I. Les Constitutionnels
leur curé constitutionnel, l'Administration diocésaire cessa de s'occuper de cette paroisse et attendit de meilleures dispositions. Et cependant, le Jubilé n'avait été ni publié, ni ouvert.
Sur ces entrefaites, Napoléon s'était fait sacrer par le pape Pie Vil et avait placé sur sa tête la couronne impériale. Le lendemain (12 frimaire an Xni, 3 décembre 1804) il demandait aux évêques de faire chanter un Te Deum dans toutes les églises de leur diocèse et d'inviter aux prières qui seraient faites à cette occasion « les Autorités qui ont coutume d'assister à ces sortes de cérémonies «. MgrRollet ne manqua pas de publier un chaleureux Mandement d'actions de grâces, Mandement aussitôt expédié à toutes les églises du diocèse, saufàTéglise schismatique. « Les fidèles de Roquebrun ne purent faire éclater au pied des autels la joie que leur inspirait l'événement le plus mémorable dont il soit parlé dans les fastes de l'histoire » et, cela, parce que le Mandement épiscopal n'avait pas été envoyé au soi-disant curé. Le maire s'empressa défaire parvenir jusqu'au trône impérial l'accent de sa douleur contre ce qu'il appelait un « système d'excommunication «.Démarche infructueuse.
Mgr Fournier, successeur de Mgr Rollet, porta Bouloc sur la liste « Prêtres constitutionnels persévérant dans leur schisme » et lança contre lui un interdit (28 août 18 16).
Cf. Arch. de l'Hérault, L, 444, et U. V. Matériaux à classer ; — Arch. de TEvêché.
"BOUSQUET (Pierre-Marie-Martin),
vicaire-jureur à Saint-Pons, avait transformé en chapelle une grande pièce de sa maison, où il réunissait quelques adeptes, dont la plupart étaient de vieilles femmes qui, pendant les jours néfastess, avaient adoré la déesse Raison. Il disait le messe et chantait même les vêpres les jours de dimanches et de fêtes . Mgr Fournier l'avait rangé parmi les prêtres « constitutionnels persévérant dans leur schisme » .
Cf. Arch. de THérault, L, 443 bis et 446. — Arch. de l'Evêché: — F. Saurel. M.-aV. Fournier, p. 156.
BROQUISSE,
prêtre Minime, religieux à Toulouse, avait été envoyé à Agde pour y prêcher ; mais Mgr de Saint-Simon ayant appris qu'il était franc-maçon et assistait aux séances, lui retira ses pouvoirs . Il n'est donc pas étonnant qu'il se fût empressé de prêter le serment schismatique . Il serait difficile de dire tous les écarts auxquels il se livra .
Devenu un des membres les plus actifs des clubs de Bordeaux, il s'appliquait à faire arrêter les prêtres qui cherchaient à quitter le royaume, il les faisait emprisonner et déporter. A Toulouse, il servit comme prêtre jureur dans différentes paroisses, où il se faisait déléguer par l'évêque-intrus. Quelquefois même il se présentait spontanément dans les églises qu'il dévastait et profanait autant par ses mœurs dépravées que par ses larcins sacrilèges et impies.
Il parvint à Bessan où, ayant bien déjeuné et ne doutant pas qu'on le sût, il s'avisa de dire ce qu'on est convenu d'appeler une messe blanche, c'est-à-dire une messe pendant laquelle il ne consacra pas; ce qui scandalisa si fort les patriotes qu'ils le congédièrent. Mais l'apostat dont l'amour-propre était fort peu délicat, se contenta de se transporter à Vias, paroisse voisine, prenant ses repas dans un cabaret, où il trinquait avec les clubistes.
C'était là que Dieu l'attendait pour le frapper d'un coup qu'il ne prévoyait pas . On parlait de la promesse de fidélité que le gouvernement venait de proposer et au moyen de laquelle les prêtres demeurés fidèles pourraient librement exercer le culte catholique. Cette disposition était trop contraire aux sentiments de l'ex-père Broquisse pour ne pas remuer sa bile . Comme il se croyait la liberté de tout dire, il blâma ouvertement et très fort le gouvernement d'avoir ouvert cette porte aux réfractaires et s'éleva sans ménagement contre lui, disant qu'on se repentirait bientôt de cette mesure. Immédiatement dénoncé à Béziers comme séditieux, un mandat d'arrêt fut aussitôt lancé contre lui par le sous-préfet.