‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 193 sur 355 · E. Boytse, La Comédie au Collège · texte numérisé non relu

E. Boytse, La Comédie au Collège

Parmi les acteurs, on trouve des noms historiques, tels gm ceux de Omar Talon, un petit-fils du fameux jurisconsulte, Joly de Fleury, le magistrat qui succédera à d'Agueaseau, Achille de Harlay, dont l'aieul est bien connu pour sa belle réponse au duc de Guise, après la journée des Barricade» (1588), François de Grandmont, Jacques de Viennois, Bernard de Mony, Joseph de Brézolles, etc. Le libretto ne donne qu'une analyse sommaire de chaque acte, mais, en revanche, il expose longuement la marche du ballet composé par le sieur de La Montagne pour servir d'intermède a la pièce. Il s'agit de montrer la Vertu victorieuse de l'Envie. L'Envie paraît avec "une suite composée de Soucis et de Chagrins représentes par des poètes et des plaideurs, de l'Ambition et de la Présomption empruntant la figure d'Espagnols (on sortait de la guerre de Hollande où l'Espagne n'avait pas eu le beau rôle), du Babil et de monstres conduits par un Lutin. Le Dépit apparaissait a son tour avec des joueurs malheureux, des courtisans disgraciés, la Rage et le Désespoir. Puis c'était Momus à la tête de censeurs et de critiques, des Troubles et des Agitations. Enfin l'Envie a recours au Dol et aux Artifices figurés par des Italiens, des arlequins et mfme des galériens. Dans un ballet général, l'Envie se fait suivre par des gens de tout âge et de toute condition, mais elle ne réussit qu'à orner le triomphe de la Vertu qui la met en fuite et s'attache ses partisans.

En 1684, le répertoire du collège d'HAncouRT entre dans une voie plus moderne; on y rencontre une tragédie sur Thomas Horus, grand chancelier d'Angleterre et victime du despotisme d'Henri VIII. C'est tout ce que nous saTons au sujet de celte représentation.

En 1685 et en 1688, on joue au collège, avec quelques variantes dans les personnages, et un texte peu différent, la tragédie bien classique de Romvlus ou la Mort d'Amulius qu'il tue pour rendre à Numilor le trône d'Alba dont Amulius l'avait dépossédé. La scène est dans un bois voisin d'Albe. La pièce, toujours d'auteur inconnu et brièvement indiquée dans le programme, se compose de cinq têtes

suivis (J'un ballet comme les précédents. Là encore on retrouve parmi les acteurs les noms d'Orner Talon et de Joly de Fleury, ainsi que ceux de Forget, parent sans doule de celui qui fut un des rédacteurs de YÉdit de Nantes, et le nom de Charles Perrault, l'auteur des Contes de ma mère POye. Le ballet représente le triomphe de la Modération. L'Ambitiop et la Violence luttent contre le génie de la Modération et cherchent à le supplanter. Mais la Modération aidée de la Valeur, du Mérite et de la Victoire triomphe de tous les obstacles. Les ivrognes eux-mêmes viennent lui offrir leurs hommages qui naturellement sont repoussés. Il parait que l'acteur Orner Talon était un danseur distingué, car le programme a bien soin de mettre en vedette ces mots : Orner Talon dansera. Ainsi le collège d'HARcouRT n'avait rien à envier ai| collège de Clermoist au point de vue du théâtre. Il donnait des représentations dramatiques et même des ballets malgré les défenses de l'Université qui excluait la danse. Mais il parait qu'on prétendait alors dans l'éducation moraliser en dansant1.

En 1689, l'auteur que nous avons déjà cité nous apprend . qu'on joua encore à Harcodrt une Marie Stuard (sic). C'est aussi tout ce que nous en savons.

En 1697, autre pièce qui portait le litre tout à fait biblique , de Sédécias. C'est une tragédie composée de trois actes avec chœurs à l'instar A'Esther et à'Athalic, que l'on venait de représenter h Saint-Cyr*. H s'agit de la chute de Jérusalem, assiégée par les troupes de Nabuchodonosor, de la prise du roi des Juifs Sédécias, et du supplice de ce prince, auquel le vainqueur fait crever les yeux. Comme on le voit, le plan est des plus simples. L'unité d'action est aussi bien observée : elle se passe tout entière à Réblatha. On ne peut, pas plus que pour les pièces précédentes, juger du développement qui a été donné à celle-ci, le libretto n'offrant qu'un court résumé

: 1. Boy fie, Revue contemporaine, 1870, p. 43.

?, .Rappelons que Racine fut élève (I'Harcoukt en 1658, et y fit sa . rhétorique et sa philosophie.

de ]<i pièce. Nous Ignorons également le nom de l'auteur, le programme ne mentionne que celui du compositeur de Bousset', qui avait mis les chœurs en musique. Mais, en revanche, nous connaissons les acteurs. Observons à ce sujet qu'il n'y a plus ni rôle de femmes, ni danseurs, comme dans les représentations précédentes. Des décisions universitaires de 1605 les avaient formellement interdits. Les noms des jeunes artistes et leur nationalité nous montrent aussi, et c'est une remarque qui s'applique aux autres pièces, que parmi les pensionnaires l'élément normand ne dominait pas autant que parmi les boursiers'. L'un d'eux est chevalier de Malte, Charles d'Ëtampes.

