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IV. Les Martyrs et Conjesseurs de la Foi

grand nombre d'autres âgés de moins de soixante ans, firent à la hâte leurs préparatifs de départ pour les pays étrangers. Quelques-uns, plus particulièrement parmi ceux des anciens diocèses de Lodève et de Béziers, prirent leur passe-port pour la Prusse ; beaucoup se dirigèrent vers l'Espagne ; mais le plus grand nombre donna la préférence à Tltalie.

Dès le commencement de la persécution religieuse, quelques prêtres de la ville et du district de Montpellier avaient rencontré chez les habitants d'Aiguemortes un accueil sympathique d'où leur vint la pensée de s'embarquer au port du Grau-du-Roi, pour se diriger ensuitesur Nice. Ils montèrentsur une embarcation dite Tartane, appartenant au port d'Agde, et venaient à peine de s'y installer (6 août 1792), lorsqu'on découvrit une trame secrète de la part de Téquipage, tendant à les dépouiller lorsqu'ils seraient en mer. Ils ne furent pas plutôt éloignés du port que, à l'entrée de la nuit, les matelots les avertirent de l'approche d'une chaloupe qu'ils assuraient être montée par des corsaires. Ils leur ordonnèrent de ce cacher, firent semblant de se battre avec l'équipage de la chaloupe et d'être vaincus. De sorte que les soi-disant Corsaires, sans faire le moindre mauvais traitement aux matelots qui avaient paru leur résister,allèrent droit aux prêtres et leur enlevèrent tout leur argent, leurs malles et tout ce qu'ils avaient de bon et de précieux, ne leur laissant absolument que leurs vêtements. Après cela, les voleurs demeurèrent une partie de la nuit avec les matelots ; les prêtres étant toujours enfermés dans la Tartane- et comprenant aisément qu'ils étaient joués par l'équipage.

Plusieurs autres convois de déportés partirent d'Agde, dix pour Nice et deux pour l'Espagne. Un des premiers se trouvait à la hauteur de Cannes, à cinq lieux de Nice lorsque, surpris par un calme plat, il lui devint impossible d'avancer. Un brick français qui stationnait dans ce parage l'aperçut ; son commandant résolut d'amener à Cannes les deux petits navires dont se composait le convoi, pour laisser à la Municipalité de cette ville le soin dtî statuer si, oui ou nom, ils continueraient leur

voyage vers Nice. Un rassemblement considérable et visiblement mal intentionné se forma bientôt auprès des déportés, menaçant de les pendre. Dans l'intention de les sauver, le commandant du brick prit sur sa responsabilité de conduire les deux Tartanes à Toulon, où elles arrivèrent le 14 septembre. De nouveaux cris de mort se font entendre. On enlève aux malheureux fugitifs tout leur numéraire, leur argenterie et jusqu'aux boucles de leurs chaussures, On les dépouille également des lettres dont ils étaient porteurs et adresséesà des confrères arrivés avant eux sur la terre étrangère. On va plus loin ; afin que rien de précieux ne puisse échapper à leur rapacité, les voleurs visitent leurs malles et se permettent de fouiller jusque dans Tintérieur de leurs vêtements. Pendant ces opérations, les Tartanes étaient environnées de chaloupes remplies d'une populace furieuse demandant à cris redoublés que tous ces prêtres « ennemis de la Patrie » fussent pendus jusqu'au dernier et s'offrant de procéder elle-même à leur supplice. Enfin, après être demeurés en rade de Toulon, pendant cinq )ours,"enfcrmés et comme entassés jour et nuit au fond de leurs navires, on leur- permit de reprendre leur route. Ils n'avaient plus rien à craindre des voleurs !

Dès les premiers jours de leur arrivée à Nice, il y avait tant de Français dans cette ville, soit déportés, soit émigrés, que l'on compta jusqu'à trois cents ecclésiastiques, en soutane, assistant deux à deux à l'enterrement d'un Chartreux.

Beaucoup d'entre eux n'avaient pas encore eu le temps dé se trouver un asile définitif, lorsque le 29 septembre 1792, vers 9 heures du soir, l'armée française s'emparait de Nice inopinément et sans coup férir. En ce moment, plusieurs se promenaient autour de la ville. En apprenant la nouvelle, ils n'osèrent rentrer chez eux pour y prendre leurs quelques cffets,qui tombèrent aux mains des pillards. Ils n'eurent d'autres ressources que de s'éloigner avec ce qu'ils avaient sur le corps. Les autres firent à la hâte un choix dans leur modeste bagages et prirent la fuite à la faveur des ténèbres, au travers des montagnes dont Nice est environnée et dont

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ils ignoraient les défilés; craignant avec raison s'ils s'attardaient de tomber au pouvoir de Tannée républicaine.

