IV. Les 'Martyrs et Confesseurs de la Foi
réal an IV, 2 mai 1796) : « Nous n'avons ici que la gendarmerie, depuis le départ du bataillon de TAriège ». Massip n'était pas le seul prêtre réfractaire caché à Saint-Cliinian ; il y avait encore son vicaire, Tabbé Raymond AfFre.
Le 26 pluviôse. an V (14 février 1797) il était recherché par cinq gendarmes et douze gardes nationaux, placés sous le con::r.;:ndement du chef de la colonne mobile. Sa. maison fut soigneusement investie, de même qu'un autre immeuble lui appartenant, mais on ne put pas réussir à le trouver. On avait mis cependant beaucoup d'activité dans cette expédition ; puisque on l'avait entreprise dès quatre heures du matin.
Arrêté dans la suite et bientôt remis en liberté, il allait encore se voir poursuivi, puisque le président de la MunicipaUté donna ordre aux gardes nationaux et à la gendarmerie de se livrer à de nouvelles recherches (13 vendémiaire an VI, 4 octobre 1797). Quatre jours s'étaient à peine écoulés que l'Administration municipale, qui ne voulait pas se soumettre aux volontés de son président, déclara nuls les ordres donnés par celui-ci aux commandants de la gendarmerie et de la garde nationale pour l'arrestation de Massip. Sabatier, chef de la Municipalité, et un autre membre, déclarèrent dans le procès-verbal faire opposition à cette délibération.
Informé de ce qui se passait, le président de l'Administration centrale écrivit au citoyen Sabatier pour blâmer l'Arrêté pris par son conseil et demander l'exécution de la loi (22 vendémiaire an VI, 13 octobre 1797}. Les conseillers de Saint-Chinian se soumirent sans récrimination, cassèrent leur propre délibération et décidèrent que les ordres donnés aux commandants de la force armée seraient mis à exécution (i" brumaire an VI, 22 octobre 1797}.
De nouvelles instructions données le lendemain de ce jour par l'Administration centrale confirmaient les précédentes, et voici sur quels motifs. La Loi du 19 fructidor, en ce qui concerne les prêtres sujets à la déportation et à la réclusion, rend nuls tous les Arrêtés rendus antérieu-
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U Ancien Clergé du Diocèse de Montpellier.
rement en faveur des prêtres réfractaires et de ceux qui ont rétracté leur serment, annule donc les Arrêtés de l'Administration municipale du Canton de Saint-Chinian, relatifs au prêtre Massip... Massip sera tenu de se conformer à la Loi du 19 fructidor et à l'Arrêté du Département du 2 vendémiaire dernier, et comme il est âgé de plus de 60 ans, il sera placé sous la surveillance de la Municipalité, avec défense de communiquer avec qui que ce soit pour opinion religieuse » (2 brumaire an VI, 23 octobre 1797).
Le 26 frimaire an VI (16 décembre 1797), il porta sa cause devant le Tribunal civil de Montpellier; peine perdue : il aurait dû le prévoir. Massip, malgré la prohibition qui lui avait été intimée, se croyait protégé par la Loi elle-même. Il fit partager son erreur à l'abbé Raymond Afïre, son vicaire, et tous deux ne se génèrent plus pour exercer publiquement ; aussi le Département ordonna-t-il au commissaire du Directoire exécutif du canton de Saint-Chinian de le faire arrêter (13 floréal an VII, 2 mai 1799).
Dès le surlendemain, le commissaire annonce au Département qu'il l'a fait arrêter chez lui par la gendarmerie, conduire dans la prison de la ville et partir dans la nuit « pour éviter une cohue de monde )>; on craignait en effet un soulèvement de la population en faveur de ce prêtre dévoué.
Une fois qu'il le tient sous les verrous, le Département rend compte au ministre de la Justice de ce qui vient de se passer ; puis il ajoute : « Massip s'était acquis l'estime générale de la contrée ; nulle division ni religieuse ni civile n'agita à cette époque les citoyens de Saint-Chinian. Il rétracta publiquement son serment en vendémiaire de l'an IV. L'église choisie par Massip fut désignée par lui et ses sectaires comme VEglise apostolique et romaine et on appela celle où le prêtre soumis aux Lois exerçait le culte VEglise de Genève. L'administration ordonna l'arrestation de Massip pour rétractation. Il se fit remplacer par le vieux Andral, ancien curé retiré avant la Révolution et qui n'était point assujetti aux serments.
