‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 172 sur 355 · Bib. de la Sorb., U. 132, n» 1, fondations · texte numérisé non relu

Bib. de la Sorb., U. 132, n» 1, fondations

3. V. chap. U, p. 66, le plan qui indique l'emplacement de Y Hôtel cFAuœerre, et dans les chapitres VI et suivants, les plans du collège d'HARCOURT, dressés par M. Dupraz.

maisons du grand et du petit Hareourt, sans avoir besoin de sortir dehors, P. Padet obtint, en 1 030, de la Ville de Paris, l'autorisation de construire un passage voûté sous la rue de la Harpe1.

En 1046, il eu ta soutenir un long procès contre ses voisinsles Cordeliers, qui réclamaient la propriété de la partie des fossés de la rue Monsieur le Prince, que le Roi avait concédée au collège d'HmcounT. Les religieux prétendaient que c'était une ancienne dépendance de leur couvent qui leur avait été enlevée en 1558, quand le prévôt Etienne Marcel fit compléter les défenses de Paris de ce côté, et qu'elle devait leur Taire retour dès lors que les remparts étaient supprimés. Leur réclamation n'obtint aucun succès, le collège resta en possession de ce qui lui avait été concédé, malgré les oppositions de la Ville de Paris, laquelle se prétendait aussi propriétaire des anciennes fortifications'1.

L'enseignement de la philosophie, qui préparait a la maîtrise ès-arts, était tout particulièrement en honneur au collège cI'IIarcourt à celte époque. P. Padet, appelé par le proviseur Turgot, la professa dans cette maison pendant trente ans, ■ avec tout te succès qu'on avait lieu d'attendre de sa constante application au travail, et de la variété, comme de l'étendue de ses connaissances, » dit l'historien du Collège de France'. Mais déjà on ne jure plus exclusivement par Aristote comme au moyen âge; Platon, sous l'action de la Renaissance, est préféré au Maître vénéré de la Scolastique. P. Padet lui fait place dans son enseignement et inspire à ses disciples un goût particulier pour les spéculations du fondateur de l'Académie. Il exposait ses doctrines avec tant d'élévation et de netteté, que l'on comptait souvent plus de trois cents auditeurs dans sa classe et que de tous les points de la France on s'empressait de lui envoyer des élèves'. Mallieu-

reusémènt il ne nous reste rien de ses travaux philosophiques sauf un écrit sur l'Être, de Ente et ejus partibus.

On a encore de Padet un livre sur les déclinaisons grecques en collaboration avec du Chevreul, et un autre assez rare intitulé Défense des droits de V Université de Paris , pour rappeler et faire revivre des traditions méconnues dans la corporation. L'impression de cet ouvrage, qui contient 33 feuilles, in-4°, à 12 livres par feuille, lui coûta 396 livres. Comme le proviseur Turgot avait contribué à la publication du Théâtre des Antiquitez de Paris du Père du Breul, le proviseur Padet contribua à celle de la grande Histoire de l'Université de Paris, entreprise par du Boulay. Il soutint l'auteur par ses conseils et son argent. Le premier volume parut en 1665 et le sixième en 1673.

Nous n'avons pas non plus les œuvres d'un autre régent de philosophie au collège d'HARCouRT, des Àuberis, qui se distingua comme Padet par son enseignement et fut appelé aussi à professer au Collège Royal en 1665.

On est plus heureux à l'égard de l'un des disciples de Padet, Jacques du Chevreul ou de Chevreuil. Originaire de Coutances, il 6t d'excellentes études à Paris et acquit une telle habitude de la langue latine qu'il s'oubliait à s'en servir avec les dames, les domestiques et même en s'adressa nt au chien du collège d'HARCouRT, raconte l'auteur du Menagiana1. Après avoir suivi les cours de philosophie de Padet, il fut chargé, à son tour, de l'enseigner au collège d'HARCouRT, puis au Collège Royal. L'austérité de sa vie était d'accord avec la rigidité de ses principes, c'est ce qui lui valut, de la part de ses élèves, le surnom de Caton chrétien. Ardenjt champion de l'Université contre les entreprises envahissantes des Jésuites du collège de Clermont, il se signala plus d'une

