IV. Les Martyrs et Confesseurs de la Foi
D'après une loi de T Assemblée Législative (28 juillet 1792), tout ecclésiastique insermenté devait sortir du royaume. Les sexagénaires et les infirmes étaient affranchis de cette mesure, mais reclus dans des Maisons dites de Détention et soumis à un régime très sévère. Logés aux frais de l'Etat, ils avaient à pourvoir, eux-mêmes, à leur mobilier et à leur nourriture.
Un décret de la Convention ayant déclaré acquis «à la République les biens des ecclésiastiques et des religieux, le conseil municipal de Montpellier, sur la proposition de son procureur assigna, comme Maison de détention l'ancien Séminaire, créé par Mgr de Villencufve et occupé de nos jours par les religieuses Ursulines. Ce local, bon pour de jeunes clercs se disposant dans la prière et l'étude à la réception des saints Ordres, ne parut pas assez solidement établi pour y entasser les « réfractaires » qu'on allait y tenir en réclusion, en attendant de pouvoir les déporter. Le procureur-syndic Pavée, réclama des travaux de sûreté, portes, grilles, serrures, verroux, etc.
Ce local parut bientôt insuflisant. Il fallut chercher ailleurs. On fit choix de l'ancien monastère de la Visitation Sainte-Marie, beaucoup plus vaste et qui paraissait offrir les garanties voulues et la facilité d'une transformation indispensable.
Le Séminaire était trop petit; la Visitation fut trouvée trop grande pour être uniquer ent occupée par des proscrits et on y reçut en même temps des soldats atteints de gale. Les ecclésiastiques et les malades y furent d'abord confondus et obligés à vivre avec une promiscuité fort désagréable pour les uns et pour les autres ; mais le nombre des galeux augmentant de jour en jour, on jugea convenable de leur céder la maison tout entière, en transférant les Reclus à l'ancien collège des Jésuites.
L'espace qui leur fut assigné dans cette nouvelle prison était fort restreint. Il consistait en une quinzaine de cellules au troisième étage, dont plusieurs étaient sans fenêtres. Précédemment affectées à un seul
individu, elles reçurent chacune quatre ou même cinq Reclus. Les fenêtres, Tair, le jour étaient-ils bien nécessaires à des êtres voués à la mort ? Aussi les étroits réduits qui n'étaient éclairés que par une seule fenêtre, furent-ils fermés avec de la bâtisse au deux tiers de leur hauteur, afin de les mettre tout à fait hors d'aspect. Si ces malheureux prisonniers voulaient respirer et faire un peu d'exercice, ils n'avaient à leur disposition que le corridor sur lequel donnaient les chambres. Ce même corridor, converti en promenoir, devenait à certaines heures le réfectoire, où ils prenaient leurs modestes repas. On ne s'occupait pas de savoir si ces malheureux Reclus, entassés les uns sur les autres, étaient valides ou malades. Il s'en est trouvé de si profondément atteints (Jue^ parvenus à la prison, et n'ayant pas la force de gravir l'escalier jusqu'à la hauteur du troisième étage, ils devaient être portés à bras. D'autres, succombèrent peu après leur arrivée.
On porta l'irréligion et la cruauté jusqu'à dépouiller ces prisonniers de Jésus-Christ de tous les objets nécessaires à la célébration de la Sainte- Messe dans les chambres, et ce fut le jour même de Pâques (1794), qu'on vint leur ravir les calices et les ornements liturgiques. Tous les jours, on s'appHquait à aggraver le poids de leurs misères : il était visible qu'on cherchait à se défaire au plus vite de leurs personnes encombrantes. On réduisit à une miche, par jour, la quantité de pain à" partager entre trois Reclus. Encore si ce morceau de pain noir eût été du vrai pain ! Il était fabriqué avec de la forine qui ressemblait « à de la balayure de grenier » et de plus, afin de lui laisser plus de poids, on ne lui donnait pas le temps de se cuire : aussi, se nioisissait-il bientôt. Les détenus en furent souvent incommodés. Ce ne fut qu'au dernier mois de leur incarcération qu'il fut permis à ces vénérables vieillards de se procurer du pain mangeable, acheté à leurs trais. On leur permit également de fiiire venir leur nourriture de la ville, une fois par jour, et à prix convenu.
