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IV. Les Martyrs et Confesseurs de la Foi

reconnut bientôt que lui aussi était dans l'impossibilité de subir la peine, et l'Administration, ouvrant les yeux à Tévidence, lui accorda un secours.

Enfin, le II avril 1793, le District de Montpellier est en mesure de dresser un Etat des prêtres condamnés à la déportation, et les fait conduire de cette ville dans celle de Bordeaux, pour être transportés à Cayenne, suivant l'avis récent qu'en a donné le Ministre de l'Intérieur.

Dans la suite, d'autres convois de condamnés allèrent rejoindre les premiers. Entassés sur des navires, où ils manquaient d'air, et où ils curent à subir les traitements les plus atroces, plusieurs succombèrent en route et la plupart des autres périrent sur cette terre insalubre qui dévorait ses habitants. On se vit dans Timpériejse nécessité de ne plus diriger les déportés sur la Guyane, non point par un sentiment de commisération pour les malheureux qu'on envoyait y mourir, mais surtout * pour ne point résister plus longtemps aux plaintes justement fondées des officiers et des fonctionnaires du Gouvernement qui ne cesssaient de demander à quitter un climat qui leur était aussi meurtrier qu'aux condamnés.

Une autre raison vint s'ajouter à celle-ci. Ce fut la crainte des croisières anglaises. Afin de les éviter, on fit transporter les proscrits sur les côtes de la Charente-Inférieure et dans les îles de Ré et dOléron, où on les interna dans des forts et dans des casernes, en des galetas dont les fenêtres sans châssis et les toits ruinés livraient ces vénérables Confesseurs de la Foi à toutes les injures de l'air, rendues très malfaisantes par les vapeurs de la mer. Là, pendant l'hiver, ils étaient abandonnés à toutes les rigueurs de la saison et durant Tété, ils nageaient pour ainsi dire dans une atmosphère méphitique. Aucun lit n'était donné pour le repos de la nuit ; ils n'eurent pour se coucher que la paille, quand toutefois ils avaient pu en acheter, et lorsque la vermine s'y introduisait, ils n'eurent pas toujours les moyens de la renouveler. La nourriture qu'on leur dis-

tribuait chaque jour, ne consitait que dans une livre et demie de pain noir et grossier, accompagnée d'une légère portion de viande malpropre, remplacée quelquefois par un peu de morue rance et dégoûtante, ou de vieux haricots très durs. Pour boisson on donnait à chacun trois verres environ d'un vin âpre et répugnant. Quel sort pour des prêtres déjà exténués par un pénible voyage, et par leur cruel séjour dans les prisons! pour des prêtres dont beaucoup, étant octogénaires, ou accablés d^infirmités, ne pouvaient se mouvoir seuls, ou marcher qu'avec des béquilles ! Et ils ne se plaignaient pas, et ils faisaient leurs exercices de piété en commun, avec une ferveur que les anges pouvaient leur envier et, tous les jours, ils avaient des conférences sur des objets de morale ou sur la Sainte Ecriture. Ces détails ne doivent pas être sans intérêts pour nous, à cause du grand nombre des Ecclésiastiques appartenant au Diocèse de Montpellier et dont les noms glorieux sont inscrits dans le présent Martyrologe. Les survivants de tous ces prisonniers des côtes et des îles de la Charente- Inférieure ne furent élargis que sous le Consulat, après avoir au préalable fiiit la promesse de fidélité.

Plusieurs de ces ecclésiastiques dont nous venons de parler avaient été rendus justiciables des Commissions militaires, en vertu de la loi du 19 fructidor an Y (5 septembre 1797), comme déportés rentrés. Les Administrateurs du Département de l'Hérault ne s'étaient point mis en retard pour travailler dans ce sens et envoyèrent quelques-uns de nos prêtres devant une Commission militaire siégeant à Nîmes. Les envois furent assez fréquents vers la fin de 1797 et durant les deux années suivantes. On doit rendre cette justice au Tribunal militaire de Nîmes de dire qu'en général, dans les condamnations qu'il prononça, il se montra moins dur que les fonctionnaires civils : la détention dans les maisons d'arrêt, de détention et de réclusion, la Guyane, les côtes et les îles de la Charente-Liférieure. Deux condamnations seulement à être

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