‹ L'ancien clergé du diocèse de MontpellierChapitre 272 sur 324 · IV. Les Martyrs et Confesseurs de la toi · texte numérisé non relu

IV. Les Martyrs et Confesseurs de la toi

invité un nommé Labaume, prêtre émigré et autres brigands de la même espèce : la tranquillité avec laquelle ils se sont rassemblés... ont fait un brillant festin et ont tenu après une très longue conférence... »

Pendant toute la période révolutionnaire, la chapelle rurale et solitaire de Notre-Dame-du-Suc servît de centre religieux où l'abbé Raymond attirait les fidèles de la contrée. Ce mouvement populaire allait se renforçant. Le préfet informé de ce qui se passe, écrit au maire de Brissac une lettre de menaces.

w Je vous préviens que s'il me revient de nouvelles plaintes à ce sujet, j'envoie sur les lieux une force armée imposante, à l'effet d'arrêter les sectateurs et les sectaires et de les traduire devant les tribunaux ».

Le maire, sans s'émouvoir, répond au préfet : « Je ne sais s'il y a des rassemblements au Suc. Vu la distance, j'ai chargé l'adjoint de surveiller, comme étant plus à portée de savoir ce qui se passe. Si l'on s'y rassemble, je ferai bâtir la porte de la chapelle à pierre et à chaux ».

Mais rien n'a pu décourager les fidèles de se rendre à ce pieux sanctuaire. Le maire de Ganges écrit au préfet : « Le 15 août (vieux style) fut la fête de Notre-Dame. Il y eut au Suc un rassemblement très considérable. De plus de six lieues, l'on accourut de tous côtés. Le prêtre Jean Raymond, fjomrne dangereux, fit une collecte à son profit de quinze louis ... Cette église qui est dans le désert devrait être fermée pour toujours. C'est dans cet endroit que cinq à six fois par an, de toutes parts, tous les fanatiques et autres mauvais sujets se rassemblent ».

Au rétablissement dci culte. L'abbé Raymond fut nommé succursaliste de son ancienne paroisse (1803). Ne l'avait-il pas mérité? Il reçut une pension de 266 fr. 66 c.

Il mourut le 2 octobre 183 1. Ses restes reposent dans le cimetière de Brissac.

Cf. Arch. de l'Hérault, V. Policf du Culte et L. 444; — Sarran, Vabbé Pialat, p. 80; — F. Saurel, Hist. relig, du dép. de V Hérault, III, 293, IV, 19 et 60; — Arch. de l'Evêché, Reg, des Décès.

RAYNAL (Marie-François) y

prêtre, prieur claustral des Bénédictins d'Aniane (50 ans d'âge, 36 ans de profession), déclare devant la municipalité de cette commune, le 6 mai 1790, qu'il désire vivre et mourir conformément aux saints engagements qu'il a contractés par sa profession religieuse. Sa communauté comptait en ce moment : 7 prêtres, 6 diacres et i sous-diacre. Il refuse le serment et part pour la déportation, le 8 août 1792. — Après sa rentrée en France, il est soumis à la réclusion (13 vendémiaire an VI, 4 octobre 1797).

Cf. Arch. de l'Hérault, L. 443 his,

RAYNAUD (Jean),

né à Montpellier en 1737, fils de Raynaud, peintre. Son titre clérical (roo livres) daté du 24 avril 176 1. Il refusa le serment. Enfermé à la Maison de Réclusion, à Montpellier, ses sœurs lui portaient sa nourriture et la lui mettaient à la bouche, tellement il était perclus. Il demanda pour ce motif d'être autorisé à garder la réclusion chez ses sœurs. On le lui refusa (17 septembre 1799^ et il était encore détenu au Dépôt de Mendicité à la date du 3 novembre suivant.

Cf. Arch. de THérault, L. 443; — F. Saurel, Histoire relig. du Départ, de VHéiault. III, 218.

RAYNAUD T>E PESSEPLANE {Edouard-Xavier),

chanoine de Saint-Pons, ancien abbé de Vernqnay, au diocèse d'Evreux, sujet à la déportation (8 vendémiaire an VI, 29 septembre 1797). Chanoine honoraire de Troyes, décédé le 7 juillet 185 1, âgé de 93 ans.

