I. Les Constitutionnels
suspense contre ceux qui ayant prêté le serment à la Constitution, ne l'auront pas rétracté dans quarante jours, à compter de la date du bref, et par suite déclare atteints d'irrégularité, ceux qui, passé cette époque, exerceraient quelque fonction de leur ordre. De plus, il déclare : I** illégitimes, sacrilèges et tout à fait nulles, les élections des nouveaux évêques; 2® illégitimes, sacrilèges, et faites contre les saints Cinons, les consécrations de ces mêmes évêques; 3* par une conséquence nécessaire : entièrement nulle leur juridiction sur les diocèses pour lesquels ils ont été ordonnés. Les mêmes qualifications sont appliquées à tous les actes exercés par ces évêques et les mêmes peines, la suspense et l'irrégularité, prononcées contre tous les évêques, curés et prêtres qui auront été ordonnés, qui auront accepté un titre, diocèse ou paroisse, et qui auront exercé une fonction sacrée de l'ordre épiscopal ou sacerdotal, en vertu de la Constitution.
Les évêques des cinq Diocèses compris dans le département de l'Hérault refusèrent le serment; imités dans leur fermeté par l'immense majorité des curés et autres membres du clergé séculier. On leur donna pour successeur unique le Curé de Saint-Pons, Dominique Pondérons, remplacé à sa mort par Alexandre-Victor Rouanct, ancien professeur au Séminaire de Saint-Pons.
On eut de la peine à trouver des remplaçants aux titulaires des paroisses et, comme pour l'installation du premier évêque constitutionnel, on eut besoin de la force armée, car ces intrus étaient généralement mal vus des populations demeurées fidèles, malgré tous les efforts mis en avant pour les décatholiciser.
Ajoutons quelques explications sur la conduite des malheureux ecclésiastiques, séduits par les promesses dont ils furent pressés à l'occasion de leur serment schismatique. Nous devons les ranger en quatre classes bien distinctes.
1° Ceux qui rentrèrent dans l'unité catholique, lors de la publication des Brefs du Souverain Pontife Pie VI et marchèrent avec ardeur malgré
ij lUnOEN clergé DC DIOCiSS DE MONTPELLIER
les prisons^ malgré la déportation, malgré les persécutions et les tourments. Comme Pierre, ils pleurèrent leur défection, et ne se démentirent jamais dans Taccomplissement de leurs devoirs. Nous les avons classés parmi les Martyrs et les Confesseurs de la Foi. Nous n'avions pas d'autre place à leur assigner.
2^ Ceux qui persévérèrent dans leur défection jusqu'à la mort. Pour nous, ce sont les vrais Constitutionnels auxquels nous consacrons le premier fascicule de la présente publication. Elle s'ouvre par les notices biograr phiques des deux évoques intrus du département de l'Hérault.
3** La troisième classe des Constitutionnels est celle des Rétractants. Nous leur consacrons la seconde partie de ce travail. Ils eurent en général peu de mérite à renoncer à leur schisme, lorsqu'ils n'avaient plus rien à craindre, à perdre, mais tout à gagner en rentrant dans le devoir. Bien différents de ces premiers rétractants qui rentraient dans le bon chemin au moment de la persécution.
4° D'autres, moins courageux que les rétractants de la dernière heure, avaient d'abord suivi le mouvement schismatique. La sève catholique les avait abandonnés; ils se desséchèrent et tombèrent de l'arbre, comme des branches mortes. A ceux-là nous consacrons également une partie de notre étude. Ce sont les Apostats,
POUDEROUS (Dominique),
premier évêque constitutionnel du département de l'Hérault, naquit à Villeneuve-les-Béziers, le 22 juin 1721, et, à raison de sa naissance, appartenait à l'ancien diocèse de Béziers ; mais l'évêque de cette ville Mgr de Nicolay le laissa volontiers partir pour le diocèse de Saint-Pons, malgré les observations des membres de son Conseil épiscopal. « Il a, sans doute, du talent, leur dit-il ; c'est même un sujet distingué ; et néanmoins je le vois avec plaisir s'éloigner de nous ; je n'ai pas confiance dans sa vertu ». Il avait cependant des mœurs pures et sévères ; mais l'orgueil et Tambition lui firent accepter sans trop de diflSculté la