‹ L'ancien clergé du diocèse de MontpellierChapitre 56 sur 324 · II. Lts Rétractants · texte numérisé non relu

II. Lts Rétractants

d'arriver à une position relativement calme et d'ailleurs honorable, qui lui laissait toute liberté pour ce qui tenait à sa résipiscence religieuse et qu'il pût se conserver longtemps, grâce à sa haute intelligence. Le prince Eugène de Beauharnais, vice-roi d'Italie (1805) se l'attacha et en fit un de ses ministres.

Ce fait est peu connu, du moins dans notre contrée, mais nous en avons trouvé des preuves matérielles, avec tous les détails désirables chez l'honorable M. Michel Gagne, (4, rue d'Alger, à Montpellier). Héritier de M. Sébastien Rey, lequel fut le légataire universel de l'abbé Bary, son oncle. On conserve au Musée de Montpellier (sous le n° 745) un buste en marbre blanc, de grandeur naturelle, représentant l'ancien curé de Saint-Denis. C'est un don fait à la ville en 1854, par M. Sébastien Rey.

Dieui toujours bon et miséricordieux, eut pitié de l'ancien curé constitutionnel, ex-ministre du vice-roi d'Italie, et lui accorda la grâce de reconnaître et de déplorer ses égarements. Quelques années avant sa mort, il se retira sur une de ses propriétés du département de Saône-et- Loire et déposa chez M' Delavaivre, notaire à La Motte-Saint- Jean, un testament olographe daté du 24 octobre 1830, et écrit à Milan. Ce testament lui fait honneur et renferme des dispositions en faveur des indigents et de certaines bonnes œuvres. Il veut que ses obsèques soient très simples, sans aucune pompe et telles qu'on les pratique pour les plus pauvres prêtres, désirant seulement que l'on réunisse à son convoi les personnes les plus pauvres de la paroisse où il mourra. Et, afin que les personnes pieuses qui visitent les cimetières puissent faire une prière particulière pour le repos de son âme, il désire qu'on fasse placer sur sa tombe une pierre avec cette seule inscription : Mon Dieu, bon et clément, faites miséricorde au prêtre Jean-Baptiste Bary, né à Montpellier, département

de V Hérault, en France, le 10 décembre 1762, mort à Milan, le

Oîl il a été inhumé.

Il ne mourut pourtant pas à Milan, mais à la Bondue, hameau de la

commune de Saint- Agnan, canton de Digoin (Saône-et-Loire), le 14 avril 1834, dans la 74* année de son âge.

Cf. Arch. municip. de Montpellier, GG, no 73, folio 214 et D. 4. -- Arch. de THérault, L 440. — Faucillon, Saint-Denis, — L. Guiraud, La Paroisse Saint-Denis, — Ernest Michel, Catalogue du Musée Fabre, de Montpellier, 1879. — Procès-verbal de l* Assemblée administrative, IV, 316. — Lettre de Vàbbé Saisset à Mgr de Malide, 18 juin 1796.

"BAS'CESSO (Urbain),

né le 25 mai 1746. Curé de La Livinière, assermenté. Il exerçait le culte à Ferrais (10 vendémiaire an VI, i**^ octobre 1797), Après rétractation, il fut nommé succursaliste à Montoulieu, lors du rétablissement de la religion catholique, et reçut une pension de 266 francs 66 centimes. Mgr Fournier le nomma succursaliste à Azillanet (1" octobre 1807). A l'époque de sa mort (15 mai 18 16), il était redevenu curé de La Livinière.

"BA UMEL (Hypolite- Alexandre),

né le 15 octobre 1758. Curé constitutionnel de Lacoste, avait été chargé, par Tévèque-intrus Pondérons, de procéder (de concert avec le district de Lodève) à la démarcation des paroisses dans le canton dont cette ville était le chef-lieu (19 mai 179 1). A la restauration du culte catholique, il eut le bonheur de rentrer dans le giron de la véritable Eglise et fut nomme succursaliste à Pierrerue, dans le canton de Saint- Chinian, et reçut une pension de 266 tr. 66 c. Mgr Fournier le nomma curé de Cessenon-Prades (i"^ avril 18 16); et trois ans après lui rendit son ancienne paroisse de Pierrerue (i*"^ octobre 1819. Décédé le 5 avril 1835.

Cf. Arch. de TEvêché, Reg, des Décès.

