‹ L'ancien clergé du diocèse de MontpellierChapitre 224 sur 324 · IV. Les Martyrs el Confesseurs de la Pot · texte numérisé non relu

IV. Les Martyrs el Confesseurs de la Pot

individus qui Tattendaient et sommé dans les termes les pluu nianaçants de prêter serment à la Constitution civile du cierge, seul moyen d'éviter la mort. Sans se déconcerter et sans hésiter, le bon abbé leur répondit qu'il ne le pouvait ni ne le voulait. Il est aussitôt terrassé, assommé, piétiné, laissé pour mort. Heureusement les deux élèves, ses compagnons, trop faibles pour le défendre, lui amenèrent du secours d'une maison voisine, où il tut transporté et soigné.

Remis de ses blessures et comprenant l'impossibilité de rester dans un pays où il était découvert, il prit le parti d'aller trouver son évêque, à Paris. Celui-ci accueillit ce vaillant soldat avec la bonté la plus paternelle, lui donna des lettres dimissoires pour la prêtrise, qu'il lui fit conférer par un autre évêque; mais il mit à cet acte une condition ; qu'il se hâterait de retourner à Cette, sa patrie ; et il lui donna tous les pouvoirs pour exercer le saint ministère dans tout le diocèse d'Agde.

Après avoir été reçu dans sa famille comme un ange descendu du ciel, il se rendit à Agde, auprès de l'abbé de Gohin, seul grand-vicaire qui administrait le diocèse, s'acquitta des commissions de l'évêque et reprit aussitôt le chemin de Cette.

La prudence lui avait été recommandée ; mais il était personnellement trop connu pour échapper aux recherches des persécuteurs. Ce qui Tavait mis à l'abri de la jalousie de la part des intrus, c'est qu'ils le croyaient toujours simple diacre. Surveillé cependant, on l'avait vu réciter son bréviaire. Il y en eut assez pour l'arrêter, le conduire au Comité du Club, h la prison de la Citadelle^ de Cette et à la prison du Palais à Montpellier.

Cité devant le Tribunal criminel, il y montra la fermeté la plus héroïque et fut condamné à être a dans les 24 heures livré à l'exécuteur des jugements criminels pour être mis à mort sur la place de la Révolution » (24 ventôse an II de la fondation de la République).

Mallet entendit sa sentence de mort avec la résignation d'un saint. La veille de son jugement, il avait pu se confesser à un prêtre catholique

mfwmummammtÊm^mm»-'

L'Ancien Clergé du Diocèse de MontpeJier,

et recevoir de lui une hostie consacrée. Il s'en communia lui-même, après minuit pour se préparer au combat. Muni du pain des forts, il accomplit avec un extérieur tranquille le trajet de la prison au Peyrou, environné d'une foule de peuple qui ne confondit pas cette exécution avec celle des assassins et autres criminels. Ce fut l'après-midi du ven- ' dredi 14 mars 1794 que le prêtre Michel Mallet fit à Dieu et à l'Eglise le sacrifice de sa vie. Il aurait obtenu grâce devant ses juges s'il avait consenti à prêter le serment du 26 décembre 1790. Il aima mieux porter sa tête sur l'échafaud que de se souiller par une lâcheté. « Je viens de voir, avait-il dit, le marchepied qui doit me servir pour monter au ciel! » Il n'avait encore que 50 ans!

Cf. Ms DE GoMix, p. 2 ; — xMs de Tabbé Grasset, appartenant à la bibl. du Gr. Sém. de Montpellier, ayant pour titre : ^. ^icM Mallet y prêtre du Dioc, (TAgde; — Reg, du Tribunal criwitul du dép. de V Hérault, séant à Montpelliery 24 ventôse, an II ; — Soulier, Les Loisirs, etc., toni. I, pag. 492; — Mazières, D^Cém., p. 4; — Seguik, Actes des Martyrs, p. 17: — Guillon, t. IV, p. 9 : ~ Carron, t. II, p 169; — F. Saurel, Hist. liflig. duT>épart. de l'Hérault, t. III, p. 79 et suiv.

MALRIEU (Guillaume),

né le 18 novembre 1742, à Aniane, reçut l'ordination sacerdotale le 17 décembre 1768. Pendant assez longtemps, il exerça le saint ministère dans le diocèse de Béziers ; maïs, à Tépoque de la Révolution, il était depuis bien quelques années curé à Bélarga, dans le diocèse de Lodève et jouissait de l'estime publique dans sa paroisse et dans les localités voisines. Il refusa le serment constitutionnel ;\ Bélarga et finit par le prêter â Aniane, après avoir quitte sa paroisse. En vertu d'une autorisation de l'évêque intrus du département de l'Hérault, il alla servir de vicaire au curé assermenté de Montarnaud, « jusqu'à ce que, pris de la maladie des rétractations, ainsi que plusieurs de ses confrères, il rétracta son serment, fit chasser le curé de Montarnaud de la maison presbytérale, fanatisa tout Montarnaud et fit seul le service de cette commune, ainsi que de celle de Vailhauquès, jusqu'au 18 fructidor qu'il se cach^ ». (Lettre du prési-

rV. Les Martyrs et Confesseurs de la Foi.

dent de rAdministration municipale du canton d'Aniane au président de l'Administration centrale, 8 vendémiaire an VII, 29 septembre 1798).

