IV. Les Martyrs et Confesseurs de la foi
natal, en qualité de simple vicaire. Après avoir reçu le bonnet de docteur en théologie, il devint curé de Saint-Chinian (1775). 11 administra sagement cette paroisse, estimé de tous. En 1789, le clergé de cette ville le choisit pour le représenter à la sénéchaussée de Béziers, où les trois ordres étaient appelés à élire leurs députés pour les Etats-Généraux. Le 14 juillet 1790, le peuple voulut célébrer l'anniversaire du triomphe qu'il avait remporté sur l'ancien régime et réclama les pompes du culte. Le curé Massip, sans marchander son zèle, consentit à bénir solennellement le drapeau de la garde nationale. On se rendit aux Ayres, au son des cloches de Téglise, devant un autel dressé pour la circonstance. M, Massip y célébra la messe en présence de toutes les confréries, de la garde nationale, de la municipalité et du clergé de la ville, puis il bénit le drapeau qu'on lui présenta. En ce moment on pouvait croire qu'il y avait un pacte durable entre la Religion et la Patrie !
Le curé, profond observateur, surveillait la marche de la Révolution; ne voulant rien laisser au hasard des événements, il mettait à contribution toutes les ressources dont il pouvait disposer pour le bien général de son troupeau. Il jouissait dans son pays natal d'un patrimoine assez considérable pour être rangé parmi les citoyens actifs, ce qui lui assurait le droit de s^'intéresser aux affaires municipales. II ne négligea pas de revendiquer ce titre, au moment des élections communales du 15 novembre, en protestant contre la radiation présumée de son nom des listes électorales.
Malgré son intelligente activité, des difficultés surgirent bientôt entre le pasteur et la municipalité ; un ordre du maire prescrivit à ce dernier de lire, le dimanche 12 février 1791, à la messe du prône, la loi concernant le serment des ecclésiastiques. Afin de déjouer les calculs de ses adversaires, M. Massip, après entente préalable avec ses vicaires, se rendit en leur compagnie au greffe de la maison commune et inscrivit ces mots sur le registre destiné à recevoir les déclarations des ecclésiastiques.
V Ancien Clergé du Diocèse de Montpellier.
« Persuadé que la vraie soumission à une loi ne saurait souffrir de délai ni de tempérament pour obéir, je me conformerai au décret de l'Assemblée nationale relatif au serment imposé aux fonctionnaires, tel jour de dimanche, à l'issue de la grand'messe, que M. le Maire et son Conseil jugeront à propos. ^^ Et il signa avec les autres prêtres.
Le dimanche, 20 février, le serment promis fut prononcé dans Téglise, en présence de la municipalité et de toute la population, avec une solennité et des formalités affectées de part et d'autre. Les prêtres de Saint-Chinian avaient manifestement accepté la Constitution civile et l'église de N.-D. de la Barthe était désormais servie par des ministres considérés comme constitutionnels.
Rome n'ayant pas encore parlé, l'abbé Massip crut pouvoir agir comme il le faisait, (toujours prêt à se soumettre), dans le but d'éloigner du troupeau les loups qui le menaçaient. Il n'eut certainement pas l'intention de rompre avec l'Eglise romaine, et dans la suite il nous sera donné d'admirer en lui un confesseur de la foi.
En effet, un mandat d'arrêt est bientôt lancé contre lui et on met les scellés sur sa maison. Il proteste, il est vrai^ et peut pour le moment triompher de ses ennemis auprès du District qui « casse les mesures prises contre lui »; mais il se voit à la veille d'être incarcéré et se hâte de s'écarter de la ville. Il explique lui-même sa conduite dans une lettre écrite le 10 prairial (29 mai 1794).
«Je fus obligé de fuir pendant la nuit et, le 29 floréal (20 mai 1794), un officier municipal vint me découvrir à la campagne... pour m'annoncer qu'en déclarant me retirer chez moi, on me laisserait tranquille, parce qu'on ne demandait que la fermeture de l'église. Réfléchissant qu'étant incarcéré ou fugitif, l'église serait également fermée et qu'il s'en suivrait un plus grand scandale et un plus grand trouble, je remis au susdit municipal un billet dans lequel je déclarais que j'allais quitter ma place et me retirer chez moi ; et pour taire le vrai motif qui me déterminait, dont l'exposition eût pu provoquer encore les malveillants, je