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IV. Lts Martyrs et Confesseurs de la Foi

SAVY (Jacques) y

curé de Clermont. Né en 1743, à Pézenas, Savy fut élevé chez les Oratoriens de cette ville. Il étudia la théologie au séminaire d'Agde, où il se fit remarquer par sa haute intelligence et l'ardeur de son caractère. Il ne tarda pas à fixer sur lui l'attention de Mgr de St-Simon, dans les examens que ce prélat était dans l'habitude de faire subir aux élèves de cette maison, afin d'être en état de juger par lui-même de leur capacité et de leurs progrès. Il reconnut son esprit droit, la netteté de ses idées et leur justesse; sa facilité d'élocution et le sang-froid avec lequel il les exprimait.

Aussitôt après son ordination à la prêtrise, il lui confia la paroisse de Villeveyrac, qui ne fut pour lui qu'un fructueux noviciat. Puis, il l'appela au 12* canonicat de Pézenas auquel était unie la cure de Saint- Jean de cette même ville. Toujours prêt à monter en chaire et à remplir les fonctions pastorales, il abusait de ses forces et de son tempérament, travaillant jour et nuit au salut de son troupeau.

Lorsque la Révolution vint interrompre les efforts de son zèle, il ne balança pas à repousser le serment et chercha même à communiquer quelque chose de sa fermeté aux 15 ou 16 ecclésiastiques dont se composait le chapitre collégial et le reste du clergé de la ville, comme aussi aux religieux capucins et cordeliers. Ses efforts furent perdus pour quelques uns d'entre eux. Quant à lui, ferme et bien décidé à tout abandonner pour Dieu, il quitta son église paroissiale et se retira dans la chapelle Ste-Ursule pour y continuer l'exercice de ses fonctions curiales.

Puis, forcé par les événements, il s'embarqua pour Nice, d'où il passa dans les Etats du Pape. Mais sans attendre la fin de la tempête, il reprît, en 1799, le chemin de son pays. Il trouva la paroisse de Pézenas au pouvoir d'un certain Guy, natif du diocèse de Béziers, et nommé par l'évêque du département. Savy se tint d'abord soigneusement caché; car il savait que le curé-intrus agissait auprès des membres de la municipalité pour le faire rechercher et arrêter.

Un nommé Lauret, de Pézenas, se qualifiant a: homme de loi »,

écrivit au préfet (23 brumaire an IX, 14 novembre 1800) : « M. Savy, prêtre déporté, rentré sur le territoire de la République, il y a déjà longtemps, continue de faire les fonctions de curé, en disant que tout autre que luy ne peut pas l'être; que le citoyen Guy, prêtre assermenté, nommé à la cure de Pézenas, en exécution et en la forme portée par la loy du 26 décembre 1790, est un intrus ; qu'il n'est pas catholique et que l'église où s'assemblent les fidèles attachés à ce pasteur est une masse de pierres ; que la véritable paroisse est sa chambre, où il exerce ses fonctions et où s'assemblent, presque tous les jours, nombre de gens qu'il a séduits, ou qui n'aiment pas plus que luy le nouvel ordre des choses ». Le signataire de cette dénonciation termine en disant : « Je suis, Citoyen Préfet, l'organe de la très grande majorité de la commune.»

Trois jours après, le préfet écrit au maire et aux adjoints de Pézenas : «... Comme de pareilles manœuvres ne tendent à rien moins qu'à exciter les citoyens contre les citoyens ; que, d'ailleurs, nul prêtre déporté ou déportable ne peut demeurer sur le territoire de la République sans avoir fait la promesse de fidélité à la Constitution... Ordonne de notifier cette défense, ou de sortir du territoire (26 brumaire an IX, 17 novembre 1800).

Savy ayant tait la promesse de fidélité qu'on lui imposait, put prendre possession de l'église des Ursulines ; celle de l'ancienne collégiale étant encore au pouvoir de l'intrus.

Après la publication du Concordat, le gouvernement demanda aux curés et desservants de chanter un Te Denm d'actions de grâces et s'adressa directement à ces ecclésiastiques, sans se mettre en peine d'avoir à recourir aux autorités diocésaines. Ainsi le sous-préfet de Béziers écrivit au maire de Pézenas, et celui-ci transmit l'ordre au curé Savy.

L'abbé Savy répondit le 10 fructidor an X (22 août 1802) : «... Les supérieurs ecclésiastiques établis par le Cardinal-Légat ont eu soin de m'instruire de l'intention du gouvernement... Le Te Denm sera chanté !»

