IV. Les Martyrs et Confesseurs de la foi
Etroitement surveillé, il pensa prudent de changer de résidence et passa à Béziers, où sous un nom d'emprunt, il trouva un asile de son goût. Dix ou douze religieuses, chassées de leur maison, s'étaient réunies da-ns un même local et y vivaient en communauté. Elles le prièrent de devenir leur aumônier et leur directeur. Il accepta cette double proposition, le représentant du diocèse de Béziers lui ayant, à cet effet, donné toutes les autorisations tt tous les pouvoirs voulus.
Durant plus d'un an, il donna des retraites, fit des catéchismes et des premières communions, prêcha même en public, après avoir fait la promesse de fidélité. Ces travaux, bénis du Ciel, déterminèrent l'abbé de Gohin, administrateur apostolique du diocèse d'Agde, à sommer le Père Meau de rentrer dans son pays natal. Malgré les réclamations et les instances des bonnes religieuses de Béziers, celui-ci se rendit à la voix de l'obéissance.
Dans l'espoir de rentrer un jour en possession, au moins partielle, de l'ancien couvent des Capucins, il se fit céder l'usage de la chapelle du Grau, y attira les fidèles et s'appliqua à relever la dévotion envers la Mère de Dieu. Tout ceci s'accomplissait au grand dépit des jureurs qui, ayant loué la grande église, se virent presque entièrement abandonnés et privés de leur gain sordide. Le Père Meau dut, en quelque sorte, se multiplier pour desservir la chapelle et aller au secours de Marseillan qui se trouvait alors presque abandonné sous le rapport religieux.
Il se vit même dans la nécessité de confier sa chapelle à un autre prêtre catholique, pour accepter le titre de pro-curé de Marseillan, en attendant l'arrivée du prêtre légitime qui n'était pas encore rentré de la déportation. Le curé-intrus occupait toujours la grande église, tandis que les catholiques en étaient réduits à la chapelle des Pénitents. Le pays se trouvait à cette époque divisé eh trois sectes, si l'on peut parler ainsi : les catholiques, les constitutionnels et les anti-concordataires, appelés les Purs. Ces derniers ne voulaient point des prêtres ayant fait la promesse de fidélité^ considérés par eux comme schismatiques.
IJ Ancien Clergé du Diocèse de Montpellier.
L'ancien Père Capucin, fut appelé à la succursale de Bessan (19 mai 1809) et ensuite à celle de Pomérols, où il décéda le 13 mars 1818, âgé de 61 ans.
Cf. Arch. de THérault, L. 443. — Ms. de l'abbé deGoHiN, p. 130. — Ms. de Tabbé
GOURGON.
MÉJEAN (Jean-Cosine-fAndré)^
né à Montpellier sur la paroisse Sainte-Anne, 18 janvier 1757. Son père, Benoît Méjean, originaire de Sumène, était alors professeur de chirurgie à Montpellier. Chapelain de Sainte-Catherine, en l'église Sainte-Croix (octobre 1775), dont le revenu était de 82 livres 10 sous. Maître ès-arts (juin 1776). Titre clérical (24 janvier 1780). Prêtre (1781). Vicaire à Saint-Denis de Montpellier, avec Tabbé Fermaud de la Banquière, de janvier 1784 jusqu'à la Révolution.
Il refusa le serment. Sujet à la déportation, il se rendit à Aiguesmortes et s'y embarqua le 6 août 1792, avec son ami Denis, vicaire à Cette, et plusieurs autres prêtres, dans l'intention de débarquer à Nice. Sur ce qu'ils apprirent que les hommes de l'équipage avaient formé le complot de les voler une fois parvenus en pleine mer, les deux abbés quittèrent la tartane et prirent la voie de terre pour se rendre à Turin.
Arrivés à Lyon, l'abbé Méjean fut mis en prison ; la police ayant cru voir en lui un des chefs du camp de Jalès. Il y resta huit jours, en péril d'y être massacré, comme le furent, trois jours après sa sortie quelques-uns de ceux qu'il avait laissés en détention.
Libre enfin de reprendre, avec l'abbé Denis, le chemin de Turin, il y arriva la bourse vide ; mais, grâce à la générosité de ses compagnons d'infortune, il put continuer son voyage et parvint avec eux à Macerata, ville épiscopale des Etats du Pape, où il reçut une généreuse hospitalité chez les religieux Barnabites, avec les abbés Denis et Gourgon.
Rentré en France, en 1795, il dut se cacher peu après, recherché qu'il était par la police (23 vendémiaire an VI, 14 octobre 1797). Il prit,