I. Les Constitutionnels
Vous n'ignorez pas, sans doute, qu'il n'est aucun ecclésiastique fonctionnaire public de cette ville qui ait prêté le serment. 11 n'est aucun moyen de séduction que les grands Vicaires et Chanoines n'aient mis en œuvre pour dissuader les curés de campagne de le prêter et séduire la conscience du peuple. Ils poussent la démence au point de faire faire la première communion à des enfants de 7 à 8 ans. Que n'ont-ils pas fait et que ne feront-ils pas encore ! »
Gouttes répondit bientôt au Directoire d'Autun que les faits dont on lui parlait l'affligeaient beaucoup et doublaient son désir de se rendre au plus tôt à Autun, mais qu'il était arrêté par les retards qu'éprouvait son sacre. En attendant, il leur envoyait mille exemplaires de sa lettre-circulaire, bien propre, croyait-il, à ramener (aux bons principes) les prêtres récalcitrants, et « à dissiper les doutes de ceux qui sont incertains sur la conduite à tenir, relativement au serment exigé par la loi ».
Hélas ! les arguments de l'intrus n'étaient pas aussi péremptoires qu'il le pensait : on le lui fit bien voir. Ses circulaires, son apologétique en particulier furent victorieusement réfutées par une longue lettre intitulée : Lettre de plusieurs curés du département de Saône-et-Loire, par une autre signée de plusieurs prêtres du diocèse et par d'autres écrits encore.
Gouttes fut enfin sacré, à Paris, le 3 avril, quatrième dimanche du Carême, par Talleyrand^ et, le jeudi suivant, il arrivait à Autun et était installé le dimanche de la Passion, 16 avril, après avoir préalablement prêté vSerment, à la cathédrale, en présence de la municipalité. Il consacra son premier Mandement à rééditer dans d'autres termes les arguments déjà présentés dans son Apologétique pour légitimer la Constitution civile du Clergé.
Bientôt le Directoire d'Autun trouva que le palais épiscopal était trop considérable pour un évêque constitutionnel et voulut l'en chasser. Il consentit cependant, au moms pour quelques mois, à lui en laisser une partie ; mais en lui faisant expier cette concession par de nouvelles taqui-
neries. Des procès lui furent intentés pour avoir détérioré Tévêché ou en avoir enlevé divers objets mobiliers, et il fut condamné à payer une somme de plus de 2000 livres. Peu après, la distribution d'un de ses Mandements fut interdite et son autorité contre-carrée de toutes façons.
En réalité. Gouttes avait conservé un reste de droiture naturelle qui ne lui permettait plus de sympathiser avec les chefs du parti révolutionnaire. Il désapprouvait le régime de terreur que Ton voulait implanter en France, et ne sut pas assez dissimuler ses sentiments à cet égard. Un jour, dans un dîner, après les cérémonies de la confirmation, la conversation tomba sur les événements de Paris et en particulier sur la mort de Louis XVI. Gouttes s'appitoya sur la mort de cet infortuné monarque, et osa même dire, en présence de tous ses convives, que le Gouvernement républicain ne convenait pas à la France, « que la France était bien grande pour rester longtemps république ». Cette réflexion le perdit. Il fut aussitôt dénoncé par deux des convives.
Arrêté le 7 janvier 1794 et incarcéré à Autuii, le pauvre évêque trouva dans sa prison, comme compagnons d'infortune, une troupe de royalistes qui l'accueillirent par un charivari désordonné. Toutefois il sut se montrer si convenable qu'ils lui témoignèrent bientôt le regret de la conduite tenue à son égard. Les agents du Comité révolutionnaire étaient moins faciles à toucher et se montrèrent assez rudes envers lui. Dans une lettre adressée au Comité, il se plaint qu'on lui a même enlevé son bréviaire, et invite l'Administration à envoyer quelqu'un pour voir comment les choses se passent dans la maison de détention. Son séjour dans cette maison ne fut pas d'ailleurs de longue durée. Sous l'inspiration d'un de ses anciens vicaires épiscopaux, qui l'avait dénoncé et qui le poursuivait de sa haine, le Directoire d'Autun prit l'arrêté suivant : « Attendu que les propos dont est accusé le citoyen Gouttes tendent au rétablissement de la Monarchie et provoquent l'avilissement de la représentation nationale, ce particulier sera traduit au tribunal révolutionnaire, et il sera envoyé copie de? pièces ci-dessus relatées » .