Quelque nombreux que fussent les membres du Clergé détenus sous
les verroux, on trouva qu'il n'y en avait pas assez et une loi du 19 floréal an II (8 mai 1794) ordonna de procéder, dans l'espace de deux décades, à l'internement de tous les prêtres dispensés de la déportation, à raison de leur âge t)u de leurs infirmités. La notification officielle de ce décret aux agents du département de l'Hérault portait la date .du 5 prairial an II (24 mai 1794).
Ces dispositions demandaient un agrandissement ou un changement de cage. Dans l'impossibilité de disposer d'un local plus considérable dans l'ancien Collège, l'Administration regretta de ne pas avoir laissé les Reclus dans le ci-devant monastère de la Visitation et délibéra de les y replacer.
Mais cette maison avait été livrée à l'autorité militaire et affectée, comme nous l'avons déjà dit, aux soldats atteints de gale. Il fallait leur trouver un autre logement. En attendant, les prêtres avancés en âge ou infirmes arrivaient peu à peu et se présentaient tout dopant pour subir la réclusion. Comme on ne savait plus où les loger, on leur permit de rester chez eux, à l'état de réclusion, sous la surveillance municipale.
Enfin, le 5 messidor an 11(23 j^^i'^ ^11A)> ^ ^^ Maison de Réclusion, dite de Sainte-Marie » fut prête à recevoir « les ci-devant prêtres » enfermés dans la Maison du Collège. Le public, en les voyant défilei paraissait touché de compassion, sans cependant oser manifester se^ sentiments, car la guillotine n'avait pas encore disparu de la Place de la Révolution (Le Peyrou).
Dans la grande et belle maison des Visitandines, les détenus se trouvèrent plus â l'aise et la plupart de ceux qui l'avaient déjà habitée y reprirent leurs anciennes cellules particulières.
Les « Reclus » demeurèrent dans cette maison, jusqu'au moment où Ton trouva plus convenable de les enfermer dans l'ancien couvent des Ursulines, converti en Maison de Force, et où sont aujourd'hui les femmes de la Maison Centrale (29 fructidor an VII, 15 septembre 1797).
Dans la suite, ce vaste local fut jugé nécessaire pour y loger les mili-
U Ancien Clergé du Diocèse de Montpellier,
taires blessés, arrivés à Montpellier le 23 fructidor an VII (9 septembre 1799). On résolut alors de transporter les prêtres reclus dans le ci-devant Collège de Médecine (aujourd'hui TEcoIe de Pharniacie), seul local, disait-on, propre à cet usage, et encore avait-il besoin de modifications considérables pour y enfermer les ecclésiastiques de façon à ce qu'ils ne pussent s'échapper. On décida qu'ils seraient logés provisoirement dans la Maison du Bon Pasteur, dépendance de l'hôpital Saint- Eloi, toujours à Montpellier (19 thermidor an VII, 6 août 1797).
Bientôt les pauvres Reclus se plaignirent de l'insuffisance du local, d'ailleurs malsain et inhabitable à cause du voisinasse des aliénés. Ils se permirent même d'adresser à l'Administration hospitalière une pétition collective, dans laquelle ils signalaient tous ces inconvénients. Cette feuille était revêtue de la signature de vingt détenus presque tous octogénaires (i*-*^ fructidor an VII, 18 août 1799).
Le nombre des* blessés militaires ayant considérablement augmenté, on leur céda le local du Bon Pasteur et on transféra les Reclus dans la Maison de Mendicité où étaient enfermés les condamnés à la Correction et à la Détention. Cet immeuble se trouvant trop étroit, on logea quelquesuns de ces vieux prêtres au second étage de l'Evêché (présentement l'Ecole de Médecine).
On songea même à gratifier la ville de Béziers de la présence d'un certain nombre de Reclus, pour lesquels on ne trouvait plus de maison assez convenablement disposée pour être convertie en prison. Les locaux ne manquaient pas à Béziers et on pensa qu'il serait facile de les utiliser.
A Béziers, l'Administration municipale fit des difficultés, à cause du défaut d'installation des immeubles qu'on avait en vue. Les évasions et les enlèvements des prisonniers seront faciles, i\ moins que les portes, les fenêtres, les serrures et les vcrroux ne devinssent l'objet de dépenses estimées au moins à la somme de 2.000 francs.
Vingt-deux Reclus étaient alors enfermés au dépôt de Mendicité (6* jour compléii.entaire an VII, 22 septembre 1799). Ils devinrent l'obéi