IV. Lts Martyrs et Confesseurs de la Pot
soldats accourent; maisvoyant qu'il se relève dans l'attitude d'un homme piis de vin, ils s'éloignent en disant : « C'est un ivrogne ! ».
Un soir; il est prié par une femme du peuple d'aller administrer à un mourant le sacrement de.rExtrême-Onction. A peine muni des objets nécessaires pour la cérémonie, il s'aperçoit que cette femme est armée d'un gros bâton et qu'elle serre dans sa main un petit sac de toile. c( A quoi bon tout cet attirail ?», lui dit il. Et elle, de lui répondre avec énergie et en patois : « M. le curé, si quelque huguenot venait à vous arrêter, je lui jetterais cette poignée de cendres aux yeux et, ;\ l'aide de ce bâton, je le mettrais hors d'état d'accomplir son œuvre w.
Plus tard, enfermé à la prison des Carmes, avec une foule d'autres prêtres qui devaient être égorgés, il dut sa délivrance à une religieuse de Béziers, sœur Carbonel, fille de la Charité, qui lui procura un asile sûr ; puis, au moyen d'un déguisement quelconque, et enfermé dans une malle, il fut transporté par un fiacre en dehors des barrières.
Il put ensuite, sans accident, gagner la frontière d'Italie et rejoindre, à Rome, son ami l'abbé Maury qui, devenu cardinal et évêque de Montefiascone et Corneto, voulait l'associer à sa fortune et lui offrit, par deux fois, de le faire nommer évêque. Ces offres ne tentèrent pas l'ambition de l'abbé Martin. Il n'avait, lui, qu'un désir : celui de revoir le pays natal, de retrouver ses chers paroissiens de Saint-Aphrodise et de leur consacrer le reste de sa vie. Aussi, n'attcndit-il pas que l'orage révolutionnaire fût entièrement dissipé pour rentrer en France et se rapprocher de son troupeau, auquel il administra clandestinement les secours de la religion.
En 1803, ^1 s'occupa de racheter l'église Saint-Aphrodise, avec le concours de quelques pieux fidèles et conserva de la sorte un monument regardé à juste titre comme le berceau de la foi dans la cité. Cette église avait été dépouillée. Il la meubla, la pourvut des ornements nécessaires, après que son zèle eut obtenu qu'elle fût de nouveau érigée en paroisse (26 août 1805). Il eut la consolation. d'y replacer une relique de saint
VAncieti Clergé du Ùiocése de Montpellier.
Aphrodise, qu'un de ses vertueux paroissiens avait eu le soin de soustraire à la profanation révolutionnaire.
Etranger à l'ambition des honneurs, heureux d'avoir retrouvé ses ouailles dont Texil Tavait séparé, il déploja toutes les vertus du bon pasteur. Sa charité, sa piété fervente, son zèle, son ardent amour du bien public commandaient la vénération pour sa personne. Sa bienveillance pour tous, des manières affables qui tempéraient la vivacité de son caractère, une douce gaieté qui témoignait d'une conscience en paix avec elle-même le firent aimer.
Il fonda la maison d'éducation des Dames de Saint-Maur.et celle des Frères des Ecoles chrétiennes. Il était pauvre, mais tel était l'ascendant de sa personne et de ses vertus, qu'il pût recueillir de ses concitoyens des dons suffisants pour la construction de ces deux établissements. Il créa aussi un fonds de retraite pour les prêtres à qui l'âge ou les infirmités ne permettraient plus l'exercice du saint ministère.
Il mourut des suites d'une chute, tandis qu'il méditait le projet d'une autre fondation : celle d'un petit séminaire, à Béziers. Sa mort (16 octobre 1824) répandit le deuil dans cette ville dont il était le bienfaiteur. Il était âgé de 84 ans.
L'abbé Martin fut un de ces hommes qui honorent l'humanité et dont la religion elle-même s'honore. Béziers reconnaissant a fait reproduire sa belle tête par David d'Angers, et l'a inaugurée sur la place Saint-Aphrodise (3 octobre 1822). On a fait disparaître ce buste, en 1881. On aurait dû pourtant se rappeler que M. Martin, enfant du peuple, avait rendu à son pays les plus grands services, en appelant les Frères de la Doctrine chrétienne, auxquels il donna le local qu'ils occupent aujourd'hui sur la place Saint-Aphrodise; en fondant la maison des religieuses de Saint-Maur, vulgairement nommées Sœurs-Noires, et enfin en rachetant la plus ancienne et la plus vénérée des églises de Béziers, saint Aphrodise, changée, en 1792, en magasins à fourrages.
Cf. Sabatier, Histoire -le Be\iers, p. 475. — Fie des Hommes illustres de Béliers. Le