II. Les Rétractants
en soit, le jeune De Coigne eut dans le produit de son canonicat le moyen d'aller reprendre ses études à Paris, au Séminaire de St-Nicolas du Chardonnet, où il s'appliqua à la philosophie et à la théologie, et, , de plus, au plain-chant pour servir son bénéfice, d^autant mieux qu'il possédait une belle voix de chœur.
Les choses en étaient là quand M. de Saint-Simon fut sacré évêque d'Agde. Le jeune clerc désirait vivement recevoir le sous- diaconat, afin de pouvoir monter aux stalles hautes et d'avoir voix au chapitre. Il sollicita le nouvel évêque de lui accorder à cet effet des lettres dimissoires. Après les avoir obtenues facilement, il se fit ordonner à Paris et n'eut ensuite rien de plus pressé que de repartir pour Agde, pour y jouir de la totalité des revenus de son bénéfice, dont il ne touchait qu'une partie comme étudiant. Cependant le jeune chanoine ne faisait pas montre de grand talent, et Mgr de Saint-Simon ne se pressait pas de lui conférer le diaconat et la prêtrise. Il fit un voyage à Bourges pour voir s^il serait plus heureux auprès de son évêque d'origine. Celui-ci prévenu par Mgr de Saint-Simon, présenta le même refus, fondé sur l'incapacité du sujet.
De retour à Agde, il se tourna contre son évêque de domicile, et se lia d'amitié avec les ecclésiastiques mécontents et en particulier avec l'abbé Payen, curé de Saint-Etienne, qui, pour ne point perdre sa place, fut un des premiers à prêter le serment. ,Ce pernicieux exemple fut aussitôt suiv i par le jeune chanoine qui, lui aussi, n'avait d'autre ressource que le revenu de son bénéfice : il prêta le serment constitutionnel du clergé pour conserver le traitement que la nation promettait aux lâches déserteurs de la foi catholique. Insensible aux exemples de fermeté que lui donnaient et son évêque, par le sacrifice de sa vie, et presque tous les membres de son chapitre qui aimèrent mieux tout quitter et s'expatrier pour Dieu plutôt que de trahir leur foi, il mit sa confiance dans les promesses de la nation et donna dans le schisme. On le vit, avec quelques autres jureurs, aller en surplis au devant de Pondérons,
V Ancien Clergé du diocèse de Montpellier,
l'évêque intrus venant à Agde pour y confirmer les paroissiens du S»" Payen.
La nation sur laquelle avait compté le parjure ne vint pas longtemps ni efficacement à son secours. Payé en assignats, sa pension était de 1.520 1. 3 s., il dut se mettre à faire l'école à quelques petits enfants, auxquels il apprenait à lire et à écrire.
Au mois de novembre 1801, le curé-intrus étant mort, M. de Coigne mourut lui-même, après avoir eu le bonheur de se réconcilier avec Dieu par le ministère d'un prêtre catholique.
Cf. Ms. de Tabbé de GoHiN, p. 102-104.
COMBES ÇLaurent'tAugustin),
né le 17 novembre 175 S, curé de Madières, (canton du Caylar). Assermenté. Pension 1200 livres. Rétractant. Reconnut M. Rollet pour évêque légitime, à Clermont, le 17 messidor an X (6 juillet 1802) et fut nommé succursaliste à Canet (canton de Clermont), en 1807. Pension 266 fr. 66 c.
COMBESCURES {O^atthieu-Xaymond),
né à Puimisson, le 3 mai 1759. Curé de Clermont de Razès, dans l'ancien diocèse de Narbonne. Elu dans la cathédrale de Béziers, par 94 suffi-ages sur 102 votants, curé d'Abeillan (13 mars 1791), reçut la soi-disant institution canonique de Pouderous (23 avril) et fut installé le i"" mai, par la municipalité. Pendant la messe, il monta en chaire et prêta le serment. Etant à Lodève, il livra ses lettres d'ordination (i'*'' décembre 1793). En 1801, il exerçait le culte à Colombières, mais sans être curé. Après sa rétractation, il devint, en 1803, succursaliste à Villecelle, puis il se retira au Poujol, où sans emploi, vieux et infirme, il finit ses jours.
