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IV. Les Martyrs et Confesseurs de la foi

Le 14 juillet 1790, il officia pour la fête de la Fédération, célébrée à la cathédrale ; le mauvais temps n'ayant pas permis de le faire à Tautel de la patrie, érigé sur le champ foirai. Il prêcha, prenant pour texte de son discours ce verset des Macchabées (I Macch., III, 21) : ^ISLos vero pHgnabimus pro animabns et legibus.Ttllc ne fut point la devise de la Révolution, et Saint-Geyrat ne tarda pas à s'en apercevoir. Il tut dépossédé de son bénéfice (mai 1791), et chassé de la maison avec les cinq religieux bénédictins dont se composait la communauté, savoir : Salles, prieur ; Tastavin, Méric, Juin d'Oupia et Gay. Saint-Geyrat refusa le serment.

Cf. Hist. reîig. du Dépt de V Hérault, I, p. 173 ; — Arch. de PHérault, L. 443 his (Saint-Fons, 8 vendémiaire an VI, 29 septembre 1797) ; — Delouvrier, Hist, de Saint- Chinian et de ses environs^ p. 97, loi, 285.

SAINT-SIMON ROUVROY DE SANDRICOURT (Charles-François- Siméon-Vermandois de),

dernier évêque particulier d'Agde, né à Paris, le 5 avril 1727, fit dans cette ville ses études qu'il couronna par la licence la plus brillante et le doctorat en Sorbonne. Ses succès et son heureux caractère lui valurent l'amitié du prince-é/èque de Metz, son parent, qui se l'attacha de bonne heure, le promut au sacerdoce, en vertu de dimissoires de l'archevêché de Paris (9 juin 1748), puis le nomma chanoine de Metz et son vicaire général. Quelques années après, le roi lui donnait l'abbaye des Bénédictins de Couches, au diocèse d'Evreux (24 novembre 1754).

Cette même année, s'étant rendu à Rome, il assista au couronnement du pape Benoît XIII, visita les lieux saints de TEglise-Mère, ses bibliothèques et ses monuments antiques. Après avoir satisfait à sa dévotion et à son amour pour les lettres et les arts, il s'embarqua pour Naples, gravit le Vésuve qu'il étudia en habile observateur ; travail qui lui fut très utile plus tard, quand il voulut examiner en détail l'ancien volcan de la montagne de Saint-Loup, à Agde.

Nommé à l'évêché d'Agde (8 mars 1759) et sacré à Paris, le 6 mai

U Ancien Clergé du Diocèse de Monipellier.

suivant, mais retenu quelque temps dans la capitale malgré sa volonté, il ne put en partir qu'au mois d'août. Les habitants de sa ville épiscopale l'attendaient avec impatience. Quand il arriva dans la nuit du 13 au 14, il trouva les monuments et les maisons illuminés. Les Agathois s'étaient portés en foule à sa rencontre. L'affluence fut telle que les chevaux attelés à sa voiture avaient de la peine à avancer et mirent deux heures à parcourir la dernière lieue. L'installation remise au lendemain, veille de l'Assomption, fut très solennelle. Comme on savait la valeur intellectuelle et scientifique du nouveau pontife, on l'assaillit d'une foule de harangues alambiquées, auxquelles celui-ci répondit avec esprit et finesse, mais dans un style simple et noble tout à la fois.

^on éloquence fut remarquée et appréciée aux Etats de Languedoc où trois années consécutives, en sa qualité de dernier venu des évêques de la province, il eut à complimenter la Cour souveraine des Aides, en la personne de son premier président, et à Versailles où il fut député pour présenter « les cahiers » et complimenter le roi, la reine et la famille royale.

Utiliser ses loisirs en faveur de son peuple et l'édifier par la régularité de sa vie privée ; s'appliquer à réformer tout doucement les abus, à maintenir le bon ordre et la régularité de la discipline ecclésiastique et à pourvoir aux besoins des pauvres, telles étaient ses préoccupations les plus ordinaires.

Il sentait le besoin qu'avait son diocèse d'être desservi par des ministres capables et édifiants, favorisait les vocations ecclésiastiques et venait largement en aide aux jeunes gens qui se disposaient au sacerdoce. Son zèle allait plus loin et lui faisait soutenir les établissements religieux auxquels il consacrait des sommes considérables. Avec de pareilles habitudes, on comprend que les églises ne devaient pas être négligées ; elles furent en effet traitées avec une générosité toute princière.