"BELLEFILLE (^Benoit),

curé de Thézan, jureur, né en 1759. Curé à Saint-Geniès (canton de Murviel), le 14 vendémiaire an VI, 5 octobre 1797. — Rétractant.

n. Les Rétractants,

Succursaliste dans son ancienne paroisse de Saint-Geniès, puis i Baillargues-Colombier, curé de Frontignan, aumônier de l'Hôpital, à Béziers. Décédé à Béliers, i" mars 1832.

Cf. Arch. de THérault, L. 443. Arch. de rEvêché. Tableau du Clergé, etc.

"BELLUGOU (Joseph),

né à Saint-Pargoire, vers 1763. Bien que docteur en théologie, il n'était encore, en 1791, que simple petit curé de Vendres, paroisse dont la population n'atteignait pas 700 âmes; mais l'empressement et l'ardeur avec lesquels il avait embrassé les idées nouvelles lui valurent de chaudes sympathies républicaines. Il s'était fait connaître par un livre ouvertement schismatique : Examen sérieux et très important de l'ouvrage qui a pour titre : Exposition des principes sur la Constitution du Clergé, par les évéques députés à FtÂssemblée Nationale ou typologie des Décrets sur la Constitution civile du Clergé (Béziers, Fuzier, i79i,in-8" de 236 pages). Dans ce travail l'auteur cherche à établir que l'Assemblée nationale, par ses décrets sur le clergé, n'a point dépassé les bornes de son pouvoir; qu'elle n'a porté aucune atteinte à l'autorité ecclésiastique. Il va plus loin :ft Quand même, dit-il, l'Assemblée Nationale se serait véritablement rendue coupable d'usurpation; quand même elle aurait attenté à la puissance de l'Eglise, c'est maintenant, ou ce ne fut jamais le cas, d'user envers elle de la plus grande condescendance et de s'empresser de couvrir par la charité toutes les contraventions aux saints canons ».

Pour tenir un pareil langage était-il bien nécessaire d'être coiffé du bonnet de docteur en théologie ?

Peu après^ le curé de Vendres publia une autre brochure :c< Les bons Français justifiés du reproche de schisme, ou tApologie des citoyens qui ont juré de maintenir de tout leur pouvoir la Constitution décrétée par l'assemblée Nationale et acceptée par le %pi. » (Béziers, Fusier, 1791, 67 pages in-12.) L'épigraphe, sorte d'antiphrase, porte :« Solliciti servare, unitatem spiritûs.

a] L'ANCXtN CLIRGâ OU DIOCiSB DS UOMTnLLm .

U Ancien Clergé du diocèse de Montpellier.

in vinculo pacis. — Travaillons avec soin à conserver l'unité d'un même esprit, par le lien de la paix, (Eph. IV, 3).

L'auteur veut résoudre ces deux questions : i® Quels sont les caractères distinctifs d'un véritable schisme ? 2^ Ces caractères distinctifs peuvent-ils convenir aux bons Français ?

Par bons Français, — cela va sans dire, — il entend les partisans de la Constitution civile du Clergé. Les deux questions sont traitées de manière à pouvoir arriver à cette conclusion :« Nous trouvons dans les décrets de la Constitution civile du Clergé les motifs et les moyens de rendre à jamais stable dans tous les cœurs l'autorité du Souverain Pontife et le profond respect qui lui est dû.»

Ceci ne rappelle-t-il pas le : Je te salue, ô %oi des Juifs !

Avec de pareils sentiments, jurer fidélité à la Constitution civile était la moindre des choses et Bellugou démontrait assez clairement qu'il était digne de seconder l'action de l'évêque-intrus. En effet. Pondérons le choisit pour un de ses « vicaires épiscopaux » et, presque en même temps, le corps municipal de Montpellier lui offrit la cure de Sainte- Anne. A la réception de la lettre du procureur-syndic, écrite au nom des membres du conseil, Bellugou répondit par la missive que nous reproduisons textuellement :

c( Messieurs, les honnêtetés dont votre lettre est remplie, les témoignages d'attachement que vous m'y prodiguez, Taffection pour moi qu'elle respire, ne peuvent que déchirer mon cœur. Monsieur l'Evêque a voulu, il persiste à vouloir que je sois un de ses vicaires; vous savez ce qu'exige un dévouement entier à la Constitution. Puis- je, Messieurs, résister à la volonté de notre Evêque ? de Monsieur Pondérons? Le choix de Messieurs les Electeurs m'avait honoré; je fus bien flatté par l'accueil que me firent les bons citoyens. Votre civisme surtout, Messieurs, me faisait espérer, m'assurait même les secours les plus efficaces, les plus douces consolations : mon séjour à Montpellier... Vous dirai-je, Messieurs, qu'il me faisait soupirer ardemment après

n. Lts Rétractants.