1. Menagiana, t. II, p. 185, où on rapporte qu'un jour il vit, étendu au soleil, le chien du collège, appelé Gueule noire, qui avait pour fonction de tourner la broche, et il l'apostropha en ces termes, croyant parler à un écolier : « Non studes, gueule noire, tota die otiosus es* » Il apostrophait aussi son cheval en latin : « Non ibis, mala bestia, etiam admotis calcaribus ? »

fois par de vigoureuses sorties pour dénoncer et flétrir leurs agissements. Le passage un peu vif des Cenomanica, cité plus haut, peut en donner une idée. Quoiqu'il ail étudié Aristote aussi bien que Platon, du Chevreul avait pour ce dernier un culte plus marqué qu'il tenait de son maître Padet. Toutefois c'est toujours Aristote qu'il enseignait à ses élèves pour se conformer aux programmes universitaires de son temps. Il parait que son enseignement avait un tel succès que sa chaire était entourée de nombreux auditeurs, car, assure un de ses panégyristes, Dehennot, professeur à Harcourt, « il parlait si bien que si Jupiter était descendu sur la terre, il ne se serait pas exprimé autrement. » Ses travaux philosophiques nous sont parvenus, quelques-uns imprimés, la plupart manuscrits. Parmi les premiers on trouve un traité de libero arbitrio, dirigé contre Calvin, un autre de immortalitale animae, une démonstration du point mathématique, de démonstrations magnitudinis in puncto, où il aborde la ques- (ion de la divisibilité de la matière, et un traité d'astronomie, de sphaera, dans lequel il partage plusieurs erreurs de son temps, notamment la négation du mouvement delà lerreautour du soleil qu'il croyait opposé à l'enseignement de l'Écriture sainte. Outre ces ouvrages imprimés et plusieurs harangues prononcées en sa qualité de recteur de l'Université (1634), du Chevreul a laissé tout un cours de philosophie en latin, fruit de ses vingt-deux ans de professorat, qu'il se proposait de publier lorsqu'il fut surpris par la mort en 1649* . Un autre de

1. P. Padet en envoya une copie à sa famille, sans doute celle que possède la bibliothèque de Cherbourg, hous les n°* 22, 23, 24, 25, car ces manuscrits portent sur la couverture ces mots : Pour la famille du Chevreuil, lis se composent de quatre volumes peu lisibles. Les deux premiers in-4° renferment un exposé de la Morale d' Aristote, dicté en 1625, et de la Métaphysique, de la Physique, des Livres du Ciel, de la Génération et de la Destruction, dictés en 1629; les deux autres volumes in-f° contiennent un compendium et des commentaires, dictés en 1634 et 1635, sur la Dialectique, Y Éthique, la Métaphysique, la Physique, les Livres météorologiques, et ceux de Y Ame, du philosophe de Stagyre. Il est difficile de se rendre compte de ces ouvrages à cause de leur transcription. Si du Chevreul parlait bien on le copiait fort mal.

ses panégyristes, Jacques de l'Œuvre, a dit de lui : « Aristoteles doctrinay nostro Platone (Padet) dignus, gravitate censoria Cato. » Le professeur Halle l'a célébré à son tour en ces termes :

Nostris Harcurium auspiciia et ndunere crevit; Qui docuit plures, vix Sophus alter erit*.

Nous voudrions pouvoir citer, en dehors de ces maîtres, les noms de quelques-uns de leurs élèves, mais nos recherches ne nous ont guère renseigné à cet égard. On signale cependant un écrivain distingué qui vint à dix-sept ans faire sa philosophie au collège d'HAncocRT, Pierre Nicole. Il devint, comme on le sait, un fervent disciple de Port-Royal et collabora aux travaux des solitaires. Il a laissé entr'autres ouvrages estimés des Essais de morale qui faisaient dire à Madame de Sévighé, qui s'y connaissait, « c'est la même étoffe que Pascal. » Malheureusement l'uniformité de son style plus encore que sa réputation de janséniste a nui à la renommée de ses écrits.

Il en est un autre que nous pouvons mentionner également parmi les élèves du collège d'HARCOuRT, c'est un Normand, Saint-Évremond, qui vint y finir ses études, en 1627. Il y fit sa philosophie, au sortir de la rhétorique qu'il avait suivie au collège de Clermont. On sait comment cet épicurien bel esprit, fut tour à tour soldat et homme de lettres, maniant, avec une égale bravoure et une égale indépendance la plume et l'épée. Il servit la Fronde et Mazarin et ne ménagea pas plus l'une que l'autre dans ses satires, au point qu'il dut s'exiler en Angleterre, pour éviter la Bastille. Son talent d'écrivain, surtout dans le genre épistolaire, lui conquit dans la société anglaise une telle célébrité qu'à sa mort on lui décerna les honneurs d'une sépulture dans l'abbaye de Westminster (1703).

