II. Lts Rétractants
faire en quelque sorte une pénitence publique de ses égarements et de ses scandales.
Humble et soumis, Tabbé Bellugou resta six mois dans cette maison, obéissant et régulier comme un jeune séminariste; ne demandant pas sa réconciliation, s'estimant heureux d'avoir l'espérance de l'obtenir un jour. Admis enfin à célébrer les saints mystères et à annoncer même la parole de Dieu, dans une des églises paroissiales de Nîmes, il avait à la fois édifié, instruit et touché.
Informé de ce qui se passe; connaissant d'ailleurs et appréciant à leur juste valeur les grands talents et la vaste science du vieux néophyte, l'Evêque prend une résolution; il le met en évidence dans tout son diocèse et, par un acte plein d'une sainte hardiesse (critiqué par plusieurs), le nomme inopinément curé de sa cathédrale.
Les premiers jours de ce ministère furent infiniment pénibles; le nouveau curé était accablé de dédains et abreuvé d'amertumes; mais, dans les jours de sa pénitence, il avait appris de Jésus-Christ à être comme lui, doux et humble de cœur. Aux dédains il opposait les prévenances; à l'injure il répondait par la charité. Ses instructions révélaient le médecin des âmes, qui avait appris à compatir aux misères des autres par celles qu'il avait lui-même souffertes; et puis, il priait et mettait sa confiance dans Celui qui l'avait envoyé. Ainsi l'opposition devenait moins grande; si on craignait l'homme du passé, on ne pouvait s'empêcher d'estimer, d'aimer même l'homme du présent. Aujourd'hui, on essayait une visite, demain un rapport sur les choses du ministère; et, peu à peu, on sentait comme malgré soi, naître la confiance, lorsque le nouveau curé, prêchant le panégyrique du chef des Apôtres, eut demandé à son auditoire, avec une adresse admirable et la plus touchante humilité, si le triple reniement de saint Pierre avait empêché Jésus-Christ de l'établir chef de son Eglise.
Dès ce moment, les bons catholiques de Saint-Castor se reprochèrent ce qu'ils appelaient leur injustice à l'égard d'un pasteur digne de tout
U Ancien Clergé du diocèse de Montpellier.
leur respect; l'empressement auprès de lui devint extraordinaire; son confessionnal ne désemplissait pas; on voulait qu'il présidât à toutes les œuvres, et il présidait à toutes avec édification et succès. Trois années s'écoulèrent ainsi.
Le bon curé, dévoué tout entier au bien de ses ouailles et à la gloire de son Dieu, désirait mourir, comme il le disait souvent, les armes à la main. Ce vœu sacerdotal fut exaucé et le 27 avril, à 4 h. du soir, venant de donner à un malade les consolations de l'éternité, il s'asseyait au tribunal sacré, lorsque sonna son heure dernière. La main d'un prêtre se leva sur lui pour l'absoudre encore une fois, et le prince des pasteurs le reçut dans son sein.
« L'instruction religieuse propagée, les sacrements fréquentés avec un zèle nouveau, toutes les bonnes œuvres encouragées et par dessus tout un honneur sacerdotal réparé, de grands et beaux exemples effaçant une grande faute ; un prêtre mourant en saint, qui serait peut-être mort sans espérance clirétienne : tels furent les résultats du passage de M. Bellugou au milieu de nous, « dit un historien. »
Cf. CouDERC. Vie de M^r de Chaffoy, ancien évéque de Nînies, tome II, pages 293-296. — Arch. de l'Hérault, L. 445. 'J^. des Délïb.du District de Montpellier. — Procès-verbaux de TAssemblée administrative, IV, 364 ; — Arch. municipales de Montpellier, D. 3 . ^g. des Assemblées municipales et des Délib.; 'J^. des Arrêtés municipaux; — Hist. relig. du dép, de VHérauU et M. N. Fournier, passim .
"BÉLOT (Augustin),
né le 27 août 1762, assermenté. Etant curé constitutionnel de La Livinière, il assista au synode de Béziers. Il exerçait encore le ministère à La Livinière, le 28 vendémiaire an VI (i" octobre 1797). Après sa rétractation, il devint succursaliste d'Oupia et Beaufort, avec pension de 266 francs 66 centimes. Il fut ensuite transféré à la paroisse Saint-Julien (26 octobre 18 14).