l'instant heureux où je pourrais y fixer à jamais ma demeure ? Notre vénérable Pasteur dispose de moi contre mon attente; je puis le dire : contre mes désirs. Messieurs, il est si digne d'être, il est sous tant de rapports l'organe de Dieu ! Faut-il lui résister, s'il exige des privations ? Je ne crois pas d'ailleurs que la dignité des élections soit compromise, le choix de Monsieur l'Evêque est bien propre, ce me semble, à en relever l'importance. Ce choix laisse encore exister plusieurs rapports entre la paroisse Sainte-Anne et moi.

a Agréez, Messieurs, mes raisons, approuvez mon obéissance; c'est une nouvelle preuve de votre attachement que j'ose réclamer. Ce sera de votre part un nouveau titre, un nouveau droit à ma reconnaissance. Toutes les fois que le devoir le plus impérieux ne m'empêchera pas d'être maître de moi, vous me verrez voler où vos désirs m'appelleront. » (29 avril 179 1).

Pondérons, de son côté, content et satisfait de pouvoir compter l'ancien curé de Vendres au nombre de ses vicaires épiscopaux, joint ses instances à celles de Bellugou et adresse au maire et aux officiers municipaux de Montpellier une lettre par laquelle il déclare que cet ecclésiastique, élu curé de Sainte-Anne, a été nommé par lui « vicaire de l'église cathédrale du département » et qu'il lui est impossible de venir prendre possession.

Néanmoins, la municipalité revient à la charge et prend la délibération suivante :

« Le corps municipal, considérant la nécessité absolue que l'abbé Bellugou n'abandonne pas dans le moment présent la cure de Sainte- Anne, et combien il importe de se hâter de le décider à venir en prendre possession; arrête de lui faire une députation de deux membres qui se rendront de suite à Béziers, afin de l'engager par tous les moyens à se rendre incessamment à Montpellier, pour y être installé curé de Sainte- Anne » (29 avril 1791).

Poussé dans ses derniers retranchements, le nouveau vicaire

épiscopal ne trouve d'autres moyens de se débarrasser des importuns Montpelliérains, qui veulent absolument une installation simultanée des quatre curés, que d'accepter sous condition : « Si Ton ne parvient pas à trouver un candidat convenable et définitif, il ira prendre possession et administrera provisoirement la paroisse. »

A leur retour de Béziers,' les commissaires rendent compte à leurs collègues du résultat de leur voyage. Mais on n'a pas cherché de remplaçant et on ne veut pas en chercher; le temps presse. On écrit denouveau à Tabbé, on le prie de tenir sa promesse et de prendre ses dispositions pour être rendu à Montpellier, de façon à être installé le 15 mai (1791).

Le' vicaire épiscopal cède aux instances dont il est l'objet et accepte. « Je suis, écrit-il, dans la disposition formelle de prêter mon serment civique, conformément à la loi, le jour que M. le Maire de Montpellier le jugera convenable. »

« Par pur patriotisme », Bellugou s'était exécuté et comme les trois autres curés constitutionnels avait été mis en possession manu militari ^

Mais, comme à raison des circonstances, il n'avait pas eu le temps de se procurer les meubles nécessaires à son logement, il pria la municipalité de vouloir bien y pourvoir provisoirement. Le couvent des ci-devant Carmes du Palais était vide et le mobilier des religieux, « devenu propriété nationale » était sous les scellés... On permît au nouveau curé de s'en servir. « Du cuir d'autrui, large courroie ! »

Tout curé de Sainte-Anne qu'il était devenu, Bellugou n'avait point perdu la confiance de l'évêque départemental. Il était resté son tonde de pouvoir officiel auprès des autorités civiles. Pondérons, en lui envoyant son Mandement pour qu'il en fît la lecture à ses paroissiens, lui en fit tenir un certain nombre d'exemplaires pour les Directoires du

I. On peut voir dans notre Histoire religituse du Département de l'Hérault ^ les curieux détails de cette cérémonie plus militaire qu'ecclésiastique.

n. Lts Rétractants.