Ces malheureux prêtres fuyaient pêle-mêle avec les émigrés et avec les soldats de la garnison de Nice. Au prix de bien des fatigues, des privations et même des tracasseries, beaucoup arrivèrent à Turin, où ils reçurent bon accueil ; mais se virent, à cause de leur nombre, dans la nécessité de se séparer; les uns prirent la route de Gênes, d'autres celle de Bologne ou des Etats Pontificaux, quelques uns pénétrèrent jusqu'à Rome.

On les distribua dans les év^êchés et dans les couvents, avec tant d'ordre qu'il n'y avait nulle part encombrement et que tous eurent à se féliciter des soins dont ils étaient l'objet. Les cardinaux titulaires pour la plupart des grands sièges épiscopaux des Etats Romains, mirent leur charité à la hauteur de leur position et secondèrent les vues de Pie VI, avec le zèle le plus louable.

En E-pagne comme en Italie, l'accueil fait à nos déportés fut généralement bienveillant, généreux. Surtout de la part des hautes classes de la société et du clergé ; mais ce qui rendit bien difficile la situation de nos prêtres, ce fut une Ordonnance royale du 2 novembre 1795, qui leur défendait toute fonction ecclésiastique, sauf la célébration du saint sacrifice delà messe, et de s'adonner à aucune sorte d'enseignement. Cependant nous voyons dans ce pays plusieurs prêtres de l'Hérault donner des leçons, soit chez eux, soit dans des maisons particulières ; leçons de français, de mathématiques et de dessin .

Dans Jes autres contrées de l'Europe, notre clergé trouva une bienveillante hospitalité; en Portugal, en Allemagne^ en Suisse, dans les Pays-Bas Autrichiens. L'Angleterre protestante fut un des royaumes où nos évêqueset nos prêtres trouvèrent le meilleur accueil.

Dès les premières persécutions religieuses et sans attendre d'y être contraints par la loi, quelques ecclésiastiques étaient partis spontané-

a] l'aNCIIN CLIRCÉ DU OIOCiSB OB MOIITMI.LIEJI.

V Ancien Clergé du Diocèse de Montpellier,

ment pour Tétranger. On les qualifia du nom ^'Emigrés. La plupart des autres attendirent d'y être obligés par les menaces d'ostracisme. Ils furent libres de choisir le moyen de transport et le lieu de leur exil.

Mais voici que désormais ceux qui sont sujets à la déportation seront conduits, à pied, par la gendarmerie, de brigade en brigade, dans les ports de Bordeaux et de Rochefort ; la loi leur accordant trois livres par dix lieues, pour frais de route. Ils devront attendre dans ces villes les navires destinés à les transporter a la Guyane Française, (26 août 1792).

En ce moment, quelques rcfractaires étaient retenus à Montpellier dans la Maison de Justice et dans la Maison de Réclusion. L'un d'eux fut reconnu hors d'état, à cause de ses infirmités, de supporter les fatigues du voyage. On le mit provisoirement en réclusion à l'hôpital Saint- Eloi. Quant aux autres, ordre fut donné à la gendarmerie de les faire traduire dans la Maison d'Arrêt de Bordeaux (3 Germinal an II, 23 mars 1794) et, trois jours après, cts ecclésiastiques partirent non pour Bordeaux, mais pour Lorient, en vertu d'ordres émanés du Ministère de l'Intérieur. Le* lendemain, on mit encore en route d'autres déportables détenus dans les prisons de la ville. Ils attendirent dans les prisons de Bordeaux leur embarquement pour Madagascar.

Un curé de la Lozère avait été dirigé de Mende sur Montpellier, pour être embarqué à Cette, port le plus rapproché du lieu de son arrestation. Conduit, comme c'était devenu la règle, par la gendarmerie de brigade en brigade et à pied, il eut beaucoup à souftrir de ce long voyage; ses pieds tuméfiés et ensanglantés étaient couverts de plaies. Cet état de fotigue contraignit le blessé à fiiire un séjour assez prolongé dans la prison de Montpellier. Pendant les 170 jours qu'il y demeura, ses frais de nourriture et d'entretien furent portés à sa charge.

Un autre, venu de la prison d'Agde et conduit à la Maison d'Arrêt de Montpellier, était condamné à être transféré comme on sait, jusque dans les prisons de Bordeaux, pour être ensuite transporté à Cayenne. On

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