Le commissaire du Directoire exécutif du département prescrivit aux municipalités de faire des perquisitions à Montarnaud, à Aniane et dans bien d'autres localités' encpre, afin de s'emparer de ce rélractaire (5 vendémiaire an V^ 26 septembre 1796).

Après la promulgation de la loi du 19 fructidor an V (5 septembre 1797), celui-ci se fit délivrer, à Aniane, un passeport pour l'Espagne (3 vendémiaire an VI, 4 octobre 1797). Il avait alors 55 ans. Les documents officiels que nous avons eus en main nous donnent à supposer que cette feuille de route ne fut. point utilisée et qu'au lieu de partir ■pour l'étranger, l'ancien curé de Bélarga resta dans le pays, se cachant de son mieux et, pour ce motif, changeant assez souvent de résidence.

Sa présence à Montpellier attira l'attention de l'Administration municipale de cette ville et le juge de paix de la 2' division donna ordre de l'arrêter. Les motifs mis en avant pour cette mesure étaient « sa rétractation et l'exercice du culte )). La police et la force armée se rendirent dans ce but à la maison qui leur avait été indiquée, dans la rue de l'Aîguillerie. Au bruit qui se faisait à la porte d'entrée de l'immeuble, Malrieu comprit qu'on venait à sa recherche et essaya de disparaître dans une cheminée, d'où il ne fut pas difficile de le tirer. L'autel où il disait habituellement la messe était dressé et orné. La pierre sacrée et les cierges étaient sa propriété personnelle, tous les autres objets du culte appartenaient aux personnes pieuses qui lui donnaient une courageuse hospitalité : les demoiselles Causse.

Conduit à l'hôtel-de-ville, le rétractant fut interrogé par le juge de paix Molinier (6 messidor an VI, 24 juin 1798). De ses déclarations, il résulte qu'après avoir mené une vie errante durant un mois, n'ayant d'autres ressources que les offrandes des fidèles, il habitait depuis cinq mois environ dans la miison des citoyennes Causse, où il disait parfois la messe.

19] L*ANaBN CLBRGt DU DIOCàSB DB UONTPILLIBP.

U Ancien Clergé du Diocèse de Montpellier.

Instruit aussitôt par un rapport officiel de ce qui venait de se passer, le ministre de la Police générale adressa une lettre de blâme au commissaire du pouvoir exécutif près l'administration centrale du Département de l'Hérault (4 thermidor an VI, 22 juillet 1798). « On n'avait pas le droit, lui écrivait-il, de faire ouvrir les portes par un serrurier, ni de pénétrer dans le domicile des citoyennes Causse, pour faire des perquisitions ; il fallait une ordonnance de l'officier de police judiciaire ».

Cette lettre ministérielle n'était pas encore parvenue à son adresse que, s^autorisani de l'interrogatoire subi par Malrieu, le directeur du jury de l'arrondissement de Montpellier rendit une ordonnance (le 8 thermidor an VI, 26 juillet 1798) qui renvoyait le prêtre Malrieu, détenu dans la Maison d'Arrêt du chef-lieu, devant la Commission militaire séant :\ Nîmes, sur le fondement qu'il avait contrevenu aux dispositions de la loi du 19 fructidor an V. Cependant sa translation à Nimes fut différée, à cause de l'état de souflrance où il se trouvait à ce moment.

Dans cet intervalle le ministre de la Police générale demanda des explications. Elles se réduisirent en somme ;\ ceci : « Malrieu, après avoir prêté le serment, l'avait rétracté. Il n'avait point obéi à la loi du 19 fructidor an V, et avait exercé son culte dans la maison des citoyennes Causse, où il était resté cinq mois environ » .

Une nouvelle lettre de blâme était la réponse du ministre : « Ce n'était pas devant une commission militaire qu'on devait envoyer Malrieu ; comme simple réfractairey il est dans le cas He la déportation, ou même de la réclusion, s'il est sexagénaire ou infirme y>. [Lettre du minisire de la 'Police générale au commissaire du P. E. prés V administration centrale de r Hérault, 6 fructidor an VI y 2} août 1798),

Malrieu n'était pas encore sexagénaire, et se trouvait plus ou moins remis de sa maladi**. On ne pouvait pas le traduire devant une Commission militaire, n'étant porté sur aucune liste ou supplément de liste d'émigrés ou de déportés ; tout ce qu'on pouvait lui reprocher comme violation de la Loi, c'était sa rétractation. Mais on tenait à se débarrasser

Page 1