‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 20 sur 355 · V. Jourdain. Hist. de l*Univ.t t. II, p · texte numérisé non relu

V. Jourdain. Hist. de l*Univ.t t. II, p

3. Quand un Recteur mourait en charge, il avait droit à des funérailles princières auxquelles participaient toutes les facultés. Il était aussi de tradition qu'il devait être inhumé à Saint-Denys avec les rois. V. Quicherat, Hist. de Sainte-Barbe, p. 57, 1. 1.

nous explique les statuts si stricts sur remploi de l'argent et les débiteurs de la Nation. Malgré ces faibles ressources, la Nation trouvait moyen, non seulement d'équilibrer ses recettes et ses dépenses, mais de faire des économies qui lui permettaient de prêter aux collèges normands dans l'embarras, comme nous le voyons pour le collège d'HARcocirr, qui lui rembourse 6000 livres en 1 761 .

De plus la Nation, comme les autres corps académiques, avait, à son tour, le droit de nommer à certains bénéfices, tels que canonicats, cures et chapellenies. Citons, en particulier, un canonicat d'Arras, les cures de Saint-Germain-le- Vieux, des Saints-Côme-et-Damien, de Saint-André-des-Arts à Paris, et les chapellenies de Notre-Dame, fondées en cette dernière église par un docteur en décret, en 1308, ainsi que les cinq chapelles érigées, en 1403, par Charles de Savoisy, en expiation du meurtre de quelques écoliers tués par ses gens1.

Terminons cet aperçu de l'organisation de la Nation de Normandie en disant quelques mots de l'autorité qu'elle exerçait dans l'Université sur les écoliers, les maîtres, les collèges et les pensions ou pédagogies qui dépendaientdesa tribu.

A l'égard des écoliers, la Nation de Normandie comme les autres compagnies de l'Université n'avait, à l'origine, avant l'institution des collèges, qu'une autorité fort restreinte. Les étudiants normands pouvaient, en recourant aux mailres de la Nation, sous lesquels ils étudiaient et qui les connaissaient, obtenir sa protection, jouir des privilèges académiques2 qui les couvraient, surtout quand ils s'étaient exposés, par leurs méfaits, aux rigueurs de la justice du prévôt, mais ils

1. V. Du Boulay. Mémoires sur les bénéfices à la collation de V Université, et Jourdain. Hist. de VUniv., 1. 1, p. 11. — Voir aussi chap. 111 de ce trayait pour la fondation de Savoisy.

2. Ces privilèges subsistèrent jusqu'à la Révolution. Ainsi, en 1732, l'écolier Piquet s'était engagé au service militaire sans l'avis de ses parents. Ceux-ci demandent au Recteur de le réclamer au ministre d'Etat. Le cardinal de Fleury s'empresse de faire droit à la requête du Recteur, en vertu, dit-il, deB anciens privilèges qui exemptaient du service militaire les suppôts de l'Université. Acta et décréta Nat. Norman., reg. I, 441.

échappaient à toute action en dehors des leçons et des examens. L'Université, et par conséquent la Nation, n'avait de prise sur eux que par son enseignement et par ses grades. Les nombreux serments qu'elle exigeait alors des candidats nous montrent combien était faible et précaire son autorité, puisqu'elle avait besoin de recourir à tous ces engagements pour s'exercer.

Comment, en effet, avec des moyens aussi insuffisants, atteindre cette population considérable de jeunes gens étrangers, inconnus, qui n'obéissaient à aucune règle, à aucune discipline? On sait que les plus nombreux et les plus tapageurs étaient ceux qui vivaient librement, en vrais bohèmes, sans s'attacher à un maitre. On les appelait martinets et galoches, à cause de leurs bruyants ébats d'oiseaux vagabonds et de la chaussure de bois non moins bruyante qui signalait leur approche:

Turba galochiferum ferratis passibus ibat.

S'associant aux truands et aux malfaiteurs, ils excitaient sans cesse des troubles et de vraies émeutes dans le quartier des écoles. Les sergents ou bedeaux des nations et des facultés étaient impuissants à les tenir en respect. Comme le fouet était à peu près le seul châtiment qu'on leur infligeât dans l'Université, ils ne craignaient guère la répression et terrorisaient souvent, par leurs désordres et leurs attaques à inain-armée, les paisibles bourgeois du pays latin.

Pour mettre un terme à cette indiscipline ou en diminuer les occasions, l'Université favorisa de tout son pouvoir l'établissement des collèges et la fondation de bourses destinées à les entretenir. C'est ainsi que du xiv° au xv° siècle la Montagne-Sainte-Geneviève se couvrit peu à peu de ces maisons hospitalières ouvertes aux pauvres écoliers des diverses nations, et n'exigeant d'eux, en échange du vivre et du couvert, que la soumission à une règle assez large et la fréquentation suivie des écoles delà rue du Fouarre. Plus tard, au xvc siècle, la dissipation qui était inséparable pour ces jeunes étudiants des allées et venues continuelles dans cette rue du Fouarre,

aussi malpropre que mal famée, se trouve encore supprimée par le droit de plein exercice accordé à un certain nombre de ces collèges, c'est-à-dire de donner, sans sortir de chez eux, renseignement classique préparatoire aux examens de l'Université. Ces maisons reçoivent des règlements, sont visitées par le Recteur et placées sous le patronage et la surveillance de la Nation à laquelle elles se rattachent par leur origine et les intentions spéciales des fondateurs. Gomme le dit Thurot, ce sont des chapitres réguliers d'étudiants.

A côté de ces collèges s'ouvrent, dès le XVe siècle, des pédagogies ou pensions de moindre importance, qui envoient leurs élèves aux grands collèges et peuvent même donner l'enseignement classique1. Les Nations sont appelées à se prononcer sur leur établissement et leur personnel. Les délibérations de la Nation de Normandie sont remplies de demandes d'autorisation pour l'ouverture de ces pédagogies et d'agrément de leurs régents. Elles deviennent même, à un certain moment, si nombreuses qu'elles se nuisent entre elles et que l'Université est obligée d'en restreindre le nombre et de les soumettre à une dépendance plus complète de son autorité. Tel est l'objet des délibérations de 1762, 1767, 1779*.

Si chaque Nation avait peu d'action, à l'origine, sur les écoliers, en revanche, elle s'occupait beaucoup des maîtres, c'està-dire de ses affaires et de ses intérêts particuliers. « Les débats fréquents qui s'élevaient entre les maîtres absorbaient l'Université plus que la police de ses suppôts > , a dit M . Jourdain s .

La Nation de Normandie intervenait dans les nominations des proviseurs et des régents des collèges qui dépendaient de sa tribu. Elle confirmait l'élection des proviseurs, présidait à leur installation, les surveillait, leur adressait des remontrances, ratifiait le choix des régents, et tenait ses assemblées dans un de ses principaux collèges, celui d'HARcouRT*. Nous

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