II. Les Rétractants
SALVÈTAT (François),
curé d'Azillanet, né à La Bastide (Tarn), le lo octobre 1756, eut le malheur de prêter le serment constitutionnel et de se mettre à la disposition de TEvêque-intrus du département de l'Hérault. Il se fit distinguer par son zèle en iaveur du schisme, prit part au prétendu synode de Béziers, dont il signa les actes et fut délégué avec Delpech (Antoine-Bernard) pour assister en qualité de député au soi-disant concile provincial convoqué à Toulouse par Tévêque « métropolitain » Sermet.
Les événements ayant marché, Salvétat commença d'ouvrir les yeux à la lumière. Il rédigea de sa propre main une lettre collective par laquelle lui et ses voisins du canton d'Olargues déclaraient adhérer au Concordat et reconnaître M. RoUet pour évèque légitime de Montpellier. Ce prélat lui délivra un certificat constatant qu'il était prêtre, appartenait à son diocèse et adhérait an Concordat (24 germinal an XI, 14 avril 1703) '.
Mais toutes les difficultés n'était pas encore aplanies. En effet, Tabbé Treil de Pardailhan,vicaire général pour l'arrondissement de Saint-Pons, en lui adressant un Mandement qui prescrivait des prières publiques au sujet de la guerre, lui marquait combien il avait été affecté de ce qu'il s'était présenté à lui en compagnie d'autres prêtres, pour lui demander les Saintes Huiles ^
1. Jean-Louis-Simon Rollet^ par la miséricorde divine et la grâce du Saint-Siège apostolique, Hvèque de Montpellier.
Certifions que le Citoyen Franvois Salvétat, prêtre de notre Diocèze, est réuni à son Hvcque, appartient à son Diocèze et adhère au Concordat entre le Gouvernement et le Souverain Pontife.
En foy de duoi lui avons délivré les présentes.
Donné à Montpellier, sous notre seing et le contre-seing de notre secrétaire le 24 germinal, an XI de la République (14 avril 1803). ' J.-L. Sim. Ev, de Montpellier,
'Par Moniteur V Evèque : Duchaine, S""*.
2. Lettre de M. Tretl de Pardailhan, vie. gén. à M. Salvétat, prêtre.
« Saint-Pons, le 30 juin 1803.
» Je vous adresse, Monsieur, un Mandement qui ordonne des prières dans les circonstances de la guerre qui vient d'éclater et je vous prie de le faire parvenir aux prêtres de votre voisinage que vous conaissez mieux que moi.
» N'ayez point au reste. Monsieur, des regrets sur l'impression que vous me marqués avoir été faite sur moi dans notre entrevue ici. Je suis bien éloigné de vous imputer de mauvaises intentions contre moi, je vous connais trop ; mais le rassemblement avec tant de personnes que je ne connaissais pas, ne pouvait que m'afTccter ; c'était le moyen de ne pas les connaître, et j'en fus lâché.
Recevez, Monsieur, les assurances de la considération avec laquelle je suis votre très humble et très obéissant serviteur. Triil de Pardailhan, wV. gén,
A la suite de ces difficultés avec le vicaire général, Salvétat avait été non seulement laissé de côté, mais de plus remplacé comme curé d'Azillanet. Les succursalistes de l'arrondissement de Saint-Pons avaient prêté le serment devant le sous-préfet, le 20 nivôse an XII (11 janvier 1804). La plupart étaient installés ; d'autres se trouvaient à la veille de l'être. Pour Azillanet, on avait désigné le nouveau titulaire.
Ordre fut donné à Salvétat de vider sur le champ le presbytère et d'en envoyer les clefs à la municipalité ; celles de l'église se trouvaient déjà entre les mains du maire. La population demandait cependant son maintien, soit au préfet, soit à l'Evêque, soit même au ministre des cultes, et ces pétitions étaient appuyées par un ancien député de l'Hcrault. Pendant ce temps, le curé destitué était sorti du presbytère, sans savoir de quel côté tourner ses pas. Il finit par trouver un asile à Beaufort dans le voisinage d' Azillanet. Il s'y réfugia et continua d'exercer le culte, avec un de ses amis l'abbé Gleizes, expulsé comme lui. Treil de Pardailhan demanda son intervention à Barthez, sous-préfet de Saint- Pons, pour fermer l'église de Beaufort ; ce qui fut aussitôt exécuté, ce fonctionnaire considérant Salvétat comme « perturbateur, séditieux et dangereux ».
En attendant. Portails demandait au préfet ce que devenait la pétition des habitant d'Azillanet et le préfet posait à son tour la question à l'Evêque. Celui-ci s*en tenait à ce qu'avait fait son représentant.
