‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 176 sur 355 · V. ces statuts à la fin du chapitre II · texte numérisé non relu

V. ces statuts à la fin du chapitre II

Toile était la sttuaiion a la mort de Pierre Padet, en 1665, lorsque certains boursiers turbulents tentèrent un petit coup d'Étal pour ressaisir l'indépendance dont avaient joui leurs prédécesseurs à la lin du xvr* siècle. Ils étaient dirigés dans leur entreprise par un des leurs, Louis Hoêl, prieur du collège et régent de philosophie, esprit frondeur et audacieux, qui devait plus tard se Taire vertement admonester par l'Université pour tes hardiesses peu orthodoxes à l'endroit de la liberté de l'homme. En attendant, il prit une autre liberté, celle de fabriquer de nouveaux statuts, qu'il lit signer par six grands boursiers. On était au mois de février, mois des révolutions déjà en ce temps-là, et l'assemblée des huit électeurs allait se réunir le 12 pour choisir un nouveau proviseur. Il était tout indiqué en la personne de maître Thomas Fortin, qui avait été principal sous P. Padet et l'avait soutenu dans ses réformes. Fortin, instruit de ce qui se tramait et ne pouvant s'y opposer, faute d'autorité suffisante, son litre de principal étant périmé a la mort du proviseur, avait prisses précautions. Au cas où L. Noël exigerait sa signature avant le vole, et où il la donnerait, pour ne pas compromettre son élection, il avait, par avance, déposé chez un notaire une protestation en bonne forme contre la lenlalive de Noël. A Normand, Normand et demi ! Au moment de voler, le 12 février, Noël tira de sa poche une copie de ses nouveaux statuts, la présenta comme une chose de peu d'importance à Fortin, et le pressa de signer, sans lui donner le temps de lire la pièce. Fortin signa et fut élu proviseur à l'unanimité. Hais, aussitôt après avoir été confirmé dans sa charge par le plus ancien docteur de la Nation de Normandie, suivant l'usage, et par le chancelier et le Recteur de l'Université de Paris, il renouvela devant notaire sa protestation contre les statuts de Noël. Cette fois, sa conduite était plus ferme et plus correcte que la veille, aumomentdesonelection.il faut avouer que Fortin, l'ami de Pascal, qui devait, un des premiers, recevoir la confidence des Lettres provinciales, se montra, dans le fait qui nous occupe, trop partisan des restrictions mentales qu'elles condamnaient. C'est qu'aussi la situation était grave, et qu'il pouvait dire ;

se

Salu$ populi, lex suprema! Il s'agissait de sauver encore une fois le collège (I'Harcourt de l'anarchie et de la ruine. Noël et ses adhérents avaient dressé des règlements en 14 articles, qui réduisaient le proviseur à n'être plus qu'un supérieur honoraire et non onéraire de la maison, comme on disait alors. On voulait lui retirer son logement au collège, — appelé la salette d'Harcourt, — les bourses qui lui tenaient lieu de traitement, et les avantages matériels qu'il tirait des pensionnaires. En outre, on nommait un principal indépendant de lui, renouvelable tous les trois ans par les boursiers et administrant selon leurs vues, puis un procureur pour les intérêts matériels, également à la dévotion des boursiers. Enfin, ils décidaient que ce seraient eux qui choisiraient et déposeraient les régents, et ils stipulaient que les bourses pourraient être conservées à perpétuité et cumulées avec d'autres revenus, contrairement aux statuts qui ne les attribuaient qu'à des étudiants pauvres, pour dix ans aux théologiens et cinq ans aux artiens et grammairiens, à la condition d'arriver au bout de ce temps à la licence dans la faculté pour laquelle ces bourses étaient fondées. C'était un bouleversement complet de l'institution des d'Harcourt. Les auteurs de ce projet se faisaient la part du lion : car, plusieurs d'entre eux, fruits secs du baccalauréat, qu'ils n'avaient pu dépasser, étaient boursiers depuis quinze, vingt et trente ans, véritables vieilles barbes du quartier latin. Us étaient d'autant moins excusables que la plupart des six associés de Noël avaient de quoi vivre; l'un d'eux même jouissait d'un aussi gros revenu que celui du collège entier.

M* Thomas Fortin défendit à ces perturbateurs de donner suite à leur projet; ils n'en tinrent aucun compte, el, rassemblés capilulairement dans la chapelle, selon l'expression consacrée, nommèrent un principal et un procureur de leur cru. Le proviseur invoque alors l'assistance du lieutenant civil, conservateur des privilèges de l'Université, qui interdit aux élus d'exercer leurs fonctions. Ceux-ci. résistent, et, pour ne pas envenimer l'affaire, Fortin propose à ses adversaires de recourir à un arbitrage. Trois magistrats du Par-

lemeut, de Beaucquemar , de la Grange, Tnrgot de Saint-Clair, consentent à entendre lea deux parties. C'est alors que le proviseur d'HABcouRT rédige les mémoires que nous avons encore, dans lesquels il réfute victorieusement les prétentions de Noël et de ses adhérents. Tandis qu'il était fidèle à présenter ses moyens de défense, à les envoyer aux arbitres après les avoir fait contresigner par Noël, celui-ci dissimulait les siens, et cherchait à triompher sur un autre terrain. C'est ainsi qu'il produisait au Parlement l'acte subreptice qu'il avait fait signer par Fortin au moment de son élection, et réussissait à tromper les juges, qui donnèrent leur sanction à un concordat qu'ils croyaient accepté par les deux parties. Le proviseur dut leur ouvrir les yeux sur la perfidie de ses antagonistes, en présentant sa protestation notariée. On n'imagine pas toutes les arguties, tous les subterfuges auxquels recoururent les boursiers récalcitrants. La chicane n'avait point de secrets pour eux : Normands, théologiens et philosophes, c'était plus qu'il n'en fallait pour faire durer la querelle. Ainsi nous relevons cet argument pour rabaisser la dignité du proviseur: « Le principal est maître; le proviseur est maître : donc le proviseur est principal. » Si ce n'était raisonner en baroco, c'était au moins baroque.

Pour faire triompher leur cause ils ont recours à des procédés de faussaires : ils raturent les textes, retranchent ou ajoutent des mots pour les faire parler en leur faveur; ils enlèvent des feuillets aux registres des comptes, suppriment même certains de ces registres qui renfermaient des témoignages opposés à leurs prétentions. A bout d'arguments, ils en viennent aux injures, noircissent la mémoire de Tnrgot et de Padet, et outragent mime te proviseur Fortin, le traitant de fourbe, d'avare, de Caïphe; ils vont jusqu'à le menacer, lèvent même ta main sur lui. Ils se tachent, donc ils ont tort. Fortin, digne de son nom, vir verefortà', et de sa charge, reste calme, discute froidement, répond par des

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