IV. Lts Martyrs et Confesseurs de la Foi
giense du département de l'Hérault pendant la RéiK)lution (tome III). Qu'il nous suffise d'affirmer que ses réponses, empreintes d'une sainte et noble fierté, rappellent, à s'y tromper, celles que les martyrs de la primitive église adressaient à leurs persécuteurs.
Epuisé enfin de fatigue, il demande à prendre un peu de pain et de vin. «Mais, ajoute-t-il, je désirerais savoir l'heure qu'il est, parce que c'est aujourd'hui jour de jeûne. » Il est plus de midi, lui réplique-t-on. Alors, se tournant vers le peuple « Citqyens, dit-il, je crois devoir vous avertir que je fais collation: il m'est libre de la faire le matin ou le soir; j'aurai le bonheur de souper ailleurs. »
Après avoir pris l'avis dés juges, le président prononça la sentence en ces termes : «... Je condamne à la peine de mort le nommé Michel, prêtre réfractaire, pour ne pas s'être présenté afin de demander la déportation. En outre, je le condamne à voir brûler devant lui, par les mains de l'exécuteur des jugements criminels, les vêtements qui ont servi au fanatisme, et il sera exécuté avec une portion de ces habits ci-devant sacerdotaux; en outre, je condamne les neuf femmes prises avec lui à être témoins de Icxécution.^^
Par un ironique sophisme qui tendait à priver le prêtre Michel de la gloire du martyre, le président, s'adressant à lui, ajoute: « On ne te condamne pas pour avoir dit la messe. Mais pour avoir désobéi à la Loi. Tu n'as rien à dire ? »
« Je prie le Seigneur de te pardonner ma mort, ainsi qu'à tous ceux qui y contribuent par leur approbation. Je désire qu'elle soit utile à la cause pour laquelle je meurs; mais souvenez-vous qu'il existe un juge suprême qui, un jour, jugera les justices. »
Reconduit en prison, en même temps que les neuf personnes condamnées à être arrosées de son sang, il se mit en prières et se prépara à consommer son sacrifice. Vers trois heures de l'après-midi on le fit marcher à Téchafaud avec les ornements sacerdotaux dont on l'avait trouvé
V Ancien Clergé du Diocèse de Montpellier.
vêtu au moment de son arrestation ; les neuf pieuses femmes lui formant un bien religieux cortège.
Quand il est parvenu au lieu du supplice, l'exécuteur fait allumer un bûcher, arrache au martyr une partie des ornements sacrés et les jette dans les flammes; un instant après la tête de Tabbé Michel tombe sous le fer de la guillotine. Pour les saintes femmes, huées, insultées, menacées, elles sont ramenées en prison.
Un nouveau jugement est rendu le lendemain (i 6 ventôse, 6 mars). Il condamne les demoiselles Devèze à la déportation, pour avoir recelé chez elles le prêtre Michel. Les demoiselles Soubeyran et Lajard, ainsi que la veuve Jullien, à la réclusion jusqu'à la paix, eu égard à leur conduite incivique; les demoiselles Argelier, Bourrély sœurs, Servel et Bardon sont mises en liberté; elles n'en avaient pas moins assisté à la sanglante exécution.
Apprenant ce qui venait de se passer, une pieuse jeune fille, Mademoiselle Crassous, dit chez elle, devant sa mère et sa servante, qu'elle considérait M. Michel comme un martyr et qu'elle voudrait bien avoir de ses reliques. La domestique, nommée Marianne Villaret, sans en avoir prévenu sa maîtresse, se rend sur la place du Peyrou^ prend une poignée de terre imbibée de sang et la met dans un mouchoir. Un patriote, témoin da fait, suit cette personne sans quelle s'en doute, et voit dans quelle maison elle porte sa précieuse relique. Bientôt, il revient à la tête d'une troupe de gens en armes. La demoiselle, sa mère et la servante sont amenées devant le Comité révolutionnaire et subissent un long interrogatoire. La jeune fille et sa servante sont envoyées en prison dont elles ne sortent qu'après une .détention de deux mois.
Cf. F. Saurel, Hist, relig. du dép, de l'Hérault, III, 86-97. — Soulier, t. I, p. 438. — Seguin, nÂctes des t^artyrs, p. 5. — Mazières, p. 26. — Carron, t. II, p. 196. — GuiLLON, t IV, p. 71. — DuvAL- Jouve, t. II, p. 159. — L*abbé Sarran, L'abbé Pialat, Confesseurs de la Foi dans les Cévennes, à V époque de la Révolution.