IV. Les Martyrs et Confesseurs de la Foi
la folie de la croix ? N'est-il pas opposé au serment et ne lui préfère-t-il pas la mort ?
« Charles-François-Siméon Saint-Simon, ex-évêque d'Agde, âgé de 70 ans, né à Paris, y demeurant, rue Grenelle-Germain, n° 321, est condamné à la peine de mort et ses biens acquis à la République »,
I/évêque garde toujours le silence. Au sortir du tribunal, il monte sur la fatale charrette qui l'attendait ; il est là mêlé à ses nombreux compagnons d'infortune et n'avance que lentement vers le lieu de l'immolation. II paraît enfin au pied de Téchafaud, avec un maintien également ferme et recueilli, comme un pontife prêt à offrir au souverain Maître de la vie un sacrifice d'agréable odeur. Quand son tour est venu de monter à l'autel funèbre, il refuse la main de l'exécuteur qui veut l'aider à en gravir les marches. Il monte seul, se met à genoux et place lui-même sa tête sous le couteau fatal. C'était le samedi, 26 juillet 1794, '^ ^ heures du soir, sur la place du Trône-Renversé.
A Agde, à la nouvelle de cet assassinat juridique, les délateurs sont étonnés du succès de leur dénonciation et frappés de stupeur. Les plus indifférents des diocésains du supplicié témoignent hautement de leurs regrets et presque tous, instruits du mérite d'une mort si précieuse devant Dieu, considèrent leur évêque comme un protecteur auprès de lui, puisqu'il est mort pour lui ; et, pénétrés du principe émis par saint Augustin que c'est faire injure à un martyr que de prier pour un martyr, l'invoquent en cette même qualité de martyr ».
Cf. Saurel. Hist. relig. du Dépt de V Hérault. — Ms de Tabbé Grasset.— Gohin. 'NjOtice sur Mgr de Saint-Simon, p. 10. — Fisquet : La France pontijicah : Diocèse d'xÂgde,
S Aïs SE T (Tons- Marie),
né à Montpellier le 15 août 1760, instituteur à Montpellier, refusa le serment auquel il n'était nullement tenu .
I Le premier anniversaire centenaire de la mort glorieuse de Mgr de Saint-Simon a été célébré k Agde par de magnifiques cérémonies commémoratives conçues et ordonnancées par M. le chanoine Beauguil,curé-archipictre de St-Etienned'Âgde. sous la direction et la haute approbation de Mgr de Cabrières, évêque de Montpellier et d'Agde ; et relevées par une belle oraison funèbre prononcée par M. l'abbé Mariés, curé de Ste-Ursule de Pézenas. (Montpellier, Martel, 1894, in-S").
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U Ancien Clergé du Diocèse de MontpeJier.
Néanmoins il partit pour la déportation et se rendit en Espagne. Dans une localité de peu d'importance, du nom d'Alcantarilla. Nous avons sous les yeux une longue lettre, datée du i8 juin 1796, portant le timbre de la ville de Murcie, et adressée à Monseigneur d*e Malide, évêque de Montpellier (à Londres, 6, Church Street Soho, par la Corogne). Cette lettre, arrêtée par la police est aujourd'hui conservée aux Archives du Département de l'Hérault. Donnons en quelques extraits.
«Monseigneur... La foi ne se perd pas en France, mais surtout dans votre diocèse, sur lequel le Seigneur paraît veiller d'une manière toute particulière. Vous le devez, après Dieu, à cet ange tutélaire, à ce nouvel Esdras qu'on ne doute pas être destiné un jour à rétablir les ruines du sanctuaire ». (Saisset veut parler de Tabbé Poujol). « Depuis plus de deux ans les églises sont fermées et les intrus n'exercent plus leurs fonctions. Au commencement de 1794, ils renoncèrent à leur état et cessèrent dès lors d'exercer le ministère qui ne leur donnait pas beaucoup de peine. Depuis cette époque ils ont tous disparu, et il n'en reste pas un seul, de manière qu'il n'y a dans notre ville aucun vestige du schisme constitutionnel, qui a été étouffé dans son berceau...
» La Fête-Dieu s'est célébrée dans Tintérieur des maisons, avec toute la pompe et l'édification possible. On y a fait sans crainte tout ce qu'il est possible d'y faire ; rien n'a été négligé. L'assemblée des fidèles, dont je vous parlai dans ma dernière, devient tous les jours plus nombreuse. On y chante l'office, sans prêtres, il est vrai, mais avec la plus grande régularité. On s'occupe à chercher un autre local pour les personnes qui ne peuvent pas entrer dans celui de M. Carcenac. Trois ou quatre jureurs ont demandé encore la réconciliation, et déjà plusieurs brebis égarées sont rentrées dans le bercail. Leur retour fait la plus vive impression... Dans un post-scriptum, on me dit ce qui suit : La tranquilité dont nous jouissons est si grande qu'aujourd'hui dimanche les fidèles se sont assemblés dans les domiciles des prêtres au nombre de cent et même de cent cinquante. »
rV. Les Martyrs et Confesseurs de la Foi.