Le préfet Nogaret adresse au conseiller d'Etat , chargé de toutes les affaires concernant les cultes le rapport suivant (23 ventôse an XII, 14 mars 1804) : « D'après les renseignements qui m'ont été donnés, le le citoyen Salvétat est repoussé dans plusieurs communes, où il s'est présenté pour y exercer les fonctions du culte. Il n'a trouvé asile que dans celle de Beaufort, où il a exercé; ce qui a mis le délégué de l'Evêque dans l'arrondissement de Saint-Pons, dans le cas de réclamer la fermeture de l'église, attendu que le citoyen Salvétat n'est pas réuni à Ja communion de ce prélat. Dans ces circonstances vous jugerez vous
îî. Les Rétractants.
même, Citoyen Magistrat, s'il y a lieu d'avoir égard à la réclamation des habitants d'Azillanet ». — Accusé de ne pas être dans la communion de son évêque, d'être repoussé de partout et d'être signalé comme pertubateurj séditieux et même dangereux. Salvétat tient à se justifier. Dans ce but, il forme un dossier comprenant huit pièces, lettres, certificats, ordonnances épiscopales, et l'envoie au préfet. Le préfet Nogaret lui en accuse réception à Bise, par la réponse suivante « Citoyen, j'ai reçu les pièces que m'avez adressées avec votre lettre du 9* du présent mois (floréal), concernant une dénonciation dirigée contre vous et les prêtres que le gouvernement m'a chargé de faire surveiller. Vous n'êtes pas dans la classe de ceux-là et vous pouvez être tranquille ». {Lettre «° 41S], 15 floréal an Xlly 5 mai 1804).
Rassuré du côté des fonctionnaires civils et ayant rompu toute relation avec l'administration diocésaine de Mgr Rollet, Salvétat disparut dans l'isolement et la retraite. Comme à tant d'autres dévoyés la solitude et la méditation lui portèrent conseil. Le malheureux prit la détermination de rentrer dans le devoir. Mais le diocèse dans lequel il avait donné de si fâcheux exemples d'insubordination lui parut un obstacle à ses projets. Il lui sembla qu'il serait plus libre dans ses mouvements si, pour théâtre de sa conversion, il pouvait se donner un diocèse, dans lequel il serait absolument inconnu. Pour l'exécution de ce déplacement, un Exeat lui était nécessaire. Il en fit la demande (4 avril 1810). Mgr Fournier, aumônier de l'Empereur, était alors à Paris où l'avaient appelé les fonctions de son ministère. Le conseil épîscopal examina cette affaire et la trouva trop importante pour la trancher en l'absence du chef du Diocèse. Il décida de ne faire aucune réponse et d'attendre le retour du prélat (13 avril 18 10).
Peu de jours après son arrivée, l'Evêque appela celui qui voulait quitter son diocèse, l'accueillit avec sa bonté accoutumée et lui fit comprendre qu'il devait, par son retour,^ édifier ceux qu'il avait scandalisés
V Ancien Clergé du diocèse de Montpellier,
par sa conduite. Salvétat se soumit avec courage, fit sous les yeux de
TEvêque, à Montpellier même, une longue pénitence, après laquelle il fut admis à la rétractation.
. Dans la suite, ce prêtre repentant mérita d'occuper une chaire de théologie au grand Séminaire et même d'être placé à la tète de cet établissement ecclésiastique, avec le titre de Supérieur honoraire, à la mort de M. Miquel (12 février 1828). Ce saint converti donna durant de longues années l'exemple de toutes les vertus sacerdotales et en particulier de la plus profonde humilité. Sa faiblesse d'autrefois, toujours présente à son esprit, était l'objet de ses regrets et de ses larmes, et lui faisait tourner ses vues vers l'état religieux.
Il aspirait au moment où il lui serait permis de se consacrer à Dieu d'une façon plus spéciale encore. Enfin, arrivé à l'âge de 74 ans et devenu presque aveugle, l'abbé Salvétat obtint del'évêque Fournier l'autorisation plusieurs fois refusée, de se démettre de son emploi. Il le fit le i"^*^ octobre 1830 et, sous le nom de Frère Cyrille, se retira à la Trappe d'Aiguebelle, où nous l'avons vu en 1839, entouré de la vénération de tous. Il était rangé dans la catégorie des Frères donnés ^ et garda toujours le costume ecclésiastique, vivant séparé de la communauté. Il mourut de la mort des saints, âgé de 87 ans, moins quelques jours, le 28 juin 1843, mais sans avoir jamais oublié son ancienne défection.
Cf. Heg. B. de l'Evôché de Montp., pp. 79, 80 et 124 ; — Re^. des DèHh. du conseil épiscopal. — Flamen't, Notice sur la Chap. et leshdt, duGr.Sàn. de Montpellier, p. 100. — Arch. de l'Hérault, L, 443 et 446; — Renseignements particuliers fournis à Fauteur par le P. Secrétaire-général d'Aiguebelle; — F. Saurel, M.-N. Fourrier, p. 821 ; — Cassan. La Chapelle du Séminaire ^^ M., p. 18; — Coural, p. 13.
