Bib. de la Sorb., U. 132, n* 3, p. 19; n» 7, p
de Médicis ne s'en accommodait point. Voilà pourquoi le 23 août 1572, veille de la fête de l'apôtre Saint Barthélémy, elle poussa son fils Charles IX à ordonner un massacre général des huguenots, odieuses représailles du massacre des seigneurs catholiques du Béarn, accompli trois ans auparavant au château de Pau, par les ordres de Jeanne d'Albret, le 23 août 1569, veille aussi de la Sainl-Barihélemy1. Comme le dit Crévier, l'Université ne prit aucune part à ce carnage, et elle n'eut à déplorer que la mort de deux de ses plus illustres professeurs Ramus et Lambin3. Et encore on ne peut pas dire que Lambin ait élé une victime du fanatisme des massacreurs: car il succomba plusieurs jours après l'attentat par suite du saisissement et de la fièvre qu'il éprouva en apprenant la mort tragique de son collègue Ramus. Quant à celui-ci, il ne faut plus imputer son assassinat à ses opinions religieuses ou à la vengence exercée contre lui par son antagoniste au collège royal, Jacques Charpentier, comme l'ont prétendu la plupart des historiens. Il est démontré aujourd'hui que Charpentier n'est pour rien dans sa mort, et que ce n'est pas le huguenot que l'on poursuivit en la personne de Ramus, mais que mal lui arriva, comme au chanoine de Notre-Dame Rouillard, massacré dans sa maison le jour de la Saint- Barthélémy, parce que, dit Hichelet, < c'était un homme d'un mauvais caractère. » La même raison s'applique à Ramus. Il s'était fait beaucoup d'ennemis de tous côtés par 3on outrecuidance, par la rudesse de ses attaques et de ses
1. V. Favyn, Histoire de la Navarre, liv. XIV, où il raconte que Charles IX, en apprenant ce crime, jura,' dans sa colère, qu'il ferait une seconde Saint- Barthélémy, en expiation de la première. Mp Puyol a très bien mis en lumière ce fait dans son beau volume sur Louis XIII et le Béarn, p. 35.
2. Denys Lambin fut d'abord professeur d'éloquence au Collège royal, en 1561, puis de langue grecque, qu'il enseigna jusqu'à sa mort, en 1572. Il compta parfois plus de cinq cents auditeurs à ses cours sur les œuvres de Démosthène, Homère, Sophocle, Euripide et même Àristote. Il contribua avec Danôs, Galland, Turnôbe, Dorât, à la renaissance de la littérature grecque en France, au xvie siècle. V. Goujet, Mémoire sur le Collège royal, p. 161.
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procédés souvent mesquins et ridicules4. Le protestant Théo* dore de Bèze lui en voulait peut-être plus à cause de son hostilité contre Arislote, que les universitaires ou les catholiques, et dernièrement Ramus venait de faire battre et jeter sanglant à la rue un homme armé qui avait pénétré dans son collège. Qui dit que celui-ci ne serait pas l'auteur inconnu de sa mort1? Mais ce qu'il y eut de plus cruel dans ce meurtre, ce fut de voir les écoliers du collège de Presles insulter à son cadavre, le frapper de verges, le traîner par les rues et le mettre en pièces s. N'est-ce pas le cas de répéter avec le poète, ce qu'il fait dire au lion recevant le coup de pied de l'&ne :
C'est mourir deux fois que souffrir tes atteintes !
Mais si l'Université ne prit aucune part à la Saint-Barthélémy, elle n'eut pas moins à en souffrir. Les collèges se dépeuplent de plus en plus, et, pour peu que ce régime de violence persévère, on les trouvera à la fin du xvi* siècle complètement déserts. Au collège d'DARcouRT on n'en est pas encore là; mais l'abandon où le laisse son proviseur donne libre carrière aux abus. Après les dilapidations des boursiers, nous assistons aux exploitations des principaux à louage, la plaie des collèges de cette époque. Nos factums rapportent comment Olivier de Quittebeuf a passé trois « con- « trats par lesquels le proviseur, assemblé avec les boursiers * théologiens, artistes et grammairiens, donnait à ferme pour « quatre ou pour six ans certains corps de logis, les classes, « la cuisine, les caves et les ustensiles et meubles de cuisine « gratis pour la première année, et à une somme médiocre
1. Qui ne connaît la querelle ridicule soulevée par Ramus contre les Sorbonistes, parce qu'ils prononçaient kiskis et kankan les mots latins quisquis et quanquam ( C'est ce qui a donné, du reste, naissance au mot populaire de cancan pour désigner des propos bruyants et inconsidérés.
2. V. J. Bertrand, Ramus et Charpentier, dans la Revue des Deux Mondes du 15 mars 1881. L'auteur réfute avec succès les accusations injustes portées contre Charpentier par M. Waddington dans son Ramus.