Ces nouvelles donnèrent à l'abbé Saisset l'espérance de pouvoir bientôt rentrer en France. Mais il ne se doutait pas que sa lettre, au lieu d'arriver aux mains de Tévêque de Montpellier, allait tomber entre celles des fonctionnaires de la République, réveiller la vigilance du ministre de la Police générale, de toutes les administrations et de tous les commissaires du pouvoir exécutif, sur lui d'abord, sa correspondance et ses déplacements; sur le nommé Carcenac qui donnait Thospitalité dans sa maison de Timpasse du Jardin des Plantes; sur les prêtres demeurés fidèles et sur prêtres jureurs qui avaient rétracté leur serment et dont plusieurs se trouvaient» nommés dans lettre à Mgr de Malide.
Il quitta donc sa résidence d'Alcantarilla pour se rapprocher de la France et se rendit par mer à Barcelone. De cette ville il écrivit, le 9 mai 1797, sa nouvelle lettre, adressée à la citoyenne Rabicr, — une parente san? doute, — rue de l'Hôpital, près de la place de Lon, à Montpellier, fut saisie au bureau de la poste de cette ville. Il y annonçait, en termes couverts, son prochain retour et demandait des secours pécuniaires. La rentrée d'un émigré ou déporté et l'envoi de fonds à un ennemi de la République ! On se tint pour averti. L'abbé Saisset n'eut pas à goûter longtemps les douceurs de la vie calme et tranquille dans son pays natal, et le 5 vendémiaire an VI, 26 septembre, il prenait à Montpellier un nouveau passe-port pour l'Espagne.
Le Concordat lui permit de* rentrer définitivement. En 1807, il était curé de Lunel et chanoine honoraire. Le camail lui avait été donné par Mgr Fournier. Le nom de cet illustre évêque nous rappelle un fait dont l'explication se trouve dans les relations amicales du prélat avec le curé de Lunel. Celui-ci lut un jour en chaire à ses paroissiens une lettre pastorale, dans laquelle l'évêque s'élevait contre la danse. Mais une fois la lecture faite, il écrivit au premier pasteur du diocèse : « La danse n'es^ pas mauvaise, ne vous en déplaise. Monseigneur : Davidy devant l'^Ârche, etc. » Mais, plein de zèle pour la maison de Dieu, et comprenant qu'elle avait besoin de jeunes lévistes pour remplacer les martyrs et les confes-
V Ancien Clergé du Diocèse de Montpellier.
seurs de la Foi, il ouvrit dans son presbytère même un petit séminaire, où sous sa direction se pressèrent bientôt vingt-deux élèves, et deux professeurs. Une délibération du conseil épiscopal (22 octobre 1809) l'autorisait à donner l'habit ecclésiastique à quatre de ses jeunes gens. Saisset décéda le 26 avril 1829.
a. Arch. de l'Hérault, LIH. M4.
SALEINDRE,
Capucin à Montpellier, insermenté. Pension 800. — Sujet à la déportation, « prétendu parti » (23 vendémiaire an VI, I4 octobre 1797).
SALELLES ^Bernard),
aîné, né en 171 5 à Marseilhan, donna de bonne heure des marques non équivoques de sa vocation à l'état ecclésiastique, par ses succès dans ses études et la régularité de ses mœurs. N'étant encore que simple clerc tonsuré, il fut pourvu, à la cathédrale d'Agde, d'un bénéfixe qu'il servit toujours avec la plus grande exactitude. Loin de penser à s'élever dans les ordres, il se contentait de ses petits revenus, auxquels il ajoutait cependant le produit de quelques petits offices capitulaires et notamment de celui de sous- chantre.
A la Révolution il refusa le serment et reçut la promesse d'une pension annuelle, arrêtée à 845 1. 3 s. 3 d. — Pension qui ne fut peut-être jamais payée. Il prit la détermination de vendre la maison qu'il possédait à Agde et se forma un petit capital de 7.000 francs pour se soutenir dans sa déportation. Malgré son grand âge, il s'embarqua pour Nice en 1792, accompagné de sa vieille servante qui ne voulut jamais consentir à se séparer de lui et qui prit avec elle un sac de 600 livres, contenant toutes ses petites économies. En débarquant à Nice, un matelot, un fripon, s'offrit à porter les bagages des deux vieillards et les leur enleva.
Malgré ce dépouillement inattendu, la servante suivit son maître qui se rendait à Rome avec cinq ou six autres ecclésiastiques français.