‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 110 sur 355 · Du Boulay, t. VI, p. 719, et Crévier, t. VI, p · texte numérisé non relu

Du Boulay, t. VI, p. 719, et Crévier, t. VI, p

3. Taranne, Journal de tlnst. publiq., 1815. — H. Lantoine, Hist. de l'Enseignement secondaire, p. 29.

4. Nous en devons la gracieuse communication à la maison Didot.

Quels sont les auteurs classiques suivis alors? Ce sont, en grande partie, ceux que nous trouverons imposés par la réforme de 1598, c'est-à-dire pour le grec : Homère, Hésiode, Pindare, Platon, Démosthène, et pour le latin : Térence, Cicéron, Virgile, Ovide, César, Salluste, Horace et Juvénal.

L'étude de la langue latine l'emporte sur celle de la langue grecque, car les élèves doivent parler latin partout et en toute circonstance, non seulement en classe, mais encore au réfectoire et jusqu'en récréation. On leur en faisait un vrai cas de conscience, regardant comme aussi coupable de parler français que de mentir, injurier, frapper, dire ou faire des choses déshonnêtes. C'était aussi une faute punie par le fouet comme un crime. On parlait donc latin, mais quel latin! Mathurin Cordier, dans son Guide de Conversation latine, jette les hauts cris en entendant les écoliers de son temps se servir de locutions vicieuses telles que celles-ci : Noli crachare super me; semper lichat suos digitos; ludamus ad savatam, ad equum fundatum ; cotnedi grossum boudinum ; sanguinat de naso l . Cet abus de la langue latine dans les collèges a fourni à Rabelais une de ses plus amusantes facéties. Pantagruel rencoqlre un écolier limousin aux portes de Paris, il le salue, et engage avec lui ce dialogue : « Mon amy, dond viens-tu à ceste heure? « L'escolier lui respondil : De l'aime, inclyte et célèbre Aca- « demie que Ton vocite Lutèce. — Qu'est-ce à dire? dist Pan- « tagruel à un de ses gens. — C'est, respondit-il, de Paris. — « Tu viens donc de Paris, dit-il, et à quoy passez-vous le « temps vous aultres messieurs esludians audict Paris? — « Respondit l'escolier : Nous transfretons la Sequane au di- « lucule et crépuscule; nous déambulons par les compites et « quadrivies de Turbo; nous despumons la verbocination

a latiale puis cauponizons es tabernes méritoires, et si, par

« forte fortune, y a rarité ou pénurie de pécune en nos mar- « supies, nous dimittons nos codices et vestes oppignérées. »

1. De corrupti sermonis emendatione et latine loqui ratione, Paris* 1533, cap. i, xxiv, etc.

Pantagruel, exaspéré de ce jargon, fustige rudement l'écolier, en lui disant : « Tu escorches le latin par sainct Jean, je le feray escorcher le renard, car je t'escorcheray tout vif1. » Il parait qu'entre écoliers il en était de même : les mauvais élèves se moquaient de ceux qui se conformaient trop scrupuleusement à la règle de parler latin, et, s'ils ne les écorchaient pas comme Pantagruel, ils les battaient méchamment, ainsi que le raconte Mathurin Cordier : odio inseclantur, saepe etiam verberant2. Puisque nous parlons de fustigation, disons un root des punitions corporelles en usage dans les collèges à cette époque. Dès le xme siècle on voit les verges employées à la correction de la jeunesse. Il y avait alors, en Allemagne, une fête scolaire, nommée la procession des verges, qui se continua, dit Rathery, longtemps après la réformation \ Aux premiers jours de Tété, les enfants se dirigeaient solennellement vers un taillis désigné d'avance ; ils y coupaient des verges de bouleau et revenaient en chantant une sorte de complainte ainsi conçue :

O père et mère royea!

Nous revenons dans nos foyers, Chargés de verges salutaires, Pour qu'en nos petites affaires, Le bouleau tous offre un moyen • De nous encourager au bien.

La loi divine le commande, Et tous aussi nos bons parents.

Nous Tenons donc en pénitents Nous-mêmes tous porter l'offrande De ces utiles instruments.

Erasme, dans ses Colloques* ■, met en scène un écolier qui se plaint à son camarade de craindre pour autre chose que sa têle, non agilur de capite, sed de parle adversa1 quand il comparaît devant son maître plus cruel que VOrbilius qui fouettait Horace. Cet euphémisme nous est expliqué par Mathurin Cordier, lorsqu'il recliGe le terme employé par les

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