IV. Les Martyrs et Confesseurs de la i^oi
au plus vite de sa personne. Un Arrêté du Département, en date du 12 vendémiaire (3 octobre 1798}, ordonna qu'il serait déporté, « par la gendarmerie, de brigade en brigade, jusqu'à Toulouse, premier dépôt pour les individus condamnés à la déportation, et ensuite à Tîle de Ré, lieu fixé pour le séjour des déportés. II partira demain 16 frimaire (6 décembre 1798) ». Les Administrations centrales de l'Aude et de la Haute- Garonne furent prévenues du départ et invitées à prendre les mesures nécessaires pour protéger son passage dans l'étendue de leurs départements respectifs.
La marche, forcément lente et les haltes dans les divers lieux de dépôt, ne permirent pas à Malrieu d'arriver à l'île d'Oléron, avant le 7 mars 179-9. Il fut aussitôt enfermé dans la citadelle du château. II s'y trouvait encore lorsque ses parents et amis d'Aniane réclamèrent sa liberté (4 thermidor an VIII, 23 juillet 1800). La pétition était chaudement apostillée par le maire et l'adjoint de la commune qui rendaient bon témoignage de sa conduite. La feuille était envoyée au préfet de l'Hérault, pour être transmise au ministre de la police. On avait bien pu envoyer le courageux rétractant sur les rives de la Charente-Inférieure, mais il n'était pas fiiciledel'en retirer. Tout le changement survenu dans la captivité de Malrieu consista dans son transfert à la citadelle de Saint-Martinde-Ré, le 2 décembre 1800. Il n'obtint sa libération que le 4 août 1802.
Revenu à Aniane, il répara ses forces épuisées et accepta la succursale de Bélarga (1803). On le jugea digne de reprendre* la direction de la paroisse de Montarnaud, où il avait laissé de bons souvenirs. A son traitement de 500 fr., il put ajouter une modeste pension de 333 fr. 33 c. Il décéda le 12 mars 1818, à Montarnaud, âgé de 76 ans.
Cf. Arch. de l'Hérault, L. 443 bis ; — Manseau, Ij^s Prêtres et 'Heligieux déportes sur les côtes et dans les îles de la Charente-Inférieure.
MANEN (Thilippe-Joseph),
curé de Saint-Denis de Montpellier. Né à Montpellier le 26 mai 1737,
baptisé à la paroisse Notre-Dame le surlendemain ; fils de Pierre Manen, bourgeois de Montpellier et de Marie Martin, domiciliés rue En Gondau, sixain Saint-Paul. Il fit ses études avec distinction au collège des Jésuites de sa ville natale. Tonsuré à Tâge de i6 ans dans la chapelle du palais épiscopal (24 décembre 1753). Maître ès-arts (6 juillet 1755), bachelier (1757). Titre clérical (100 1.) le 12 février 1759. Prêtre (19 septembre 1761) et vicaire à Sainte-Anne aussitôt après son ordination.
Mgr de Villeneufve jeta les yeux sur lui pour la cure de Saint-Denis. Outre le savoir nécessaire pour Texercice de la charge pastorale, Manen possédait l'esprit de son état à un très haut degré. A la piété que sa mère lui avait suggérée dans sa tendre enfance, il joignait un caractère ouvert et prévenant. L'évêque, étant en tour de cheville, lui donna la cure de Saint-Denis (24 octobre 1765). Il prêcha le sixième jour de l'octave célébrée à la Visitation Sainte-Marie, à l'occasion de la canonisation de madame de Chantai (20 janvier 1769). M. de Durfort applaudit au zèle et au talent du curé de Saint-Denis et le nomma promoteur de son diocèse (20 décembre 1773).
Suivant Tusage du temps, Tabbé Manen signifiait toutes les années au chapitre cathédral ses grades universitaires, ce qui lui valut d'être désigné au concours pour le prieuré-cure de Cournonscc. Mais ne voulant pas quitter Saint-Denis, il transigea, se contenta d'une partie des revenug de son nouveau bénéfice et prit l'habitude de verser dans le tronc des pauvres tout ce qui lui en revenait. Il porta une attention toute particu. lièrc à l'instruction du peuple. Il établit des classes gratuites dans son presbytère et prit tous les mbyens que pouvait lui suggérer le zèle sacerdotal pour garantir ses paroissiens des doctrines subversives. On lui fur reconnaissant de ses bonnes intentions et on le lui prouva le 27 août 1789 dans la réunion des Sixains ' de la ville, convoqués pour la formation des bureaux et la nomination des commissaires, dont les uns
I. Montpellier était divisé pour radministration en 6 quartiers ou sixains dont chacun avait pour centre une église et en portait le nom, savoir: Saint-Firmin, Sainte- Anne, Saint-Paul, Sainte- Croix, Sainte-Foy, Saint-Mathieu. La paroisse Saint-Denis dépendait de Sainie-Foy.