1. "V. les éloges de du Chevreul pur Jacques de l'Œuvre, la Luierne-Garaby, Dehennot et flallé, et l'article de M. Couppey, Annuaire de la Manche, 1829.

Signalons encore à celte époque quelques événements qui ont laissé leur trace dans les annales du collège d'HARcouRT.

C'est d'abord, en 1629, l'éloge de Louis XIII, au sujet de la victoire remportée sur les Anglais devant Pile de Ré. Cet éloge se compose de deux discours écrits en grec et prononcés au collège d'HAAcouRT par le professeur Pierre Bertrand de Herignon, qui enseignait aussi au Collège Royal. Il invita le pqblic à venir l'entendre par deux affiches qui furent apposées dans le quartier des écoles. Elles étaient rédigées en latin sous ce titre :

P. B. Merignonus linguae graecae, ex regia munificentia

professor necnon hebraicœ, in Harcurio, de caesis

ad insulam Retiam fugatisque Anglis, orationem grœce habebit,

die sabbathi, D. Martino sacra, hora de meridie prima.

L'auteur ne se contenta pas de prononcer ses deux discours grecs, il les publia et, pensant avec raison que tout le monde ne pourrait pas les comprendre, il annonça une traduction française que nous n'avons point retrouvée. Ces écrits sont précédés d'une dédicace à la reine-mère, Marie de Médicis. Nous en détachons ce passage, qui nous donne une idée du ton général : « J'ai cru estre nécessairement obligé par l'honneur que j'ay servant le Roy voslre fils en qualité de professeur el orateur grec, de faire dire à celle langue diserte ses louanges et ses victoires, victoires plus grandes que celles des siècles passez et que les temps à venir ne pourront peut-être pas croire1. • Ce langage flatteur ne doit pas nous étonnera cette époque. Le Recteur Dossier, un harcurien, ne disait-il pas à Louis XIII, en lui présentant, le jour delà Purification, le cierge que lui offrait l'Université : « Sire, ce cierge que nous venons offrir à Votre Majesté n'est pas pour vous porter de la lumière, mais pour la recevoir de vous, qui, Tunique et

1. Panégyrique de Louis le Juste sur le sujet de la victoire que Dieu lui a donnée sur les Anglais, en la journée de l'île de Ré. — Bib. nat., Lô. "2703.

très agréable soleil de la France, esclairez de vos rayons les parties les plus esloignées de l'univers. »

C'est ensuite, en 1636, lors de l'invasion des Espagnols en Picardie, la jeunesse des collèges qui se signale par son patriotisme en s'enrôlant volontairement pour marcher contre l'ennemi. Le Recteur Hareschaux l'y encouragea par un mandement ainsi conçu :

« De par M, le Recteur de l'Université, on fait à sçavoir que a tous les écoliers qui voudront servir le roi en ses armées, outre « leur solde, seront receus gratuitement au degré de maîtrise es « arts en ladite Université, en rapportant bons et valables certi- « Beats de leurs services; à la charge de bailler leurs noms dès « demain, 9 de ce mois, audit sieur Recteur, au collège du Car- « dinal le Moine, où il est demeurant. Fait audit collège le 8 août « 46361. » « Signé : Marescbaux, Recteur. »

En 1639, une assemblée extraordinaire de trente-huit collèges était convoquée au collège d'HARcouRT pour délibérer au sujet de l'imposition levée par le roi sur les biens de main-morte afin de subvenir aux frais de la guerre contre l'Autriche. Ce fut le conseiller Talon qui obtint que l'Université et ses collèges continueraient à jouir de l'exemption des impôts qu'elle tenait, disait-il, de sa fondation par Charlemagne. Nous avons vu dans notre premier chapitre ce qu'il faut penser de cette Fondation légendaire.

Peu après, en 1642, commença la visite solennelle des collèges parle Recteur Le Bourg, un harcurien, et tous les dignitaires des Facultés et Nations. L'inspection passée à Harcourt, le 24 janvier 1643, y trouva tout dans l'ordre le plus parfait, et le Recteur n'eut que des éloges à adresser au proviseur Padet sur l'excellente discipline de la maison et le grand nombre des écoliers qui la fréquentaient. Il en était de même des autres grands collèges. Ainsi les quarante premières années du xvne siècle avaient été favorables à l'enseignement et l'Université s'était bien relevée de l'état d'infériorité où elle se trouvait au moment de la réforme d'Henri IV.

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