rV. Les Martyrs et Confesseurs de la Foi,
Il dut lui donner des instructions analogues à ses principes et profiter de la faiblesse de son âge pour le séduire, puisque les divisions se sont perpétuées. Massip resta soigneusement caché et échappa toujours à la surveillance des administrations ; mais il profita du temps où la réaction royaliste faisait tous ses efforts pour la rentrée des émigrés et des prêtres réfractaires et parvint à surprendre à l'Administration centrale, au mois de messidor an V, un Arrêté qui le mit sous la surveillance de la Municipalité. Son influence se fit bientôt sentir dans la commune de Saint-Cbinian ; le prêtre Andral fut reconnu comme son représentant . Il exerça le ministère du culte sous sa direction. Les sectaires de Décor^ prêtre soumis, furent provoqués ; ils agirent de tous les moyens pour la fermeture de Téglise de c€ dernier. Les uns et les autres luttèrent continuellement. L'on ne doute pas que ce soit le même parti de Massip qui lutte encore contre l'Administration municipale, relativement au temple décadaire et Ton présume que si la commune de Saint-Chinian était débarrassée de la présence de cet individu, Tordre s'y rétablirait et il pourrait en résulter la réunion des citoyens. Quant au prêtre Andral, on le peint comme un brave homme, affaibli par son âge de plus de 80 ans, et qui ne serait plus à craindre dès que Massip ne serait pas auprès de lui » {Lettre du ^Président du ^Département au Ministre de la justice, 13 floréal an VII, 2 mai i799\
Ce que le Département désirait, il le tenait ; puisque le curé légitime était étroitement enfermé dans la Maison de Réclusion. La Municipalité de Saint-Chinian partageait la même manière de voir. Elle en donna la preuve en refusant de donner un avis favorable à la pétition de Massip qui réclamait sa mise en liberté (3 vendémiaire an VU!, 1 5 octobre 1799).
Au 18 brumaire il était encore reclus. Il obtint cependant de faire la promesse de fidélité, mais dans le lieu même où il était détenu (4 pluviôse an VIII, 24 janvier i8oo\ On ne lui en ouvrit la porte qu'un mois après. L'Administration centrale, en donnant l'ordre de son
élargissement, n'agissait pas par un mouvement spontané ; elle cédait aux instructions impératives du ministre de la Police générale (6 ventôse an Vin, 25 février 1800).
Rentré dans sa paroisse, le généreux conftisseur de la foi n'était pas lil re de ses mouvements. Tout ce qu'il pouvait faire en vertu de sa promesse de fidélité était d'exercer le culte dans sa maison, en admettant seulement dix personnes, non comprises celles qui y étaient domiciliées. La condition était d'une difficile exécution, surtout pour un prêtre zélé. Aussi, le sous-préfet de Saint-Pons écrivait-il à son supérieur . immédiat (17 vendémiaire an IX, 9 octobre 1800) :
« Massip, ex-curé résidant, reçoit dans sa maison, au moment où il va faire les fonctions religieuses, un nombre considérable de personnes ».
Et le préfet de répondre (22 vendémiaire, 14 octobre) : « Massip a fait la promesse de fidélité ; il peut exercer le culte dans sa maison et recevoir dix personnes. Il faut le faire surveiller et le dénoncer s'il y a lieu ».
Le réfractaire ne s'amende pas. Sur une nouvelle plainte du souspréfet, le préfet se montre plus sévère : « Si Massip se permet d'exercer des fonctions publiques et fanatise l'esprit des citoyens, faites-le conduire dans la Maison de Réclusion » (12 prairial an VIII, i**^ juin 1800).
Le jureur Décor ne fanatisait pas les esprits et desservait l'ancienne chapelle des Récollets. Le chef du Département, consulté à cet égard, répondit (7 floréal an IX, 27 avril 1801) : La jouissance de l'église des Récollets est une tolérance administrative et je pense qu^elle doit être provisoirement continuée ». Sur cette décision, Massip réclama la restitution de plusieurs objets mobiliers enlevés de l'église paroissiale et qu'il disait lui appartenir en personne.
A la restauration officielle du culte, il put enfin rentrer en possession de son ancienne église, qu'il s'empressa de réparer et d'orner, consacrant à cette œuvre la plus grande partie de son patrimoine, sans
tV. Lts Martyrs et Confesseurs de la Poi.
cependant négliger le soulagement des pauvres. Ses lumières, sa position de famille, ses mérites personnels, son dévouement et sa condescendance lui avaient attiré depuis de longues années l'estime, le respect, la reconnaissance de toutes les classes de la société. « Ce prêtre,qui domine tous ceux qui Tout précédé, mérite, dit l'abbé Delouvrier, d'être proposé, surtout en fait d'administration et de générosité, à ceux qui le suivront ». Il mourut au mois d'août 1812, après cinquante ans environ de ministère pastoral, à l'âge de 80 ans, léguant sa maison pour presbytère à ses successeurs et assurant de pieuses fondations.
Cf. Arclî. de THérault, L. 440 et 441 ; et V. Police du Culte : — Coural, La Vret les Œuvres du vénérable serviteur de Dieu Pierre Courais prêtre du diocèse de Montpellier ^ fondateur de la solitude de Nai^areth ; — Delouvrier, Histoire de Saint-Chinian et de se environs, passim ; — F. SaUrel, Hist. rel. du Dép» de P Hérault, ÏV, 14 et suiv.
MASSON (jDseph-Victor de),
né à Lunel,pro-curé, domicilié à Saint-Agnan de Ségur (Aveyron), déporté dans la Charente-Inférieure et détenu au Fort-Hâ, mort à l'hôpital Saint- André, le 29 octobre 1794.
Cf. Manseau . Les prêtres et ^ligieux déportés,
MASSOT {Gabriel),
prêtre de La Trivale, curé de Saint-Julien (canton d'Olargues), déporté d'Agde à Nice, le 7 septembre 1792, âgé de 36 an^, rentré et caché à Saint-Gervais.