Cf. Arch. de l'Hérault, L. 443; et V. Police du Culte ; — Procès-verbaux de V Assemblée administrative, IV, 337; — Arch. de l'Evêché de Montpellier; Tableau du Clergé, p. 213.
n. Les Rétractants.
CROUZAT (Denis)]
né à Sérignan en 1758, et attaché au chapitre collégial de cette localité. Sa pension arrêtée à la somme de 358 1. 6 s. 9 d. Prêtre, dit constitutionnel « véhémentement (sic) soupçonné » d'avoir rétracté son serment, avait donné lieu à ces suspicions par sa grande attention à ne pas communiquer avec les constitutionnels et par ses fréquentes relations avec « les fanatiques » de Villeneuve, de Sérignan et de Sauvîan, pendant qu'il exerçait le culte à Vendres, où il avait fixé son domicile. Il était en outre accusé d'avoir décidé le prêtre Soulague, de Villeneuve, à se rétracter. Dénoncé par le Département au ministre de là police générale, il s'attendait à être activement recherché. Afin d'éviter d'être emprisonné, il essaya de se cacher à Béziers; mais comme l'administration municipale du canton externe de cette ville eut vent de sa présence, elle lança un mandat d'arrêt contre lui et ordonna des perquisitions qui demeurèrent infructueuses.
Cf. Arch. de l'Hérault, L. 440 et 442 .
CURE (lacques)^
né le 14 avril 1729, curé de Saint-Nazaire de Lodarès, livra sqs lettres de prêtrise au district de Béziers. En 1803, après sa rétractation, on lui rendit cette paroisse. Pension 333 fr. 33 c.
Cf. Arch. de THérault, L. 446.
"BONNETTE (Jean-Sébastien),
jeune, né à Pézenasle 19 novembre 1762, naturellement sérieux, réussit dans ses études. Aussitôt après son élévation à la prêtrise, il fut nommé vicaire dans son pays natal et ensuite curé à Nézignan. Il se prodiguait peu vis-à-vis de ses paroissiens et se plaisait dans la solitude. Il prêta le serment constitutionnel et continua d'administrer les sacrements, délaissé et méprisé de tous. — Pension. 1200 livres. — Cependant quelques
L'Amien Clergé du diocèse de Montpellier,
généreux confrères, et même plusieurs membres de sa famille, et en particulier son frère Guillaume, plus âgé que lui, lui firent d'énergiques remontrances. Il finit pourtant par rétracter son serment dans un acte public signifié à Pouderous et à son conseil. Il reconnaissait solennellement qu'il avait été égaré par des suggestions étrangères. Craignant les mauvais traitements de ceux dont il venait de se séparer, il prit le parti de fuir et de se cacher, jusqu'au moment où la promesse de fidélité lui permit de paraître au grand jour; mais il resta au sein de sa famille; en 1803, après sa rétractation, il devint curé de Florensac (avec pension de 266 fr. 66 c. décédé le 20 mai 1834.
Cf, Ms. de Gohin; — \Jt,4mour-propre mis à l'épreuve, p. 51 ; ~- Arch. de l'Evêché. Tableau du Clergé, p. 203 et Reg. des "Décès,
DUPLATRE {Claude),
né en 1761, jureur, habitait Montpellier en Tan VI, (1797). — En 1807, aumônier de la Miséricorde à Montpellier, décédé le 3 mai 1835.
Cf. Arch. de THérault, L, 443 : et arch. de rEvéché, Reg. des décès,
OUTRE Y (Jean),
curé jureur de Cassagnoles, né le 30 mars 1741, exerçait à Cassagnoles, en 1797. — Rétractant. Succursaliste à Cassagnoles et Saint-Julien de Molières. Pension 333 fr. 33 c.
Cf. Arch. de l'Hérault, L. 443.
FABRE (Jacques),
né au Pouget, le 27 octobre 1757, jureur, pension de 1200 1. — s'était retiré dans son pays natal, où il n'exerçait pas le culte. Au Concordat, curé de Bélarc;a et Campagnan, canton de Gignac; pension de 266,66, nommé succursaliste à Villeveyrac, 8 novembre 181 5.