Département et du District, ainsi que pour la municipalité et pour la Société des Amis de la Constitution.

Le curé-jureur pensa que cet envoi l'obligeait à quelque chose en l'honneur de l'expéditeur; il invita le Directoire du District à se rendre dans son église pour assister au Te Deutn d'actions de grâces, ordonné pour l'achèvement de la Constitution et son acceptation par le Roi. Les membres du District se trouvèrent fort embarrassés ; désireux d'être agréables à l'abbé Bellugou, mais ne pouvant se diviser et se rendre dans plusieurs églises, ils délibérèrent que chacun d'eux conserverait à cet égard sa liberté personnelle et assisterait en son particulier à la cérémonie dans l'église de son choix (22 octobre 1791).

Nous n'avons pas à rechercher quelle fut la nature et quelle fut l'intensité du zèle déployé par le pasteur-intrus de Sainte-Anne. Le fait suivant, à lui seul, illumine cette question.

Sous la Terreur, ce n'étaient plus des serments qu'on demandait des jureurs; mais leur apostasie. Bellugou se soumit à cette humiliante démarche. Bien plus : il entraîna dans sa chute ses deux vicaires Cavalié (Jean- Victor) et Guiraud (Barthélémy- Antoine-Bernard); envoya leurs lettres de prêtrise avec les siennes au procureur général qui les remit à la Société populaire de Montpellier et celle-ci les transmit au Département. Le Conseil donna acte de cette livraison, et arrêta qu'il en serait fait mention honorable au procès-verbal de la séance. (15 frimaire an II, 5 décembre 1793).

. Cette infamie valut à son auteur une pension annuelle de 3000 livres.

Devenu pensionnaire de l'Etat et n*ayant plus rien à craindre, Bellugou quitta sans regret sa paroisse et la ville de Montpellier, où sa présence n'avait plus sa raison d'être et se retira dans son pays natal, Saint-Pargoire, où il devint procureur de la commune. Ce qui ne l'empêcha pas, après la chute de Robespierre, de reprendre publiquement, dans l'église de Saint-Pargoire même, les fonctions ecclésiastiques. Ce dernier détail nous est fourni par une lettre que l'abbé Saisset (futur

curé de Lunel) écrivait à Monseigneur de Malide, résidant à Londres (i8 juin 1796).

Lorsque, peu après, toute liberté eut été rendue au culte constitutionnel, l'ancien intrus de Sainte-Anne reprit sa place. Personne parmi les jureurs n'osa blâmer sa conduite et lui jeter la pierre. Il fut même délégué par eux pour les représenter au prétendu concile national qui devait s'ouvrir à Paris, dans l'église Notre-Dame, le 15 août 1797.

Au rétablissement du culte catholique Bellugou fut laissé de côté par Mgr RoUet, qu'il avait cependant reconnu comme évêque légitime de Montpellier, le 14 messidor an X (3 juillet 1802). Mgr Fournier tint à son égard la même conduite, à cause de la grande infidélité qui pesait sur son sacerdoce.

Il vivait depuis longtemps retiré au Vigan et consacrait ses talents et ses profondes connaissances en philosophie et en théologie à la rédaction de deux savants ouvrages de controverse contre les nouveautés de l'abbé de Lamennais :« T)e la nécessité et des avantages de la philosophie individuelle; Lettre à M. F. de Lamennais ». (Montpellier, Virenque, 182 1 et 1822, in-8®). — « Essai de réfutation du système de M. de Lamennais. » (Paris, Chanson, 1822, in-8").

Saint Paul avait autrefois combattu contre le Christ et son Eglise. Renversé sur le chemin de Damas, de persécuteur il était devenu apôtre. A son exemple l'abbé Joseph Bellugou s'était converti du tout au tout et, de curé schismatique, s'était humblement rangé parmi les défenseurs de la vérité catholique. Sa foi s'était épurée par la prière et la méditation, par l'étude et par une vie laborieuse et retirée. Il sentait le besoin et le devoir de reprendre généreusement les fonctions de son sacerdoce : mais il comprenait combien il lui serait difficile de se faire accepter dans le diocèse de Montpellier, et trouva plus simple de s'adresser à Tévêque de Nîmes, dans le diocèse duquel il avait depuis longtemps fixé sa résidence. Mgr de Chaffoy le reçut avec bonté, en exigeant tout d'abord de ce converti dépassant la soixantaine qu'il s'enfermât au Séminaire, pour y

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