SANTY {Gilbert),
jureur, prieur de Caux, pension 17 19, livra ses lettres de prêtrise au district de Béziers, plus tard cependant il reprit l'exercice du culte constitutionnel. Il se rétracta même, sous Mgr Fournier, et fut autorisé à
tt. Les kétractants.
dire la messe. Il habitait alors à Ncffiès, dans le canton de Roujan. Décédé 6 janvier 1830.
Cf. Arch. de THérault, L, 443 et 446 ;— Arch-deTEvêché. Reg. des Décès; — Ordo pour 185 1.
SEM Y (Jean- Jacques),
né le 20 décembre 1760. Curé de Sauvian, jureur, ne quitta pas le sol de la République. Il exerçait le culte à Sauvian (17 vendémiaire an VI, 8 octobre 1797). Sa pension avait été réglée à 1200 livres. A la réorganisation du diocèse (1803), il fut maintenu avec le titre de succursaliste dans son ancienne paroisse. Pension 266 fr. 66 c. Décédé à Béziers, le 4 février 1840.
Cf. Arch. de l'Hérault, L. 443;— Arch. de TEvêché. Reg. des Décès.
SILVESTRE {Laurent),
né le 29 novembre 1754, livra ses lettres de prêtrise au district de Béziers. En 1807, succursaliste à Tressan et Puilacher (canton de Gignac). Talents médiocres, au dire de Mgr Fournier. Pension 233 fr. 33 c.
Cf. Arch. de T Hérault, L. ; — Arch. derEvôché.
SOULAGUE (Jean-Pierre),
prieur-curé de Fontes, était né le 12 décembre 1740, à Villeneuve de Béziers. Il prêta le serment constitutionnel, ce qui lui permit de ne point quitter le territoire français. Sous ses habits laïques m il suait la peur n, dit Tabbé Bigot- Valentin. Aussi, quand le 18 mars 1792, les registres de la garde nationale lui furent ouverts, il s'empressa de faire montre de ses convictions libérales, tout fraichement écloses, en se faisant inscrire un des premiers. Quand il fallut constituer le club, les riches contribuèrent pour vingt sous; le prieur-curé offrit quinze livres. Les sociétaires lui témoignèrent leur reconnaissance, en lui accordant deux voix pour la
$] VàXCIÏÏH CLËKGi DU DIOCÂSI Dl MONTPBLLIIR. \ ^^
V Ancien Clergé au diocèse de Montpellier.
charge de secrétaire. Le 21 floréal an II (10 mai 1794), le conseil municipal décida de fermer l'église et invita le citoyen Soulague à se rendre à la maison commune, pour y faire la remise des clefs. Il vint, séance tenante, fit un petit discours bien senti pour affirmer l'énergie de ses convictions républicaines et, après ce témoignage de lâcheté, il remit les clefs, demanda acte de ses faits et dires; puis, il signa d'une main tremblante. Il avait alors 52 ans.
Soulague se retira dans sa maison paternelle, à Villeneuve-les- Béziers et y demeura jusqu'au moment où quelques habitants de Fontes l'invitèrent à revenir au milieu d'eux, pour y reprendre l'exercice du culte. Il se rendit à leur demande (26 thermidor an VI, 13 août 1797). Avant de procéder à aucune cérémonie religieuse, il leur dit que la loi sur la Constitution civile du clergé n'existait plus sous le régime républicain ; que par conséquent il se croyait délié de la partie de son serment qui avait trait au spirituel et au roi ; mais qu'il n'était pas moins attaché au civil. Le commissaire du Directoire exécutif de TAdministration municipale ne chercha point à entraver l'ancien prieur-curé dans l'exercice de ses fonctions. Il l'engagea seulement à s'abstenir delà sonnerie des cloches et à détruire les signes extérieurs du culte. Soulague se plia à ces tristes recommandations ; il n'en fut pas moins poursuivi pour avoir rétracté son serment et enfermé dans la Maison de Justice (arrêté du 5 frimaire an VI, 15 novembre 1797). Il réclama contre cette mesure et adressa une pétition au ministre de la Police générale. « J'ai donné des preuves exemplaires de mon obéissance aux lois de la République, écrivait-il à ce magistrat, soit en prêtant tous les serments prescrits par elle, soit en faisant cesser la sonnerie des cloches, soit en faisant disparaître les signes extérieurs du culte >. Il se recommandait d'une lettre que lui avait écrite Cambacérès, et rappelait son âge et ses infirmités. Peine perdue. Le prisonnier revint à la charge et réclama de nouveau sa mise en liberté (23 pluviôse an VIII, 12 février 1800). Il l'obtint enfin, après avoir fait la promesse de fidélité (5 ventôse an VIII 24 février 1800.)