Ce dont il s'occupait le moins, c'était de sa propre personne et des soins adonner \ sa santé, fort délicate cependant. Condamné par les pro-

IV, Les Martyrs et Confesseurs de la Foi,

fesseurs de l'Ecole de Médecine de Montpellier à ne vivre que fort peu de temps, à cause de la taiblesse de sa poitrine et de la fréquence des attaques d'asthme ; mais se rappelant l'aphorisme : Qui medicé vivit, miseré vivit, il s'affranchit bravement de toutes les prescriptions médicales et pharmaceutiques, s'assujétit à ne plus boire de vin et à ne plus faire qu'un seul repas par jour, dans l'après-midi. Ce genre de vie; tout mortifiant qu'il était, n'enlevait rien à la gaieté naturelle de l'évêque d'Agde et ses attaques journalières d'asthme ne lui arrachèrent jamais une plainte.

Mgr de Saint-Simon était fidèle observateur de la résidence. Il ne fit durant son long épiscopat que de courtes absences. Il s'appliquait à visiter son diocèse et à racheter la rareté de ses prédications par des instructions imprimées et par des Mandements remarquables. Dans celui qu'il donna pour le carême de 1784, on reconnaît facilement l'homme habitué aux classifications scientifiques : il y trancha pour son diocèse toute incertitude au sujet des animaux permis ou défendus aux jours d'abstinence et de jeûne.

Un autre objet de sa sollicitude pastorale fut la liturgie. Il eut le courage d'entreprendre la réforme de l'ancien bréviaire, du missel et des livres de chant. Il la conduisit avec tant d'activité qu'à la sixième année de son épiscopat elle était déjà terminée. Le Bréviaire du diocèse d'Agde porte en effet la date de 1765.'

Le siège épiscopal d'Agde attribuait à son titulaire la qualité de seigneur foncier, direct ou suzerain de presque tout son diocèse. M. de Saint-Simon ne se permit jamais de négliger les droits certains de son évêché, ni de consentir à ce qu'on les altérât. Il offrit cependant aux habitants un moyen d'alléger le fardeau de leurs tailles. Il les convoqua dans sa demeure épiscopale, en présence de deux arbitres, nommés l'un par lui, l'autre par la municipalité ; puis, agissant en vertu des droits que lui

I 'Breviarum xAgatbenu Jussu Illtistrissimi DD.C. S, Vermandois de Saint-Simon Rouvroy Sandricourt. Parisiis, 176$, 4 vol. in-8".

conférait sa seigneurie foncière sur tout le territoire d'Agde, où existait une grande quantité de terres vacantes et incultes, il proposa d'inféoder ces terres à des particuliers qui les cultiveraient et en payeraient les tailles, en diminution de celles qui étaient portées sur la généralité des taillables du sol d'Agde. Cet expédient fut accepté par l'assemblée, et un acte public de transaction signé par les parties.

Tel était le savant et pieux prélat qui, depuis plus de trente ans, occupait si noblement le siège épiscopal d'Agde. Conciliant et ferme, généreux bienfaiteur de son diocèse et en particulier de ses prêtres, des pauvres et des malheureux ; indulgent pour autrui, sévère pour lui-même ; évêque, en un mot, comme le désirait saint Paul et digne du martyre.

A la Révolution, il avait refusé le serment à la Constitution civile du clergé et se savait déjà supplanté par un intrus. On l'avait chassé de son palais épiscopal; on avait même effectué la vente de sa mense et celle de son chapitre. Et néanmoins il attendait et différait toujours de prendre une résolution définitive au sujet de son départ. Il lui était dur d'abandonner son troupeau. Avec le plus grand calme, il fit retirer ses meubles de la maison dont on l'expulsait et donna ses ordres pour qu'on les transportât dans un petit appartement de la maison de la Charité dont il était le fondateur. C'est là qu'il avait résolu de continuer à résider, au milieu de ses diocésains et des débris de son clergé. Ces dispositions étant parvenues à la connaissance du Club, celui-ci résolut de se débarrasser au plus vite de la personne du « ci-devant évêque ». Le projet fut aussitôt mis à exécution. Ses membres, à la tête de la garde nationale, envahirent à Timproviste la cour de l'évêché, percèrent facilement jusqu'au vénérable pontife qui n'essaya point de se dérober à leurs recherches. Ils lui signifièrent avec dureté qu'il fallait partir et partir sur le champ. A peine lui donnat-on la liberté de faire ses paquets et d'entasser pêle-mêle le strict nécessaire pour son voyage. La Municipalité, dès qu'elle fut instruite de ce qui se passait, accourut au secours de son évêque. Elle se plaignit avec force de

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Tinjustice révoltante d'un si violent procédé. A ces justes remontrances, les clubistes ne firent d'autre réponse que ce cri répété : « Qu'il parte ! Qu'il parte ! »

Au milieu de sts défenseurs et de sts persécuteurs, Tévêque, supérieur aux événements, est seul à conserver le calme. Dans ce moment orageux, il donne tout doucement les ordres pour son départ.