Sur ce, le maire se plaint.au sous-préfet de Béziers, le 11 fructidor, que le citoyen Savy, desservant de Sainte-Ursule, lui a écrit d'une ma-

nièretrès insolente, et le sous-préfet transmet cette plainte au préfet (le 13 du même mois), ajoutant: «" il est dans cet arrondissement des prêtres qui ne veulent pas connaître l'autorité administrative et qui se croiraient damnés s'ils obtempéraient aux actes qui émanent d'elle. »

Cette affaire du Te T)eum en amena une autre. En effn, peu de jours après, le maire de Pézenas écrivait de nouveau au sous-préfet ; sous le n" 683 : « La réponse que me fit le prêtre Savy à Tordre que je lui transmis de votre part à chanter un Te T)eum, réveilla la surveillance que j'avais sur sa conduite. J'appris qu'après les offices divins on ne priait pas chez lui pour la République ni pour les Consuls. J'ordonnai au commissaire de police de se transporter à l'église desservie par le prêtre Savy et de lui demander une réponse positive à raison de sa résistance à faire une prière ordonnée par le chef de la religion catholique et de dresser procès-verbal de son dire ».

Mais le commissaire et le sous-préfet n'eurent rien à reprendre dans la réponse que fit le succursaliste. On aurait voulu le trouver en défaut. On se mit à éplucher son passé. Le maire de Pézenas écrivait au préfet par l'intermédiaire du sous-préfet (12 fructidor an X, 30 août 1802) : « Le prêtre Savy était curé de la paroisse Saint-Jean de Pézenas, avant la Révolution, il sortit du territoire de la République. Depuis qu'il est rentré, il y a environ trois ans, il a dit continuellement des messes dans les chambres, lorsque l'exercice du culte était interdit, affectant toujours le plus outré fanatisme, rebaptisant, remariant et entretenant des correspondances avec les prêtres voism^ qui, comme lui, attendaient tous les jours une contre-révolution. Quand il a été admis a faire sa soumission, pour éviter les scandales qui se renouvelaient tous les jours, je crus devoir lui permettre d'exercer son culte dans l'église de Sainte- Ursule, qui est le seul édifice national qui reste invendu . Depuis lors, il n'a pas manqué de témoigner le plus grand mépris pour les prêtres assermentés et pour tous ceux qui étaient attachés à la République. »

Son zèle pour le salut des âmes, son talent pour la prédication le

firent remarquer de Mgr Fournier. Ce .prélat le désigna pour aller donner des missions dans le département du Tarn qui faisait à cette époque partie du diocèse de Montpellier. L'abbé Savy se livrait avec toute Pardeur de son zèle à ses travaux évangéliques lorsqu'il reçut sa nomination de chanoine honoraire (13 février. 1809), et peu après celle de curé doyen de Clermont-l'Hérault (i'*" juin 18 10). Sa première apparition au milieu des fidèles de cette ville, réunis pour la cérémonie d'installation, eut lieu dans l'église des dominicams. Le jour de la fête de l'Ascension, l'église paroissiale étant fermée prur cause de réparations urgentes. Sa haute taille, sa démarche fière et noble, frappèrent l'attention des assistants. Tout le monde se leva spontanément et admira la dignité imposante du nouveau curé. Quand il parut en chaire, sa voix puissante, sa diction, son éloquence subjuguèrent tous les coeurs.

Le curé Savy prenait possession de sa nouvelle paroisse dans un moment difficile. Néanmoins, à peine installé, il se mit courageusement à l'œuvre ; mais les tracasseries ne lui furent pas épargnées de la part du chef de l'administration municipale. Malgré l'énergie de son caractère, il ne put tenir à cette situation : dévoré d'ennuis, fatigué de luttes, qui duraient depuis trois ans, il tomba malade, se retira dans sa famille, à Pézenas,^ et mourut à l'âge de 68 ans, laissant après lui le souvenir d'un prêtre dévoré du zèle de la maison de Dieu.

Cf. Ms. de Tabbé de Gohin. Etat du Clergé du diocèse d*Agde. — Arch. de THérault, L. 346 et 443, V, I. Clergé catfjolique; — Ms. communiqué par Tabbé Théodule Durand, curé de Saint-Pierre de Lodève; — A. Durand, Biographie Clermontaise, p. 71, Hist. du dép. de V Hérault, IL 120 et IV. 82.

SAYE (Jean),

curé de Saint-Gély-du-Fesc, condamné à la déportation par jugement du Tribunal criminel de l'Hérault (16 nivôse an II, 5 janvier 1794). Le Département donne Tordre de le retenir dans la Maison d'Arrêt, en attendant que l'on indique un lieu de rassemblement (28 pluviôse an II,

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