I. Les Constitutionnels
un prêtre approuvé par M. l'Évêque, pour le remplacer à Roquebrun; Mais ce prêtre, alarmé sur les jactances, réelles ou prétendues, répandues dans le public que tout prêtre qui viendrait remplacer le sieur Bouloc, serait jeté dans la rivière ; alarmé encore par la réunion à Roquebrun de plusieurs prêtres unis de sentiments avec le sieur Bouloc qui y sont établis; tout cela détermina le prêtre que j'avais choisi à ne pas accepter le poste que je lui offrais. Je l'offris à un second et à un troisième prêtre. Je pressai; j'insistai : même frayeur, même refus. Mais le temps s'écoulait , Tépoque du jubilé approchait et je désirai vivement d'envoyer un prêtre à Roquebrun pour lui porter le Mandement qui annonçait cette grâce à l'Eglise. Je le trouvai ce prêtre, après bien des recherches ; mais il exigea de moi sûreté et tranquillité dans le poste. Une demande si juste m'engagea pour assurer un bon accueil à ce prêtre, d'écrire à M. Sabatier, prêtre, mon parent, dont le père est maire de Roquebrun, et le frère y jouit de tout l'ascendant possible, et je les priai avec beaucoup d'amitié d'engager son père et son frère à se réunir pour rassurer et accueillir le prêtre que j'avais destiné pour cette paroisse. Vaines espérances; le père, maire de la commune, m'écrivit une lettre qui est insérée dans son Mémoire, dont chaque mot réclame le sieur Bouloc. » Cette lettre était ainsi conçue :
ipr Brumaire.
«... Après avoir encore demandé le jubilé, je disais: Vous voulez que je me charge de faire agréer aux citoyens un prêtre que vous ne nommez pas et que je ne connais pas. Vous m'imposez là, permettezmoi de vous le dire, une tâche bien difficile : Je ne suis pas Dieu, moi, pour fléchir les esprits et les cœurs. La confiance comme vous le savez, ne se commande pas ; elle part du cœur, c'est le cœur qui la donne et qui la retire à son gré, et il n'y a sur la terre aucune puissance dont Tempire s'étende sur le cœur.
« Cependant cette tâche, toute difficile qu'elle est, je la remplirai;
mais il faut que vous m'aidiez. Faites le peu que je vais exiger, et je ferai le reste. Vous voulez que je fasse agréer un prêtre aux citoyens, donnez-moi un prêtre que les citoyens agréent ; cela ne vous est pas difficile. Ce prêtre je vous Tai désigné plusieurs fois, c'est M. Bouloc, notre curé actuel. Je vous l'ai désigné parce que les paroissiens me l'ont désigné à moi-même, et qu'ils viendront à Saint-Pons, si vous l'exigez, pour vous prier de le leur accorder. Oh ! qu'il en faut peu pour contenter une paroisse ! Combien un évêque doit s'estimer heureux lorsque une paroisse se réunit pour réclamer un prêtre aussi estimable que M. Bouloc! Eh bien! rendez-vous aux désirs des paroissiens de Roquebrun, ou bien engagez M. l'Evêque à s'y rendre. Lui seul peut rendre heureuse une paroisse de mille âmes ; il est tout puissant pour y faire le bien; il n'a qu'à dire un mot. Engagez-le à le prononcer ce mot, et je vous promets que je ferai recevoir M. Bouloc aux acclamations unanimes. »
Le vice-gérant de l'Evêque à Saint-Pons, l'abbé Treil de Pardailhan, poursuit ainsi sa lettre au sous-préfet du 4*= arrondissement, parlant de l'abbé Sabatier, prêtre, fils du maire de Roquebrun :
)) Son fils, le prêtre, me marque qu'il n'a aucun pouvoir à Roquebrun ; qu'il ne connaît que l'église et sa chambre ; et son frère, s'explique plus nettement en me disant qu'il respecte et honore M. l'Evêque de Montpellier, parce qu'il a été envoyé par le chef auguste du Gouvernement, en faisant l'éloge du S"^ Rouanet, évêque, qui était son évêque comme le mien, et en me priant d'avertir le prêtre qui viendrait de ne jamais mettre les pieds dans sa maison. Je vis dès ce moment qu'il n'y avait plus d'espoir d'un bon accueil pour le prêtre qui devait porter le Mandement du Jubilé et je me décidai à n'avoir plus de relation avec Roquebrun et de renvoyer cette affaire si épineuse à M. l'Evêque. J'en prévins Messieurs Sabatier, afin qu'il s'adressassent désormais à ce Prélat.»
Les habitants de Roquebrun ne voulant absolument aucun des curés choisis par le vice-gérant de l'Evêque ou du moins ne voulant que