Chap. IV
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succès, et dont le mérite était reconnu. Quarante sept membres de la Nation de Normandie, sur cinquante et un, signèrent la réintégration de Josset. Signification de la décision fut faite 1i Me de la Brière par le censeur Auger et l'appariteur Cuirot. Le proviseur n'en tint aucun compte, accueillit en •termes injurieux les envoyés de la Nation et raconta au dehors -ce qui s'était passé à l'assemblée. Aussi fut-il cité devant le syndic de la faculté des arts, Pourchot, pour faire ses excuses à la Nation de ce qu'il avait mal reçu ses envoyés et divulgué ses secrets. En même temps le Recteur de l'Université, Viel, confirma la décision de la Nation et maintint Josset dans sa chaire de rhétorique. Ajoutons, au sujet du professeur Josset, la mention d'une tragédie intitulée Saùl ou l'Ombre de Samuel qu'il composa, en 1712, pour le collège d'HARCouRT. Malheureusement nous n'avons pas trouvé le libretto de celle pièce qui nous eût d'autant plus intéressé que cette fois nous en connaissions l'auteur. Nous savons seulement par une lettre du compositeur Boussard, qu'il reçut au mois d'août 1712 la somme de 75 livres pour avoir fait la musique des chœurs de la tragédie de Josset4.
L'affaire Josset fut bientôt suivie d'une lutte plus vive entre la Nation de Normandie et le proviseur d'IlARcouRT. La Nation se plaignait de ce que M° de la Brière en prenait à son aise avec elle ; de ce qu'il ne célébrait pas lui-même les messes qu'elle avait établies dans la chapelle d'HARcouRT; de ce qu'il chargeait, de son autorité privée, d'autres prêtres de les acquitter à sa place; de ce qu'il n'observait pas les rubriques, ne savait pas bien chanter l'office et y apportait des négligences dont on murmurait; enfin, grief non moins condamnable, de ce ■qu'il avait célébré avec une tonsure qui n'était pas fraîchement faite. Mc de la Brière est cité à comparaître devant la Nation pour répondre de sa conduite. Il refuse. On bille son nom -sur les listes des membres de la Nation de Normandie. Il riposte en fermant sa porte au nez des envoyés de la Nation
1. Bib. de la Sorb. — Acta et Décréta Nat. Norman., Reg. I, p. 150; et factum de la Bibl. nat., 17 427, iu-f°.
chargés de l'admonester, et en défendant à la Nation de tenir désormais ses assemblées et de faire des offices au collège
d'HiRCOUHT.
En apprenant comment on avait reçu ses envoyés, la Nation exprime, par la plume du procureur Lavoisé, toute son indignation contre la conduite de cet enfant ingrat qui ose chasser sa mère de sa demeure, ing ratû filio matrem propriis expellere sedibut, et elle fait le serment de combattre ]>ro aris et fans. En 1701, quand elle avait approuvé l'élection de M' de la Briére, elle le traitait de vigilantissimus gymnasiarcha; en 1705, c'était un homme de rien et sans expérience, vtrnovits, a paedagogia retxns. Aussi est-il décidé qu'on le poursuivra à outrance jusqu'à ce qu'il ait fait amende honorable devant la vénérable Nation, En attendant, il faut chercher un autre local pour les réunions. On s'adresse au collège de Justice, la maison qui est à côte d'HtRcouier; mais la place n'est pas suffisante. On prend alors le parti de se rendre aux MAmmms, l'ancien lieu des assemblées de la Nation. Elle y est bien accueillie, la chapelle est assez grande pour y chanter la inesse et délibérer. La querelle esl portée au tribunal du prévôt de Paris, Denys de Buillion, qui, le 24 avril 1706, croit terminer le diU'érend en décidant, d'une part, que la Natiois ne Normandie restera en possession de son droit de célébrer ses offices et de tenir ses réunions au collège d'HARcotrnT, mais qu'elle a eu tort de biner sur ses listes le nom du proviseur; d'autre part, que le proviseur peut célébrer lui-même ou faire célébrer par d'autres les messes de la Nation. Celte sentence ne contente personne ; les deux parties la repoussent et in terjeltent appel. La Nation ne veut pas que le proviseur charge un autre prêtre de dire ses messes, parce qu'il est, sous ce rapport, le mandataire de la Nation, qui lui en a fait une obligation personnelle, en le confirmant dans sa charge de proviseur. M° de la Briére repousse cette prétention et veut rester mailre chez lui. La querelle continue ainsi jusqu'à la lin du provisoral de la Briére. En 1 7 1 0, on propose une transaction,
causa pacis et concordiae : le proviseur signera qu'il célébrera en personne les messes de la Nation. Il y consent, mais avec cette clause de réserve : sauf tes droits du collège et 4e mes successeurs, et la Nation ne l'admet point. Le 6 août 1713, H' de la Brière meurt subitement ; le combat cesse Taule de combattant. Son successeur, Dagoumer, reconnaît les droits delà Nation de NonHinniE, et promet par écrit d'acquitter ses messes comme elle le désire'. Mais les boursiers ne dé* sarment point, ils poursuivent encore la Brière après sa mort; pendant plusieurs années ils réclament à son frère et son héritier des objets qui appartenaient au collège, le paiement des loyers el des réparations des bâtiments qu'il avait occupés, notamment du jardin établi à son usage, et enfin la restitution des 9 737 livres léguées par P. Padet au profit des proviseurs*. Le nouveau proviseur, qui était l'homme de la conciliation, réussit, non sans peine, à terminer cette affaire au gré des deux parties. Il agit aussi heureusement dans un conflit entre les anciens boursiers et le sieur Henry qui jouissait d'une bourse de la fondation Rouxel. I) prétendait avoir les mêmes droits d'assister aux assemblées et de participer aux distributions qu'avaient les boursiers théologiens de la fondation primitive. Ceux-ci ne l'admettaient pas et un procès était menaçant, quand G. Dagoumer tranche le différend en nommant Henry à une bourse des fondateurs de la
Nous avons vainement cherché les noms des maîtres ou des élèves distingués du collège au temps de Jean de la Brière. A part ceux que nous avons cités plus haut, nous ne trouvons que celui d'un médecin-poète Jean-Baptiste Dubois, qui dut au lieu de sa naissance de pouvoir bénéficier de l'une des bourses fondées au collège (THâhcobrt par Jean Boucard, évèque d'AvBANCHEs. 11 était de Saint-Lo et il vint, en 1711, à Harcodrt, pour compléter sa rhétorique- « On le fit composer
1. Bîb. de la Sorb., Registre des Conclusions de la Nat. de Normandie, I, 175-229.
2. Arch. nat.. Registre des prieurs, M. M. 450, p. £0 et stiir.