FONDATION DU COLLÈGE D'HARCOURT
La famille do Robert et Raoul d'Harcoort. — L'idée première de leur fondation. — Raoul d'Harcourt entreprend de la réaliser en 1280. — Un collège au XIIIe siècle.» Robert d'Harcourt achève l'œuvre de son frère. — Contrats, Chartes et Statuts de fondation en 1309, 1310 et 1311.
C'est un de ces collèges destinés, comme nous l'avons dit, à venir en aide aux pauvres écoliers de l'Université de Paris, qu'entreprit de fonder, en 1280, Raoul d'Harcourt, et que son frère Robert acheva d'établir, en 1311, sous leur nom patronymique d'HÀRCOURT.
Ils appartenaient à cette noble famille qui a donné à la
France des illustrations dans tous les genres : cardinaux,
évèques, maréchaux, amiraux, ministres, diplomates. Louis
XIV, en conférant la pairie ducale à l'un de ses représentants,
le 30 juillet 1701, pouvait lui écrire : « Notre très cher et
« bien-aimé cousin Henri de Harcourt, lieutenant général
« de nos armées, a toutes les qualités nécessaires pour être
« élevé à tout ce qu'il y a de plus considérable, une naissance
« si ancienne qu'on en trouve des preuves dans les siècles les
» plus éloignés; des ancêtres aussi distingués par les services
« que par leurs naissances; plusieurs alliances avec les pre-
« raières maisons souveraines, et en son particulier un mé-
« rite reconnu par un très grand nombre d'actions de valeur
« et de prudence dans nos armées1. •
Ces paroles résument l'histoire de la maison d'HARcoiivr. Sans remonter jusqu'aux Troyens, comme certains généalogistes l'ont prétendu, elle aurait eu pour souche Bemard-le- Danois, un de ces hardis et redoutables pirates Scandinaves qui envahirent la France au ixe siècle, sous la conduite de
1. P. Anselme. Hist. généalogiq. et chronologiq. de la maison royale de France, t. V, p. 115.
leur fameux chef Rollon, et s'y établirent à sa suite dans cette partie de l'ancienne Neuslrie que Charles le Simple leur céda pour en former le duché de Normandie. Bernard avait sans doute pris part, en 885, au siège de Paris, et porté, avec son terrible chef, le fer et la flamme dans les lieux voisins de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés où ses descendants devaient, quatre siècles plus tard, ériger de pacifiques écoles. Parmi les domaines qu'il avait reçus de Rollon, en récompense de ses services, se trouvait le fief d'HARCocRT dont toute sa race a gardé le nom. L'historien de la maison d'HARCouRT dit que ce nom signifie maison vaillante, comme l'indiquent les armes de gueules à deux f osées d'or que nous reproduisons à la fin de ce chapitre1.
On voit encore aujourd'hui près de Brionne, dans l'Eure, les ruines de l'ancien château féodal d'HARCouRT, bâti au xne siècle par le baron Robert, fils de Errand d'Harcourt, un des compagnons de Guillaume le Conquérant dans son expédition d'outremer. Ce qui subsiste de la forteresse avec ses fossés profonds demeure imposant. « Il ne reste de l'ancien château, dit un archéologue, que deux tours fort élevées et un corps de bâtiments peu important, auquel on a ajouté, au xvii6 siècle, une vaste construction en pierres de taille mieux appropriée aux séjours qu'y faisaient parfois la famille d'HARCouRT et sa nombreuse suite. Les appartements ont conservé pour la plupart leur aspect d'autrefois : parquets quadrillés, lambris de chêne, cheminées Louis XIV. Que n'y retrouve-t-on aussi les galeries de portraits, les trophées d'armes, la bibliothèque et le chartrier, les tapisseries et l'ameublement de ce château où cent personnes logeraient à l'aise! Aujourd'hui un silence de mort règne autour de ces murs qui furent jadis témoins de tant de vaillance, de combats et de fêtes1. » Nous en reproduisons en tête de ce chapitre un dessin dû au burin de M. Vaucanu, et ci-contre la vue des anciennes tours du château primitif.
1. André de la Roque, Hist. généalogiq. de la maison éCHarcourt, t. Ier, ch. IV.
2. Bulletin monumental de la Société française d'archéologie,
Toon et foHëa de l'ancien Chitesa féwliil .l'Hun
C'est dans ce château que naquit, en 1198, Jean, premier du nom, fils de Richard d'Harcourt, d'Elbeuf, de la Saussaye, de Brionne, Lillebonne, etc., chevalier banneret de Philippe-Auguste, et de Jeanne de la Roche- Tesson, dame de Saint-Sauveur-le-Vicomte, d'Auvers et d'Aurilly. Il épousa, en 1240, Alix de Beaumont, fille du chevalier Jean de Beaumont, chambellan de Saint- Louis, qui lui donna quatorze enfants, sept fils et sept filles.
« Ne fuse pas moult notable lignée ? »
s'écrie un vieil auteur1. Les fondateurs du collège d'HARcourt, Raoul el Robert, appartiennent à cette lignée. « Jean d'Harcourt, dit son généalogiste, était petit de taille, mais grand par le courage. » Il en donna la preuve en suivant saint Louis dans ses deux croisades, surtout à la dernière, en 1269, alors qu'arrivé à l'âge de soixante-et-onze ans, il pouvait prétendre à la retraite et au repos. Bien plus, on le voit, en 1285, prendre part à la campagne d'Aragon; il avait quatre-vingt-sept ans. Jean d'Harcourt ne fut pas seulement le compagnon d'armes du pieux monarque, il en devint aussi l'ami; « Mess ire Jean, chevallier grandement ayraé du roy S. Louis, » selon un biographe, et nous savons que saint Louis n'admettait dans sa familiarité que des gens de bien. Or, le chevalier Jean remplissait entièrement cette condition, car « il était plus curieux de la vertu que de la fortune », dit de la Roque9. » Aussi saint Louis l'avait-il surnommé le prud'homme, surnom qui lui resta et qui fait son éloge, car au moyen âge il signifiait le parfait honnête homme, bon chrétien avant tout et doué des vertus particulières à son étal8. Saint Louis disait un jour à Robert de
1831, article de M. l'abbé Porée, à qui je dois bien des renseignements importants. Aujourd'hui, le domaine d'HARCOURT appartient à la Société nationale et centrale d'agriculture. Le château de la famille d'Harcourt est maintenant dans le Calvados.