IV. Les Martyrs et Confesseurs de la Ftn
MARES {François-Gabriel),
né à Marseillan vers 1768, appartenait à une des familles les plus honorables. Il donna dès son enfance, par sa conduite régulière et sa tendre piété, les marques d'une véritable vocation ecclésiastique. . Il fit ses études au séminaire d'Agde, où il se distingua par de grandes aptitudes pour les sciences et pour les lettres, et mérita des applaudissements pour ses succès en philosophie et en théologie. Ses contemporains disaient de lui qu'il n'était pas orateur, mais qu'il était savant, et par-dessus tout homme de Dieu. Il reçut l'onction sacerdotale à l'âge de 24 ans, et son évêque, Mgr de Saint-Simon, qui l'avait en grande estime, le conserva dans son séminaire, après son ordination, en qualité de directeur et l'attacha à sa cathédrale en lui conférant le canonicat dit de Corhiaco, affecté à la préceptorale et uni au séminaire; et c'est dans cette honorable situation que la Révolution le surprix.
II signa la dernière délibération du chapitre d'Agde (9 octobre 1790). Sa pension fut réglée à 1092 I. 10 s. Il refusa le serment et préféra l'exil à l'apostasie. Il s'embarqua un des premiers du clergé d'Agdc, en compagnie de Tabbé Touchy, jeune prêtre de Florensac, et se rendit avec lui à Barcelone et ensuite à Manrèze, chez les Pères Capucins.
Accueillis tous deux et traités avec bienveillance, ils s'en félicitaient dans la correspondance qu'ils tenaient avec l'abbé Coustou. Il en parlait encore avec éloge à l'abbé Gourgon, dans une lettre qu'il lui écrivait à Macérata, le 20 mars 1793. «Nos cellules sont comme celles des prophètes; il y a un lit, une table et une chaise. Les Capucins sont très honnêtes à notre égard. Ils nous ont donné, à part une cuisine, un réfectoire et un frère convers qui fait notre ordinaire. Nous nous traitons avec économie, dépensant hpeceta qui vaut 20 sous de France. » L'abbé Mares et l'abbé Touchy, ayant avec eux six autres prêtres français, on comprend que les religieux eussent voulu ne rien changer à leur manière de vivre ; telle est la raison de l'établissement de cette communauté, juxtaposée à la leur.
L'Ancien Clergé du Diocèse de Monipellier.
Les ressources de nos pauvres déportés consistaienr dans leurs honoraires de messe et dans le prix de quelques leçons données à un Espagnol qui, dans son pays, professait la langue française, dont il connaissait à peine les premiers éléments. Ces deux confesseurs de la Foi ne se séparèrent pas durant les dix années qui vécurent en déportation. Leurs noms figuraient sur la liste des émigrés. Une des plus grandes épreuves que Tabbé Mares eut à supporter dans son exil, fut la nouvelle de la mort sur l'échafaud de son évêque bien-aimé, Mgr de Saint-Simon, des mains duquel il avait reçu la prêtrise. Il ne pouvait contenir son indignation à regard de ce jeune Agathois qui, à Paris, avait trahi ce prélat et Tavait livré aux mains des révolutionnaires, après avoir été comblé de ses bienfaits.
. Quand la paLx fut rendue à l'Eglise de France, l'abbé Mares devint curé de Marseillan, son pays natal, avec pension de 266 fr. 66 cent. Il eut beaucoup à faire pour relever les ruines morales et physiques amoncelées dans le pays. Il trouva un zélé auxiliaire dans le Père Meau, ancien Capucin, natif d'Agde, qui rentré de la déportation l'avait précédé à Marseillan, avec le titre de pro-curé et qui voulut bien lui servir de vicaire. Le curé Mares, déjà confesseur de la Foi, devait ajouter à ce titre cet autre plus glorieux encore de martyr de la charité chrétienne. Une épidémie de fièvre infectieuse sévissait dans sa paroisse et y faisait de nombreuses victimes. Le curé, appelé poiîr une malade atteinte de la contagion qui se mourait, se hâte de se rendre auprès d'elle. Chemin faisant, il rencontre le médecin qui l'arrête et lui dit : « Revenez sur vos pas, si vous tenez à la vie; je descends de chez cette malade et l'infection m'a saisi; je suis perdu ! — Monsieur le Docteur, répond le bon pasteur, vous avez fait votre devoir, je vais faire le mien! » Trois jours après, le médecin était mort, bientôt suivi dans la tombe par le courageux curé, (13 aoûta8i3). Ce souvenir, quoique datant déjà de loin est encore vivant à Marseillan, où M. Mares est regardé comme une sainte victime