de la Mairie. Disons, en passant, qu'alors l'évêque ne jouissant pas de la franchise postale, même pour sa correspondance officielle, devait se servir du couvert de l'administration civile, afin d'éviter la taxe réglementaire.
Abbal répondit . le lendemain à l'évêque par un Mémoire d'une bonne douzaine de pages. C'est une discussion et une réfutation plus ou m'oins respectueuse de tous les termes de la lettre épiscopale ; toute bourrée de textes français et latins.
Le prêtre constitutionnel avait fait, en personne, sa soumission à Tévêque, à l'évêché même, le 18 février 1803. Le prélat lui parla de confession, de pénitence, de décret d'absolution, toutes choses que l'ex-