‹ L'ancien clergé du diocèse de MontpellierChapitre 289 sur 324 · IV. Lts Martyrs et Confesseurs de la Foi · texte numérisé non relu

IV. Lts Martyrs et Confesseurs de la Foi

Ces derniers prirent généreusement à leur charge la substance des deux volés. On allait à Téconomie; un seul repas par jour, apprêté par la cuisinière du bénéficier Salelles, leur suffisait. La petite société se dispersa à la mort de Tabbé de Cugis, chanoine d'Agde, arrivée subitement au moment où les troupes françaises marchaient sur Rome. Vers cette époque, le bénéficier Salelles consentit enfin à se laisser ordonner prêtre et quand il lui fut permis de rentrer en France, il se consacra tout entier aux bonnes œuvres. Il n'était pourtant pas en règle avec l'administration civile. On se mit à sa recherche, le 13 brumaire an VI (3 novembre 1797); Tagent municipal de la commune de Marseillan se transporta chez le citoyen Toussaint Salelles, dans la maison duquel résidait « Salelles, prêtre déporté rentré, qni avait éludé jusqu'à ce jour les dispositions de la loi du 19 fructidor dernier (5 septembre 1797). » Toussaint conduisit le commissaire municipal et la force armée dans un appartement où était encore couché Bernard Salelles, son oncle. Celui-ci se déclara dans l'impuissance de se^ lever. Deux officiers de santé appelés constatèrent que c'était la pure vérité et que le vieillard malade ne pouvait être transporté hors de sa maison sans danger pour sa vie. Sur ce, procès-verbal dressé et envoyé au conseil de TAdministration municipale du canton d'Agde. Celui-ci décida que le réfractaire ne serait pas transporté à la Maison de Réclusion de Montpellier, mais que deux gardes seraient chargés de veiller sur lui et payés à ses frais, à raison du prix de deux journées et demie de travail pour chacun. L'ancien bénéficier était alors âgé de 82 ans.

Cf. Ms. de l'abbé de Gohin, p. 115. — Arch. de l'Hérault, L. 443.

SALELLES (Jean-Taul),

frère puîné du précédent, né à Marseillan en 1722, eut à peine terminé ses études que, désireux de quitter le monde, il se retira chez les Pères Augustins à Nîmes. Il se livra à la prédication et donna le carême de 1769 à la paroisse Saint-Denis, à Montpellier.

A l'époque la Révolution, étant prieur des Augustins de Nîmes, il refusa le serment. Son couvent ayant été fermé, Tex-prieur rentra dans son pays natal, d'où un arrêté de l'administration centrale de l'Hérault lui imposa la nécessité de sortir pour prendre le chemin de la déportation (8 juillet 1792). Il se retira dans une communauté de religieux, à Bologne, pendant que son frère aîné, Bernard résidait à Gênes. Une lettre de lui, interceptée par la police et conservée aux archives dt l'Hérault nous donne sur les derniers temps de sa présence à Bologne les détails les plus tristes. Elle est datée du 16 mai 1796, et adressée à son frère.

«... Voicy ce qui m'est arrivé et dont je porte bien la peine, puisque Dieu le veut ; le 2 de ce mois, me retirant le soir d'auprès de nos Français pour aller me coucher et allant fort vite, le temps étant froid, pluvieux et sombre, je traversois un long cloître. Croyant être au bout, je tournai et me laisser choir en franchissant un parapet. Je tombai sur l'épaule. Je me trouvai dans le moment pris de touts les nerfs, sans pouvoir remuer. Heureusement passa un domestique qui appela du secours ; on me porta dans ma chambre et depuis j'ai été dans les plus cruelles douleurs, qui aujourd'hui se sont concentrées dans les deux bras. Sur cela sont survenues des fièvres en forme d'accès; fièvres que j'ai eu deux fois en ma vie et qui m'ont tenu malade deux ou trois mois. Voilà, cher Frère, mon état présent qui est fort triste, étant d'ailleurs très peu soigné dans un collège. A cela, je pourrais ajouter les allarmes d'une ville toute éperdue de crainte à l'aspect des Français qui en sont peu distants, puisque on les dit dans Milan. Nombre des émigrés se sont présentés pour des passe-ports et ont été refusés ; non qu'on le voye avec plaisir, bien loin de là, mais on craint d'alliéner davantage un peuple que l'on croit dangereux. Ce retard des passe-ports ne nous fait pas mieux augurer . On s'attend à un ordre du Sénat pour avoir à déguerpir et Ton croit que cet ordre sera général pour tous les Français. Le Seigneur Archevêque a déjà fait imprimer des passe-ports, et en attendant, que deviendrai-je dans l'état où je suis ? Où pourront-ils se réfugier ces pau-

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