IV. Les Martyrs et Confesseurs de la Fot
prétextai mon âge et mes infirmités prétendues et je priai la commune d'avoir à ma démarche tel égard qu'elle aviserait. Le soir même je fus pleinement justifié par le Comité sur mon prétendu délit et le lendemain l'église fut fermée.
» Il m'est advenu qne des ignorants ou des malveillants veulent trouver dans mon billet une démission pure et simple de ma cure. Comme malgré l'évidence du contraire, un pareil bruit est injurieux à l'attachement que j'ai toujours eu pour mon troupeau, et que je n'ai entendu que céder à l'orage en suspendant mes fonctions publiques du culte extérieur, sans abandonner un troupeau que je ne puis quitter contre les règles et avec lequel je restais toujours, mon domicile étant dans la commune, je viens protester contre cette calomnie démontrée par le billet même, où il n'est pas dit un mot de ma démission, et par la lettre circulaire de l'administration du District, dans laquelle il est dit que la commune de Vernodure a chassé ses prêtres.
« C'est pourquoy je te prie faire part à la commune de ma protestation et de mes sentiments; et pour qu'il conste que je les ai manifestés, je te prie de m'accuser réception de la présente, en coUationnant la copie cy-jointe, pour m'êtrc rendue et gardée pour servir à ma justification. Salut et fraternité. Massif. »
On lit au bas de la lettre :« Reçu le lo prairial, 2* année républicaine. CoUationnée et remise au sieur Massip sur sa demande. Combit, agent municipal,
ft L'église de Notre-Dame-de-la-Barthe fut officiellement fermée le 30 floréal an H, 19 mai 1794. Massip. »
Il vécut tranquille dans sa maison paternelle, située hors les murs de la commune. Le District de Saint-Pons lui délivra un certificat de civisme, déclarant que le citoyen Massip vivait en bon et paisible républicain (29 vendémiaire an III, 20 octobre 1794).
De son côté, la Municipalité de Saint-Chinian lui remit une nouvelle attestation à sa louange. Cette pièce nous a passé sous les yeux.
U Ancien Clergé du Diocèse de Monipellier.
Elle, est couverte de nombreuses signatures des habitants, auxquelles vinrent s'ajouter celles des membres du Comité révolutionnaire du District (3 frimaire an JII, 23 novembre 1794J.
Il tardait cependant à l'abbé Massip de reprendre non pas ses fonctions curiales, puisqu'elles lui avaient été interdites de par la loi, mais du moins ses fonctions sacerdotales. Il profita d'une latitude qui lui était offerte, moyennant une déclaration. Il la fit et s'annonça comme voulant exercer le culte catholique,apostotique, romain dans la commune de Vernodure (Saint-Chinian), le 23 prairial an III (11 juin 1795).
Survinrent peu après de nouvelles dispositions officielles : la loi du 4 brumaire an IV (26 octobre 1795) et l'Arrêté du département du 13 du même mois (4 novembre 1795) lui ayant été notifiés, il prêta les nouveaux serments prescrits ; mais comme on n'avait pas oublié qu'il avait rétracté le serment constitutionnel, le Département ordonna son arrestation (26 brumaire an IV, 17 novembre 1795^
Trois jours après, la gendarmerie se rendit dans sa maison d'habitation pour s'emparer de sa personne. Les perquisitions et les recherches, bien que faites avec la plus grande rigueur, n'arrivèrent point à le découvrir. Du fond de sa retraite où il se tenait soigneusement caché, Massip écrivit plusieurs lettres à l'Administration municipale et au Département. Il y établissait qu'il se trouvait dans les exceptions prévues par la Loi, attendu qu'il n'avait jamais été fonctionnaire public, ni pensionné par l'Etat. Il avait prêté tous les serments exigés et s'il avait rétracté celui de la Constitution civile du Clergé, c'est que celle-ci avait été déclarée n'être plus loi de l'Etat. Ces explications ne furent point agréées, et on donna l'ordre à la force publique d'opérer de nouvelles perquisitions, afin de s'emparer de sa personne, en vue de la réclusion. Ces recherches, plusieurs fois réitérées, demeurèrent toujours infructueuses, du moins à cette époque.
La Municipalité se justifiait de l'insuccès de ses visites domiciliaires, par la plume de son commissaire, lequel écrivait au Département (13 flo-