‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 21 sur 355 · De la discipline dans V Université de Paris · texte numérisé non relu

De la discipline dans V Université de Paris

4. 11 en était de la Nation de Normandie comme de la Nation de

la verrons même s'occuper de l'administration du proviseur et l'obliger à reprendre des régents qu'il avait dépossédés. Au collège de Lisieux, collège normand, le professeur Rouelle, nommé à ce collège, n'est pas agréé par la Nation, parce qu'il n'a pas acquitté entièrement les droits de 30 livres exigés pour cet agrément. Il n'en avait payé que 15, et, voyant les embarras auxquels il s'exposait, il s'empresse de s'exécuter. Un fait qui montre bien encore l'autorité de la Nation sur les maîtres est la question de Yéméritat qui est agitée par la Nation de Normandie, dès 1726, et ne reçoit une solution définitive qu'en 1761 et 1767. Il s'agissait de déterminer le nombre des années de services qui pouvait donner aux professeurs droit au titre d'émérite et, comme tels, à une pension de retraite. Après de longs débats, la Nation de Normandie finit par l'emporter sur les autres et fit décider par le Parlement, qu'au bout de vingt ans d'enseignement ininterrompu dans un collège de plein exercice, on arriverait à Yéméritat avec jouissance d'une pension de 300 livres. Cette pension était retirée au titulaire qui possédait un bénéfice de plus de mille livres. En 1761, le professeur émérite pouvait résider partout où il voulait et y recevoir sa pension, mais en 1767, après rétablissement du concours d'agrégation, il fut prescrit aux émérites de résider à Paris, pour coopérer aux épreuves du concours en qualité d'examinateurs.

Nous assisterons, en suivant l'histoire du collège d'HARcodrt, aux diverses luttes qu'eût à soutenir la Nation de Normandie pour maintenir ses droits et ses prérogatives dans l'Université. Sous ce rapport, elle n'était pas moins susceptible que les autres compagnies. Aucun détail ne lui échappait, aucune dérogation aux anciens usages, aucun passedroit ne la trouvait indifférente. Nous avons déjà vu com-

France, dont il est dit dans les historiens de l'Université de Paris : « La Nation a le droit de visiter, réformer, instituer et destituer les boursiers, les procureurs et les maîtres des collèges fondes par les sujets de ses provinces. » DuBoulay, Hist. Univ. Paris., t. V, p. 680; Crevier, Hist. de VUniv., t. IV, p. 310.

menl elle remarquait, dans ses registres, lors de l'invilalion du maître des cérémonies de la Cour aux funéraiHes du prince de Condé, qu'on avail employé le mot Messieurs au lieu de Nobles el Scientifiques Personnes. Une autre fois on se sert du terme de Dévotes et scientifiques personnes, au lieu de dire Nobles et Scientifiques, même remarque. A l'occasion de la paix de Ryswick, en 1697, l'Université s'était rendue à Versailles pour complimenter le roi, mais voici que les chambellans refusent de laisser entrer les clavati ou massiers des nations et facultés. Aussitôt réclamation de ces compagnies auxquelles s'associe Bossuet lui-même, qui était présent, el Louis XIV, informé de l'incident, s'empressa de faire donner satisfaction aux plaignants. Mais c'est bien pis, en 1712, quand l'Académie française voulut prendre le pas, à Versailles, sur les corps universitaires. Le Recteur Dagoumer, proviseur d'HAitcouRT, arrêta par son manteau le directeur de l'Académie, Régnier, qui allait passer avant lui. Plainte de celle prétention fut ensuile adressée au ministre Pontchartrain, qui obligea l'Académie à faire des excuses à l'Université. Aussi, en 1715, quand celle-ci se présenta à Vince unes pour complimenter le nouveau roi Louis XV, elle eut bien soin de prendre rang avant l'Académie.

La Nation de Normandie n'était pas moins pointilleuse pour ce qui la concernait particulièrement. Un proviseur du collège de Lisieux, en soumettant à l'approbation de la Nation les noms des régents qu'il avait choisis pour sa maison, se servit des expressions : nominavi et nomino, au lieu de dire : elegi et nominavi; aussitôt il fut rappelé à l'ordre par le procureur et il n'obtint l'approbation demandée qu'à la condition d'employer la forrrtule traditionnelle.

Parfois aussi, les Nations n'élaient pas d'accord enlre elles. Il se produisait des rivalités d'influence, et on laissait alors échapper, de part et d'autre, quelque mot trop vif. Ainsi, en 1617, à l'occasion de l'élection du Recteur Dossier, régent de théologie au collège d'HARcouRT, le député de la Nation de Normandie qualifia d'étrangers les électeurs des Nations de Picardie et cI'Allemagne, parce qu'ils n'étaient pas de son

avis sur le candidat. Ceux-ci répliquèrent en traitant les Normands de perturbateurs, et il fallut que le Parlement intervint et confirmât l'élection de Dossier pour mettre fin au différend.

Malgré ces querelles de mots et de préséance, et d'autres discussions plus importantes que nous rencontrerons bientôt, la Nation de Normandie n'en rendit pas moins de grands services à l'Université. Jusqu'à la fin elle soutint sa cause et ses dernières démarches, en 1790, pour mettre l'enseignement d'accord avec les idées nouvelles, prouvent qu'elle était décidée à ne rien négliger afin de sauver le corps universitaire de la ruine qui le menaçait4.

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