Son grand-vicaire, l'abbé de Gohin, ne pouvant pénétrer jusqu'à lui au milieu de la cohue, lui fait proposer de partir avec lui ; mais le prélat^ par le fait d'une délicatesse exagérée, refuse cette offre obligeante et prie son-'Vicaire de rester, dans l'intérêt des fidèles. Enfin les préparatifs sommaires du départ sont terminés. Saint-Simon donne une dernière bénédiction à l'abbé de Gohin et à quelques personnes qui, mêlées à Ja foule, la lui demandent et monte en voiture, porteur d'un passe-port pour Paris (i"" juin 1792).

Dès le premier jour de son voyage, avant même d'arriver à Montpellier, une partie de ses bagages lui fut enlevée. Une fois à Paris, il occupa l'appartement qu'il s'était réservé ; bientôt obligé de quitter son hôtel pour le remplacer par un logement plus modeste, dans la rue du Vieux- Colombier, Pendant que s'opérait ce déménagement, on lui vola une somme considérable et sa riche chapelle épiscopale. Privé d'une partie de ses ressources, il supporta cette perte avec résignation et réduisit de nouveau sa maison et ses dépenses. A partir de ce moment, il vécut plus séquestré que jamais, uniquement occupé à la prière ou à correspondre avec son clergé. A ce moment survint l'inique décret de la Convention autorisant l'interception des lettres. Celles de l'évêque furent aussitôt saisies, lues dans les assemblées du club d'Agde et malicieusement interprétées, comme dictées par l'esprit contre-révolutionnaire.

Dénoncé à l'accusateur public et à Robespierre en personne par les soins des clubistes d'Agde et par l'odieuse intervention d'un déserteur de la cléricature pour lequel M. de Saint-Simon avait eu bien des bontés, il fut enlevé de son domicile et enfermé dans un hôtel de la rue de Sèvres ,

transformé en prison.

V Ancien Clergé du Diocèse de Montpellier.

Le 7 thermidor an II (25 juillet 1794), à 3 heures du soir, un sinistre chariot aux vastes dimensions, désigné sous le nom de grande bière roulante, entre dans l'hôtel avec quatre gendarmes et un huissier du tribunal révolutionnaire. Celui-ci, d'un air farouche, donne Tordre au concierge de sonner la cloche des prisonniers pour les faire tous descendre dans la cour, puis il procède à leur appel. Tous ceux qu'il va désigner seront conduits à la Conciergerie et, le lendemain, au tribunal révolutionnaire, ou ce qui est la même chose à Téchafaud. Ceux dont on prononce le nom sont rangés à part. L'évêque d'Agde est appelé ; l'huissier mettant une affection railleuse à le qualifier de ^Monseigneur, Après une heure d'effroi, la fatale liste est épuisée : onze victimes ont été choisies ; elles sont à l'instant jetées dans le terrible véhicule, dont le chargement se complétera en route. Un des quatre gendarmes, avec une barbare franchise, dit aux prisonniers laissés à la Maison de la rue de Sèvres : « demain, à pareille heure, il ne restera pas un seul de ceux qui partent ! »

En effet, le lendemain, M. de Saint-Simon est traduit devant le tribunal, accusé d'être « tout à la fois un fanatique et un contre-révolutionnaire. Il s'est toujours refusé à prêter le serment exigé par la loi. Dans son ci-devant diocèse, il n'a tenu que des assemblées suspectes et composées d'ennemis de la chose publique. Pour se faire une idée de cet individu, il ne faut que jeter un coup d'oeil sur sa correspondance. Le 26 septembre 179 1, un prêtre réfractaire lui écrivait : Monseigneur ^ puissent des temps plus heureux vous ramener auprès de mus ! Dans cette même lettre, on lit par post-scriptum : Le décret sur les troubles religieux a effrayé^ mais n'a ébranlé aucun de ceux qui vous sont restés fidèles , C'est moins la privation de nos biens que nous craignons ^ que les moyens et les prétextes quon fournit à nos ennemis de nous persécuter. Aussi un grand nombre c'est déterminé à s'expatrier, M. Ma^^uc a déjà donné l'exemple. M, Bourbon, entre autreSy est sur le point de F imiter. Le délai de la sanction du Vj)i difére son départ, ainsi que celui des autres, »

L'accusé ne répond rien. N'est il pas fanatique ? et fanatique jusqu'à

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