IL Les Rétractants.
"BERTRAND {Georges),
né le 9 janvier 1740, dans Tancien diocèse de Béziers, jureur, courtisan de l'intrus Pouderous, s'était fait nommer par lui curé de Saint-Sever d'Agde; mais peu content du revenu de cette paroisse, il livra ses lettres de prêtrise et se retira. Le cinquième jour complémentaire de l'an V (21 septembre 1797), il fit le serment de haine à Agde. Après s'être rétracté, il fut nommé succursaliste à Poussan.
Cf. Ms. de Tabbé de Gohin, et Arch. de THérault, L. 446.
"BLANC ("Pierre),
né le 4 mars 173 1. Sous l'administration de Pouderous, il était curé de Gabian, avec le titre d'archiprêtre. Il signa comme tel les actes du synode de Béziers. Il habitait Roquessels (12 vendémiaire an VI, 3 octobre 1797), après avoir livré ses lettres de prêtrise au district de Béziers. Il eut le bonheur de rentrer dans le devoir et se rétracta. Nous le retrouvons succursaliste aux Aires, à la restauration du culte et succursaliste à Hérépian, le 30 octobre 1809
Cf. Arch. de l'Hérault, L. 443.
"BIGOL (Tierre),
né en 1764. En 1807, succursaliste à Portiragnes, pension 266 fr. 66 c. Décédé le 8 octobre 18 16.
Cf. Tableau du Clergé.
"BLAY (Jean),
cordelier jureur, né à Saint-Thibéry, le 26 juin 1736, avec des talents au-dessous du médiocre, embrassa la vie religieuse chez les Observantins de Pézenas, dont la maison, située dans les faubourgs, avait de la peine à se soutenir. Cet ordre avait à Florensac un autre établissement d'une si minime importance qu'elle ne comptait que deux membres. Dans les
derniers temps de la monarchie, cette maison était dirigée par le P. Blay. Celui-ci l'abandonna de lui-même, s'empressa de se séculariser et de prêter le serment constitutionnel. Peu après, il vit d'un œil indifférent la suppression de son ordre et la vente, faite au nom de la nation, de la maison confiée autrefois à ses soins. Cette conduite le mettait à Tabri de la persécution et lui valut d'être nommé à la cure de Quarante, et c'est en cette qualité qu'il signa les actes du synode de Béziers. Il devint ensuite curé de Marseillan, avec traitement de 2.400 livres. Il usurpait la place de l'abbé Lau, jeune prêtre de zèle et de talent, qui, lui-même avait succédé à M. Vial, autre pasteur de grand mérite. Il ne tarda pas à livrer ses lettres de prêtrise au District de Béziers.
Mais, au rétablissement du culte catholique, les évêques n'étant pas libres de repousser tous les jureurs, Blay fut nommé succursaliste à Boussagues et Clairac (canton de Bédarieux), plus tard, à Saint-Xist (même canton) et enfin à Cabrières, canton de Montagnac, avec pension de 266 fr. (>(> c. Il mourut dans cette dernière localité, le 22 juin 1823, Mgr Foumier le disait :« Très faible et peu estimable ».
Cf. Ms. de Tabbé de Gohin, p. 99; — Arch. de THérault, L. 446. — Arch. de TEvêché. "iZJff. des Décès, — Almanach ecclésiastique, pour 1807; — Ms. de Mgr Fournier, Liste des prêtres assermentés^ p. 3, et Tableau du Clergé, p. 189 et 191.
"BONNAVEL (Jean-Baptiste),
né le 7 octobre 1764. En 1807, il était succursaliste à Sainte-Croix de Quintillargues et de Fontanès, avec pension de 266 francs 66 centimes. Nommé succursaliste à Lunel-Viel (16 septembre 1807), curé de Murviel (25 avril 1809). « Mauvaise tête » au dire de Mgr Fournier.
Cf. Arch. de TEvêché ; Tableau du Clergé du diocèse de Montpellier fait en i8op,
'BONNEL (Antoine),
curé de Saint-Paul de Narbonne, natif de Saint-Chinian, avait prêté le
n. Les Rétractants.
serment, mais, peu après, il le rétracta publiquement (17 vendémiaire an VI, 8 octobre 1797). Il devenait par là sujet à la déportation.
