‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 200 sur 355 · Arch. nat., M. M. 450, p · texte numérisé non relu

Arch. nat., M. M. 450, p

pour juger de sa force, raconte son biographe1, et on cnil le traiter avec indulgence en le déclarant bon pour la seconde. Loin de se sentir découragé d'une chute bien faite pour abattre un garçon de quinze ans, il redoubla d'émulation, et, grâce à un travail opiniâtre, qui ne se bornait point aux lâches imposées, il devint en peu de temps un concurrent redoutable pour les premiers de sa classe. Ses efforts furent si bien couronnés de succès qu'à la distribution des pris, il obtint les trois premiers de vers, de thème et de mémoire, et les deux seconds de version latine et de version grecque. Quand il se vit sur le théâtre avec ses cinq volumes sous le bras et ses cinq couronnes de laurier sur la tête, son transport de joie, surexcité par le son des tambours et de* trompettes, par les acclamations redoublées d'une foule sympathique, lui tourna si bien la tète qu'il tomba pâmé sur la scène. Il perdit complètement connaissance et ne reprit ses sens que dans la chambre de son régent, où l'avait fait transporter un bon camarade, d'Amilly de la Briffe, qui devint par la suite président du Parlement de Bretagne. ■ Parce document, nous voyons que les distributions de prix étaient en honneur à cette époque au collège d'HjRCouitT comme au ivu» siècle. Notre lauréat ne fut pasaussi heureux en rhétorique. Comptant sur sa facilité en vers latins, le jeune Dubois, qui croyait remporter le premier prix, n'eut pas même un accessit dans celle faculté. Il en fut dédommagé par quatre autres prix. De 1713 à 1715, il étudia la philosophie sous M" Roussel, dont il faisait trente ans plus tard le plus grand éloge. 11 aimait à se rappeler que ce maître avait payé les Trais de ses thèses, et il lui témoignait sa reconnaissance par ces vers :

Je ne me fais point compliment D'avoir puisé dans ton école L'art méthodique, mais frivole, De bien tourner un argument.

L'en thy même et le syllogisme Chez toi, tout comme ailleurs, n'étaient que jeui d'enfants. Mais, pour former nos premiers ans,

.. A. Matinée, Un médecin-poète au x

Ta vertu me tint lieu d'un puissant catéchisme. L'intégrité des mœurs, la générosité, L'honneur préférable à la vie.

L'amour de la justice et de la vérité : Voilà les éléments de ta philosophie.

J. B. Dubois se fit médecin, comme l'avait élé son père, et fut attaché, en cette qualité, à la personne de la princesse de Gonti. 11 devint en même temps professeur à l'École de Médecine et au Collège Royal. Mais il restait, dans toutes ces situations, fidèle à la muse et ne cessait à tout propos de la mettre à contribution pour chanter les événements ou les personnages qui inspiraient sa verve gauloise. Il se signalait surtout dans les salons par son talent d'improvisation poétique, composant sur-le-champ des vers sur les rimes les plus incohérentes. Comme le «remarque l'intéressant biographe que nous avons suivi, J. Dubois incarnait bien en sa personne l'esprit et la légèreté de son époque. La gravité du grand siècle allait, en effet, disparaître avec celui qu'on appelait le Grand Roi, pour faire place à l'enjouement et à la licence du xyiii0 siècle.

Ce fut Guillaume Dagoumer qui succéda à Jean de la Brière et administra après lui le collège d'HARcoimT pendant dix-sept ans (1713-1730). La plupart des biographes le font naître en 1660, à Pont-Acdemer (Eure) '. C'est un des universitaires les plus distingués des commencements du xviii" siècle. Nous avons vu qu'il était professeur de philosophie au collège d'HARcouRT, et qu'il fut plus d'une fois inquiété à cause de ses opinions cartésiennes, ce qui ne l'empêcha pas de devenir Recteur de l'Université de 1711 à 1713 et de 1723 à 1725. C'était lui qui, en cette qualité, complimentait Louis XIV à Versailles, sur la paix d'Utrecht, en 1713, et qui empêchait l'Académie française de prendre le pas sur l'Université devant le roi. Après avoir harangué le monarque, celui-ci lui répondit

1. Le Moreri Normand. — Servin, Hist. de la Ville de Rouen. — Lebreton, Biographie Normande.— Oursel, Bibliographie Normande.

gracieusement : ■ Monsieur le Recteur, vous pouvez assurer

• l'Université de mn bienveillance, et que, dans les occasions

■ qui se présenteront, je lui en donnerai des marques. Ptr

• rapport à vous, je voudrais avoir des expressions nnssi

• faciles et aussi touchantes que vous en avez. Je m'en bit-

■ virais pour témoigner mes sentiments envers mes sujets.

■ Je vous suis obligé de l'avoir fait pour moi '. •

Dans cette circonstance, Dagoumer avait exprimé les sentiments qu'éprouvait la France enlièreen voyant la paix IB8Ut4t au lendemain de la victoire de Demain, qui réparait le désastre de Malp laque t. Après les années d'angoisses que la nation venait de traverser, un soupir de soulagement s'exh de toutes les poitrines et partout on célèbre la paix. Les collèges ne sont pas les derniers à s'associer à celte joie patriotique; celui d'IlARcouRT se fait l'interprète de la pensée commune dans une Ode à la France, du professeur de grammaire Pierre Le Febvre, composée à l'occasion de l'éloge de Louis XIV lui la conclusion de la paix qu'avait prononcé le proviseur Dagoumer, le 13 juin 1713. Nous n'avons pas retrouvé cet éloge du roi, mais nous avons encore, l'ode de Le Febvre: en voici quelques passages intéressants. S'adressanl à la France il lui dit qu'elle peut sécher ses larmes :

Tandem obi i ta dolorie,

Opta ta fruere otio.

Puis il félicite la reine Anne d'Angleterre de se montrer fidèle à la paix conclue, et apostrophe vivement l'empereur d'Allemagne Charles VI, qui voulait troubler cette paix ni précieuse.

Sed quo, Carde, abis? quia furor impoUns

Dn élève d'flAncoDRT,

H tu09?

i doute, ou un ami du poêle,

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