Colloquia familiaria, T/Ouo^ayia
2. Refectio scholasticorum, cité par Rathery, Journal de VInst. publ., 1855.
se rangeait dans Tordre où il arrivait; le clerc de semaine récitait la prière, et on prenait sa réfection en silence. Le service des portions était fait par le dépensier, aidé de quelques boursiers et des domestiques. Pendant le repas, un boursier lisait à haute voix un passage de la Bible, au commencement et à la On, et le reste du temps un livre de piété ou d'édification. On se relirait après avoir récité les grâces.
Mais il y avait une nourriture plus recherchée que celle du corps : l'étude remplissait la plus grande partie de la journée des écoliers. De grand matin ils se mettaient au travail, et il faut entendre le président de Hesmes raconter comment un bon élève employait son temps, en 1545. « Nous étions, dit- « il dans ses Hémoires, debout à quatre heures, et, ayant prié « Dieu, allions à cinq heures aux éludes, nos gros livres sous « le bras, nos écritoires et nos chandeliers à la main. Nous » oyons toutes les lectures jusqu'à dix heures sonnées sans • interruption; puis venions dîner après avoir en hàle con- « féré de demi-heure ce qu'avions écrit des lectures. Après « diner nous lisions, par forme de jeu, Sophoclès ou Arislo- « phanès, ou Euripidès, et quelquefois Démoslhènès, Cicero, « Virgilius, Horatius. À une heure aux études; à cinq heures « au logis, à répéter et voir dans nos livres les lieux allégués « jusques après six. Puis nous soupions et lisions en grec ou « en latin. » Voilà comment se formaient ces écoliers du xvie siècle qui sont devenus, en si grand nombre, des prélats, des théologiens, des jurisconsultes, des historiens, des érudits,
des écrivains remarquables.
Cet austère régime n'empêchait pas les écoliers d'affluer
dans les collèges; car « partout, à celte époque, les réfectoires,
« les cellules, les dortoirs étaient pleins à crever. Dans les
« dortoirs particulièrement, le trop plein des élèves réduisait
« les directeurs de ces maisons à un expédient singulier : on
■ suspendait au plafond des couchettes, afin qu'il n'y eût
« rien de perdu dans l'espace d'une chambre L'encom-
« brement était partout, dans les classes, dans les rues;
« les carrefours ne suffisaient plus à contenir cette mul-
« tilude d'écoliers qui allait jusqu'au nombre de vingl « mille4 ».
Toute cette jeunesse savait aussi tempérer l'étude par le jeu. Nous voyons les écoliers de ce temps se livrer avec ardeur aux amusements de leur âge. Sous ce rapport, on peut les proposer encore comme modèles aux collégiens de nos jours; ils n'avaient pas besoin de recourir à l'entraînement du sport ou d'emprunter à nos voisins d'Outre-Hanche des jeux et des termes exotiques. L'auteur du xvie siècle que nous citions tout à l'heure, Mathurin Cordier, a consacré un de ses plus longs chapitres à exprimer en latin correct tous les jeux en usage dans les collèges. Nous les énumérons, sans avoir la prétention de les expliquer tous : la paulme, la balle, la boule, la mouche, les barres, le cheval fondu, la savate, le pot cassé, le palet, la morisque, le saut, la course, la joute, les claquettes, les quilles, la croise, les clefs, les jetons, la vessie ou le ballon, les osselets, les tablettes, les échecs, les dames, pair ou non, la fossette, les noix, la trompe, la toupie, le sabot, etc.*.
La situation matérielle des maîtres ou régenls n'était pas beaucoup plus brillante que celle des élèves. 11 n'existait point de fondations ni de revenus dans les collèges de l'Université pour l'entretien des régenls. Au temps des écoles delà rue du Fouarre, les régents répétiteurs dans les collèges, comme nous l'avons vu à propos de Pierre le Secourable, étaient payés par les pensionnaires, mais sans qu'il y eût aucune taxe déterminée. Plus tard, quand s'établit le plein exercice, les écoliers qui fréquentent les classes doivent payer un demi-écu par mois à leur professeur, dans les hautes classes s'ils sont internes, et un tiers d'écu dans les classes au-dessous de la
1. « Juvenum nuinerum non minus quam viginti millia in hac urbe dicunt fuisse, eu m omnia collegiorum cœnacula, omues celluJae ita erant refertae, ut prae locorum angustiis de lacunari cubilia funibus demiiterentur. Ita omni auditoria studiosorum conçu reu célébra bantur, ut undique circuinfluentem niultitudinem collegiorum angustue capere non possent. » De praesenti Paris. Academiae rerum statu, 1588, cité par M. Ch. Gidel, Revue de V Enseignement secondaire, 1886, p. 259.