BONNEL (Jacques),
vicaire à Saint-Paul de Narbonne, frère du précédent, jureur et rétractant comme lui.
Cf. Arch. de THérault, L. 443.
"BONNEFILLE (Joseph),
né le 12 avril 1740, était prieur curé de Liaussan, de 1767 à 1790. Il refusa d'abord le serment, puis jura et reçut la promesse d'une pension de 1200 livres.
Le 8 octobre 1797, il n'exerçait aucun culte, depuis plus de six mois. Après rétractation, il fut maintenu à Liaussan comme curé, avec pension de 333 fr. 33. Décédé le 7 mai 1817.
Cf. Arch. de l'Hérault, L. 443, bis.
BOUDOU (Etienne),
né à Conas, le 4 octobre 1752, fit partie pendant quelque temps de la Congrégation du Sacré-Cœur de Marseille et fut ensuite cédé à Mgr de Charleval, évêque d'Agde, qui demandait au Supérieur de cet Institut des sujets pour son diocèse. Le prélat confia la classe de troisième au nouveau venu, qui fit en même temps ses études théologiques. Ordonné prêtre par Mgr de Saint-Simon, il fut pourvu de la cure de Conas, son pays natal et se consacra à la prédication. Vint le moment où la République exigea des prêtres le serment à la Constitution civile du Clergé. Boudou, sommé de s'exécuter, parut en chaire dans son église paroissiale, le dimanche 30 janvier 1791, à l'issue de la grand'messe et, après avoir clairement manifesté son attachement inviolable à la foi et à la doctrine de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, il fit le terrible
serment. Le 19 mars suivant, les électeurs du district de Béziers, réunis au nombre de 113, dans la Qthédrale Saint-Nazaire, le nommèrent curé de Pomérols, par 108 suffrages. L'élection fut proclamée à la grand' messe et l'installation solennelle, présidée par le Maire de Conas, eut lieu le 8 mai . Boudou prêta de nouveau son serment schismatique et prit la place de l'abbé Peys, curé légitime. Dans la suite, il fit le serment de haine, à Florensac ( i*' vendémiaire an VI, 20 septembre 17^7) et le serment de liberté-égalité, à Pomérols, peu de jours après. Il signa les actes du synode de Béziers, ajoutant à son nom le titre de curé de Pomérols. Persévérant dans son schisme, il déclara devant la municipalité de cette commune qu'il n'avait jamais rétracté ses serments; ce dont il reçut acte (27 messidor an VI, 13 juillet 1798). Le rétablissement du culte catholique lui permit d'ouvrir les yeux à la vérité et. de rentrer dans l'unité dont il n'aurait pas dû sortir. On le nomma succursaliste à Villemagrie et, en 1807, à Villeveyrac. Il décéda le 3 octobre 1823.
Cf. Arch. de l'Hérault, L. 443 et 446.
BOUSQUET (Joseph-Pierre-Claude),
né le 21 janvier 1763, curé de Cébazan, dans le canton de Saint-Chinian, signa comme tel les actes du synode de Béziers. Après rétractation, il devint succursaliste à Mons (canton d'Olargues, avec pension de 266 francs 66 centimes.)
Cf. Arch. de THérault, L. 443 et 446.
BRIGNET (Joseph-Marie-Vincent).
Bénédictin de Saint-Thibéry, né le 20 mars 1743, dans le diocèse de Limoges, notifia ses grades au chapitre d'Agde, le 13 octobre 1740. Il ne poursuivit pas cette notification. En effet, nous le voyons peu après entrer chez les enfants de Saint-Benoit. Sa vocation à l'état religieux ne paraît pas avoir été bien sérieuse : au lieu d'affectionner la retraite et la
n. Lts Rétractants.
solitude recommandées par sa règle, il aimait à se répandre au dehors. Envoyé dans la maison de Saint-Thibéry, composée d'une dizaine de religieux, il s'y fit bientôt connaître par son caractère intrigant. On crut le servir de son goût en lui confiant l'office de procureur de la communauté. Cet emploi favorisait trop les inclinations de Dom Brignet pour qu'il n'en abusât pas presque continuellement, sous les apparences d'affaires intéressant le monastère à traiter et à suivre avec le plus grand nombre des habitants de la localité.
