‹ L'ancien clergé du diocèse de MontpellierChapitre 232 sur 324 · IV. Les Martyrs et Confesseurs de la toi · texte numérisé non relu

IV. Les Martyrs et Confesseurs de la toi

Le 29 germinal an II (18 août 1794), Vendredi-Saint, un paysan est surpris et arrêté, hors la porte de Lattes, portant un sac dans lequel étaient enfermés des vêtements sacerdotaux et des livres d'église. On le somme de déclarer qui lui a remis ces effets. A force d'insistances, on parvient à savoir .que c'est l'abbé de Massilian. On exige qu'il indique le lieu de retraite de cet ecclésiastique. Le paysan fait d'abord des difficultés; mais effrayé par des menaces de mort, il indique la maison d'où il vient. La voilà aussitôt investie et visitée avec le plus grand soin. L'abbé, averti assez à temps, se glisse dans une cachette et disparaît. Son père et sa sœur sont arrêtés et conduits en prison. La maison est surveillée jour et nuit pendant une semaine par des gens armés ; on veut absolument ne pas laisser échapper la proie.

Cependant Taumônier du Bon-Pasteur, étroitement resserré, ne voyant aucun des membres de sa famille venir à son secours, se nourrit pendant les premiers jours de tranches de pain dur. Cette ressource lui manque bientôt; et il n'a plus à boire que... son urine! L'incommodité du lieu, le défaut d'air, tout lui rend son réduit insupportable. Il en sort presque au moment d'être suffoqué, monte par le tuyau d'une cheminée sur le toit, descend sur une plate-forme, à la hauteur du premier étage et passe à une maison voisine occupée par de vertueux catholiques dont il était connu, espérant que ceux-ci, touchés de son état, favoriseront son évasion. Il se présente à l'un d'eux, épuisé, le visage noirci par la suie. Il veut rassurer ce voisin en se faisant connaître; mais celui-ci, effrayé par cette triste apparition, se met à crier au voleur. Les factionnaires mis en éveil accourent, se jettent sur lui, l'accablent d'injures et, sans attendre le jour, le conduisirent à la Maison Commune et de là aux prisons du Palais (8 floréal an H, dimanche 27 avril 1794).

Il y trouva de pieuses femmes qui s'empressèrent de venir à son aide, pénétrées de compassion pour son état d'épuisement et de faiblesse ; Elles lui prodiguèrent tant de soins charitables que bientôt ses forces se rétablirent d'une manière sensible et lui permirent de confesser la foi et

V Ancien Clergé du Diocèse de Montpellier.

de mourir avec courage. « Comme homme, disait-il, j'appréhende la mort; mais comme prêtre et chrétien, je ne refuse pas le martyre. Je me soumets et m'abandonne entièrement à la volonté de Dieu, dont la grâce me fortifiera et me rendra capable de souffrir tout ce qui sera conforme à son bon plaisir ».

Il en fit bientôt l'heureuse expérience. Les membres du tribunal se trouvaient à Béziers et leur absence avait retardé de quelques jours le jugement. Appelé enfin devant les juges, il se vit condamner à la peine de mort, comme prêtre réfractaire, attendu qu'il ne s'était pas présenté pour la déportation; les objets saisis furent déclarés confisqués. La vertu divine le remplit de force, de courage et de ferveur pour la consommation de son sacrifice.

Il eut la consolation de rendre à la foi catholique un de ses frères égarés, nommé de Juge, calviniste de Lunel, qui en qualité d'émigré, périt le même jour sur l'échafaud. De Juge se glorifiait hautement de mourir pour la Religion 'chrétienne que l'incrédulité s'obstinait à vouloir détruire. Massilian lui fit observer, avec autant de charité que de force, combien peu lui serait utile le martyre en dehors de l'unité catholique et le pressa fortement de rentrer dans l'heureuse croyance de ses pères.. Le calviniste embrassa le catholicisme et demanda à son charitable compagnon les secours spirituels pour obtenir la grâce d'une mort précieuse devant le Seigneur.

Le 13 floréal an II (vendredi 2 mai 1794), l'ancien ministre protestant et le prêtre catholique consommèrent généreusement leurs sacrifice.

Cf. F. Saurel, Histoire religieuse du déparlement de V Hérault III, 104; — Mazières, p. 17; — Soulier, t. I, p. 552; — Seguin, p. 27; — Carron, t. II, p. 181; — GuiLLON, t. IV, p. 37.

MASSIF QPauï),

né à Saint-Chinian, le 15 mai 1733, d'une famille largement dotée des biens de la fortune, exerça tout d'abord le saint ministère dans son pays

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