Cf. Arch. de THérault, L. 443, bis; — Arch. de TEvêché, T{eg, des Décès.

REBECQ (Vierre-Dominique),

né à Saint-Laurent, non loin de Marseille, le 2 septembre 173 1, était bénéficier au chapitre Saint-Etienne d'Agde. En lui se trouvaient réunis

le dévouement, la science ecclésiastique et la piété. Prédicateur en renom dans le diocèse, il y remplissait avec zcle, les fonctions de missionnaire, cherchant à ramener les pêcheurs à Dieu. Mgr de Saint-Simon qui connaissait son mérite et ses aptitudes, eut recours à lui dans l'embarras où Tavaient jeté les prêtres du Sacré-Cœur de Marseille, en abandonnant la direction du séminaire diocésain, qu'ils tenaient de son prédécesseur Mgr deCharleval. Il le mit à la tête de ses jeunes clercs, en attendant de pouvoir se procurer un supérieur définitif, et lui donna pour auxiliaires d'autres bénéficiers de la cathédrale.

En grande relation d'amitié avec Mgr de Fumel, évêque de Lodève, il accompagnait ce prélat, et l'aidait dans les missions qu'il prêchait à ses diocésains; le chapitre de la cathédrale d'Agde l'ayant, à cet effet, dispensé de la présence au chœur. En 1789, il desservait la paroisse de Cournonsec, au diocèse de Montpellier, où il resta jusqu'au moment de la signification qui lui fut faite d'un arrêté de l'Administration centrale du Département qui lui enjoignait de vider la cure de cette cçmmune, attendu qu'il avait refusé le serment.

Depuis lors il avait habité les environs de Viols-le-Fort, où il n'exerçait aucun culte. Il fut arrêté sur le chemin qui conduit du hameau des Prats à Viols, comme il allait se promener dans la forêt, par six hommes de la colonne mobile. On le conduisit à Viols. Se trouvant au milieu des soldats, il fut avec eux environné par un attroupement composé d'hommes et de femmes.. On le poussait, on lui donnait même des coups de poing pour le faire esquiver. Un individu, le traitant de Jean f , lui dit avec énergie : « Retirez-vous donc ! »

Il se rendit dans le bois voisin, où il y resta sept à huit jours. Des personnes qu'il ne connaissait pas cependant, lui portaient à manger. Instruit qu'on le prenait pour le fameux Sans-Peur et que pour ce motif les habitants de Viols étaient dans la peine, il eut le courage d'aller à la rencontre des soldats qui étaient à sa poursuite et se livra entre leurs mains. Il fut conduit à Montpellier ^us bonne escorte le 19 frimaire

an VII (9 décembre 1798}, par le commissaire du Directoire exécutii près l'Administration du canton de Saint-Martin-de-Londres. On l'enferma dans l'ancien établissement du Bon Pasteur, devenu dépendance de l'hôpital Saint-Eloi, où il se trouvait entassé, dans un local fort insalubre, avec une vingtaine de prêtres reclus, presque tous octogénaires.

Au moment où l'on commençait à vouloir se débarrasser de ces prisonniers^ Rebecq demanda d'être renvoyé en réclusion dans son domicile, sous la surveillance de la police ; il faisait valoir son âge, les rhumatismes contractés pendant sa vie errante et la perte de toutes ses dents (i*** jour complémentaire an VII, 17 septembre 1799). Ses justes réclamations demeurèrent inutiles; mais enfin, sur un certificat délivré par le professeur Broussonnet, chargé du service médical des reclus (14 prairial an VIII, 3 juin 1800, on lui rendit la liberté, tout en le laissant sous la surveillance; un nommé Rapilliaux ayant consenti à lui servir de caution.

Au Concordat, l'abbé Rebecq fut remis oflSciellement en possession de son ancienne paroisse de Cournonsec, avec pension de 333 fr. 33. Il décéda le 2 septembre 18 10, en bon et fidèle serviteur comme il avait vécu, le jour même anniversaire de sa naissance.

Cf. Arch. de l'Hérault, L. 443. — F. Saurel, Hist, relig. du T>ép, de l'Hérault; et Les Brigands royaux,

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