Ce théâtre ne lui suffit pourtant pas. Louis XVI ayant convoqué en 1788, l'assemblée de la Sénéchaussée, à Béziers, l'ambition ne lui permit pas de céder à son Prieur, ou à tout autre officier majeur de la maison, la députation de son couvent. Il se fit nommer et assista comme délégué à cette assemblée. A partir de ce moment, on vit se manifester en lui les principes de l'esprit révolutionnaire, qui se développèrent avec rapidité. Il se tourna vers le soleil levant et vit d'un œil sec la destruction de son ordre, ne songeant qu'à ses intérêts, personnels et à se procurer à tout prix la plus grande somme possible de ressources pécuniaires. Il prêta le serment de grand cœur, espérant toucher la pension servie aux religieux apostats,fixée pour lui à 1950 livres, se faire nommer curé constitutionnel de Saint-Thibéry et toucher le casueldu clergé. Il était encouragé, dans son ambition par le curé légitime, l'abbé Pouget qui, lui, était parfaitement résolu à tout quitter, plutôt que de se souiller par la prestation du serment. Brignet s'empressa d'aller courtiser l'Evêque-intrus du département de l'Hérault, lui offi-ir ses services et solliciter la cure de Saint- Thibéry, considérée par lui comme vacante par le départ du titulaire. Il l'obtint facilement (mai 179 1) et reçut chez lui Pondérons, venu à Saint-Thibéry en prétendue visite pastorale (24^ août 179 1); puis il chercha par tous les moyens à grossir son traitement, au moyen du « casuel volontaire ». Il visita fréquemment les personnes avec lesquelles il avait été mis en relation par son emploi de procureur du monastère. Il multiplia ses caresses et ses promesses les plus flatteuses, n'épargna
U Ancien Clergé du diocèse de Montpellier.
aucune souplesse, ni aucune bassesse, pour les persuader de son zèle. Quid non mortalia pectora cogit auri sciera famés} Il prit part au Synode de Béziers, dont il signa les actes, ajoutant à son nom la qualification de vicaire épiscopal.
Il fit beaucoup de mal à Saint-Thibéry et dans le diocèse de Béziers.
L'agent municipal le somma de représenter « tous les vases sacrés et ornemensen matières précieuses. » Le pauvre moine livra 14 dalmatiques, 19 chasubles et 29 chapes, dont les galons étaient en or ou en argent ; 5 calices, i ostensoir, le soleil d'un autre ; 3 bustes en argent, 2 croix en vermeil, i en argent, une grande croix de mission en fer, avec ses consoles ; I grande rampe en fer provenant de l'escalier du clocher ; 2 petites rampes, avec pourtour en cuivre des stalles du chœur ; 5 cloches ; enfin, des aubes et beaucoup de linges d'autel. Quant aux propriétés du monastère, elles furent inventoriées pour être vendues à la criée, le 25 janvier 1793. Les bâtiments de l'abbaye, avec les maisons, cours et jardins furent payés 50,100 livres.
L'intrus exerçait le culte encore à Saint-Thibéry, le 15 vendémiaire, an VI, 6 octobre 1797. Supplanté à son tour par son ancien organiste, l'ex-Père Brignet devint greffier municipal. En 1804, il se rétracta et reçut le titre de desservant de la paroisse du Pouget, dans le canton de Gignac, il touchait une pension de 333 fr. 33 c. On lui doit cette justice de dire qu'il répara du mieux qu'il lui était possible ses anciens scandales et fit le bien. Il mourut le 8 mars 18 10, à l'âge de 67 ans.
Cf. Arch. de l'Hérault, L. 443 et 446.
BROUSSE (Jean- André) y
né le 23 novembre 1762, vicaire à Cette, prêta le serment, se mit en relation avec Fonderons et obtint de lui d'être nommé à la cure de Saint-Louis de Cette, vacante par la mort de son pasteur légitime et désertée par le jureurFabre. Sa pension fut 'arrêtée à 800 livres, non