Cf. Arch. de THérault, L, 443 .
IL Les Rétractants.
GÉLY (tÂndré-Siwon),
né à Pézenas le 15 juillet 1755, vicaire à Florensac avait tait ses études au séminaire d'Agde. Il prêta le serment et fut élu à Béziers, à l'unanimité des suffrages de 92 électeurs, comme curé de Florensac (25 septembre 1791). En 1793, il livra ses lettres d'ordination au district de Béziers, et reçut la promesse d'une pension de 2000 livres. Rétractant. En 1807, il était succursaliste à Quarante, avec une pension de 266 f. 66 c.
GEPT (Joseph),
né le 21 mars 1741, curé de Tressan, prêta le serment. Sa pension fixée à 1200 livres — Après s'être rétracté, il devint succursaliste de Saint-Vincent (canton d'Olargues) en 1803, ^^ ^^ 1807, succursaliste de Fougères et Caussignojo.uls (canton de Bédarieux) avec pension de 333 fr. 33 c.
GIBAL (Ambroise)y
né à Gignac, chapelain, puis curé de Tressan, jureur. Pension 1453. Déprêtrisation (4 décembre 1793). Domicilié à Gignac, où il n'exerçait pas le culte (2 vendémiaire an VI, 23 septembre 1797). Sans emploi, interdit puis réconcilié sous Mgr Fournier, disait la messe.
Cf. Proc, verh. IV. 358; — Arch. de l'Evêché.
GIBAL (Michel),
né à Gignac le 17 mars 1749. Etant curé de Saint-Pargoire, il prêta le serment. Dans la suite, il le rétracta, simultanément avec Aymar. La cérémonie de rétractation, présidée par un prêtre muni de pouvoirs spéciaux, eut lieu dans la chapelle des Pénitents de Gignac, en présence de nombreux témoins, puis il disparut . On le croyait parti pour la déportation, tandis qu'il était simplement caché à Gignac même. Sa présence fut signalée le 9 brumaire an VI (30 octobre 1797); on le recherchait encore le i" messidor an VIII, (20 juin 1800). Il sortit de sa retraite
en 1801 et, le 14 août, il adressait une pétition au citoyen Bougette, secrétaire général de la préfecture, dans laquelle il se disait propriétairefoncier, ci-devant curé de Saint-Pargoire, et demandait à ne pas faire la promesse de fidélité, par la raison qu'il n'avait pas quitté les sol de la République et qu'il n'exerçait aucune fonction du culte. Le préfet de l'Hérault saisi de l'affaire, partagea le sentiment de Gibal. A la restauration religieuse, celui-ci ne se pressa pas de demander à rentrer dans les cadres ; du reste on comptait peu sur sa rétractation. En 1807, il était cependant succursaliste à Brignac canton de Clermont; mais il résidait peu dans sa paroisse et ne portait pas la soutane, même en disant la messe. Il mourut ancien curé de Sallèles le 12 septembre 1824.
Cf. Arch. de l'Hérault, L, 445, et V. Police du culte, — Trocès-verhaux de V Assemblée administrative, tome IV, p, 37; — Arch. de TEvêché: Tableau du Clergé de Montpellier, dressé par Mgr Fournier, en 1809 ; et Délib. du Conseil Episc. du 27 novembre 1807.
GONTIER (Pierre),
né le 21 avril, curé de Pinet, livra ses lettres de prêtrise au district de Béziers. Réconcilié. En 1807, succursaliste à Bouzigues, Pension 266 fr. 66 c.
Cf. Arch. de l'Evêché.
GRANIER (Antoine),
curé assermenté, à Sérignan, présente aux administrateurs communaux un mémoire justificatif pour démontrer qu'il n'a pas rétracté son serment. Une longue protestation portant de nombreuses signatures des habitants établit que jamais, en aucune circonstance, il n'est revenu sur sa parole. 13 vendémiaire an VI, (le 6 octobre 1797). Et il continuait à exercer le culte à Sérignan ; mais il finit par se rétracter.
Cf. Arch. de l'Hérault, L. 443.