Les chœurs, reproduits in extenso, débutent par un prologue à la louange de Louis XIV, dans lequel on célèbre le retour de la Paix ramenée par la Victoire:

Fille du Ciel, aimable Pai«, Venez et comblez nos souhaits :

Louis par vous se dérobe o la gloire.

Voire cours dans ces lieux doit durer 4 jamais, Si tous êtes conduite ici par lu Victoire.

Pour comprendre cette allusion, nous rappellerons que cette année 1697 marquait la lin de la terrible guerre de la Ligue d'Augsboury, qui a laissé dans l'histoire les odieux souvenirs de l'incendie du Palatiitat. Louis XIV, enivré de sa puissance, n'écoutait plus que les conseils de ceux qui dallaient son ambition et son orgueil. Aussi Fénelon avait raison de lui dire dans sa lettre anonyme : • On ne vous a donné pour

1. Le compositeur rie BotiEset. dont le véritable nom est, Dronart, né à Dijon, en Uêt, mourut le !S octobre 1733. 11 a>ait fait, ses études au collège des Jtsuitss de Dijon et avait eu (jour maître de musique Jacques Farjonel, chanoine de la Sainte-Chapelle de cette ville. Bousset (ut mailre de musique au Louvre, et, en 13)3, il avait le litre de compositeur île musirpji': de l'Académie lra:n;ai!-c. des huiles-lettres et sciences. Il a laissé îles (ruvrvs ruiiâir.'des. doril plusieurs sont encore manuscrites.. (Voir Fétis, biographie des Musiciens.)

2, Voir nui documents annexes h lYprixliiction 'les ['ira;: ranimes de Boèce, Hotnutut et SJddcias,

tl

science de gouverner que la défiance, la jalousie la hauteur et l'attention à votre seul intérêt De là la durée de

la ligue formée contre vous Dieu tient son bras levé sur

vous; mais il est lent h vous frapper, parce qu'il a pitié d'un prince qui a été toute sa vie obsédé de flatteurs. » Nous rencontrons la même pensée exprimée dans les chœurs du Sédéeias d'HARCouRT :

Le Ciel pour nous instruire Semble faire entendre sa voix :

Malheureux tous les rois Qui se laissent séduire Aux discours imposteurs Des dangereux flatteurs !

Un héros dans l'horreur d'un combat effroyable Où le plus fier courage à peine se fait jour Est plus en seureté qu'au milieu de sa cour Parmi tous les flatteurs dont la foule l'accable.

Mais lorsqu'un Roi défient l'appui

De la vertu, de la justice Et qu'il sçait du flatteur démêler l'artifice; Le ciel prend soin d'écarter loin de lui, Le funeste malheur qui nous trouble aujourd'hui.

Ce qui nous semble autoriser ce rapprochement, c'est que nous retrouverons, en 1715, un langage analogue dans l'Orotson funèbre de Louis XIV prononcée à la Sorbonne par B. Grenan, professeur de rhétorique au collège d'HARcouRT. Hais peut-être prêtons-nous à l'auteur de cette tragédie des intentions qu'il n'avait pas, comme on a attribué à l'auteur d'Esther des allusions à Louvois, à la Révocation de VÊdit de Nantes et aux dragonnades, qui n'étaient pas dans la pensée de Racine. En tout cas, d'après les passages que nous» venons de citer, on peut voir que les chœurs de Sédécias sont loin de valoir ceux d'Esther et d'Athalie. Leur mérite, à nos yeux, est de nous rappeler un souvenir de l'ancien d'RARcouRT, auquel nous pourrions ajouter, pour le rendre plus intéressant, sans nous écarter de la vérité, la supposition que la tragédie de Sédéeias serait due à la plume de quelque jeune régent ou

élèfe du collège comme cela se passait au collège de Cleriiont et ailleurs'.

I. Cette tragédie de Sédédas, empruntée peut-être à. la tragédie des Jltivei de Garnier, fut joui* la morac année, «ans les chreura, au collège Mazarin. (V. B. de la V, de Paria. 1169, in-i°.) On aérait

la Bibliothèque île la Société des Auteurs dramatiques le manuacrit en 76 pages in-folio d'une pièce dont le titre seul a été imprimé pour ■ervir de programme, et qui eal ainsi conçu : Sêdêcias, tragédie qui sera représentée sur le théâtre du collège de la cille de Saint- Quentin, le mardi vingt-unième du mois d'août 1731, à trois heures après midi, pour la distribution des pria:. Elle eat eu fera arec ehœura, et elle avait pour auteur le professeur Crommfllin.

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